ETHIQUE

Une révolution soignante ? Où ça ?

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Ethique et soin

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Beaucoup nous promettent une révolution pour 2014, la poudrière est en place et il ne manque qu’une étincelle… mais qui va craquer l’allumette ? Une révolution de qui ? Pour quoi ? Laissez-moi rire (jaune), aucune nation ne se soulève tant qu’elle a le ventre plein. Conseil tenu par les rats...

infirmière colère bureau

L’amour, la vie, le soin sont-ils des armes puissantes pour mener une révolution ?

Vous rappelez-vous cette fable de Jean de la Fontaine Conseil tenu par les Rats ? Il s’agit d’un chat puissant, du nom de Rodillard, terrorisant les rats tellement il en mit en sépulture. Le peu qu’il en restait décida d’accrocher un grelot à son cou. Ainsi, quand il irait en guerre, de sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre. Tous furent de l’avis du Doyen mais la difficulté fut d’attacher le grelot : l’un dit qu’il n’était pas si sot de risquer autant de se faire croquer, l’autre qu’il ne saurait comment faire. Si bien que sans rien faire on se quitta. La Fontaine conclut ainsi :

J'ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;

Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.

Cette fable nous montre brillamment que nous nous satisfaisons très bien de la médiocrité. Nous sommes même capables de la substituer à la normalité (quelle horreur !). Il s’agit ni plus ni moins de l’empire du moindre mal. Tant que la douleur reste supportable, nous nous accrochons aux maigres bénéfices qui flottent entre un mal et un pire. Marisol Touraine peut encore dormir longtemps sur ses deux oreilles. Pauvres de nous. Aspirons-nous vraiment à cette piètre humanité qui confond un moindre mal avec un bien en soi ? Si tel était le cas, et j’ai bien peur que nous en soyons là, le bulldozer peut nous passer encore plusieurs fois dessus, on serrera les dents encore un peu…

Tout nous montre que nous sommes dans une période de résilience, on encaisse ! On couine un peu, mais on encaisse.

Nous pataugeons dans une forme de résilience

A quel moment les soignants pourraient-ils déclencher cette étincelle ? Les révoltes que nous connaissons sont rares et la plus récente me semble être celle de l’Hôpital de Kilkis en Grèce en 2012. Dans ce cas, Rodillard avait usé la population des rats au point que les salaires n’étaient plus versés et que les impôts augmentaient d’autant… Les engagements du gouvernement n’étaient pas tenus en termes de dotations (personnel, médicaments…). Les médico-soignants avaient alors occupé l’Hôpital, affichant très clairement une désobéissance civile et fiscale. Le mouvement Ni Bonnes, Ni Nonnes, Ni Pigeonnes à son tour, pensait que tout n’était pas perdu... Ces sentinelles vigilantes nous préviennent du danger et permettent l’expression de la limite de la médiocrité à ne pas franchir, mais l’entendons-nous ?

Est-il possible aujourd’hui, dans les couloirs de nos hôpitaux et cliniques, de croiser un collègue sans que la question ordinaire du ça va toi ? soit suivie d’une litanie de couinements et d’opprobres sur le système. Mais quand il s’agit de savoir si le collègue pourrait accrocher le grelot au cou de Rodillard, là, on tombe souvent mal parce que le mardi il y a piscine ou parce qu’il est mal garé ou encore qu’il a un sanglier sur le feu…

La consommation en France pour 2014 est dite résiliente par les économistes1, c’est dire combien notre moral général est enclin à ce moindre mal et l’acceptation de la médiocrité. Nous consommerons un petit peu moins mais la douleur sera encaissée tranquillement par notre corps social. Plus de 35% des français sont prêts à jouer la carte du low-cost en allant se faire soigner à l’étranger, notamment dans le dentaire et l’optique 2. Tout nous montre que nous sommes dans une période de résilience, on encaisse ! On couine un peu, mais on encaisse.

Pas de révolution à l’horizon, les dépenses Alimentaires seront, elles, en légère progression (+0,6%). On mange plus et de moins en moins bien, encore un critère qui nous laisse penser que l’aveuglement du niveau d’insécurité minimum est atteint pour qu’il ne se passera rien. En tous cas, tant que ces dépenses alimentaires ne seront pas davantage touchées, le risque de révolte restera insignifiant et laissé aux seules mains abîmées de ceux qui, par leurs bas salaires, sont déjà impactés et muselés par le seuil de pauvreté (près de 900 000 personnes en France). Alors que les dépenses contraintes continuent d’augmenter, les dépenses plaisirs apparaissent, de plus en plus, arbitrables et arbitrées : leur croissance ne s’établira en 2013-2014 qu’à +0,1% 3. La consommation de smartphones et tablettes multimédia n’a jamais été aussi forte lors des achats de Noël dernier, encore quelques signes qui montrent que nous nous préoccupons encore beaucoup plus de l’ avoir et du faire que de l’ être et du partager.

Notre soumission librement consentie au système est telle que tant que le citron contient du jus il sera pressé.

De la conscience à l’action

La France atteint son plus haut niveau historique de prélèvements obligatoires avec 46,5 % 4.Triste performance. Néanmoins la résilience fait que nous arbitrons de plus en plus nos priorités et qu’elles ne sont pas encore au point critique d’une révolution, on encaisse, on se passe de certains trucs pour pouvoir se lâcher sur d’autres. Nous avons le ventre plein, même si c’est de mal bouffe ! On peut difficilement faire une révolution en éructant le macdo et la frite grasse. Notre soumission librement consentie au système est telle que tant que le citron contient du jus il sera pressé. Nous assistons, impassibles, à une dérive humaine où les priorités se sont décalées à mesure que les addictions individualistes se sont développées. Notre humanité n’est pas perdue, son regard est simplement voilé par le fait que nous avons le nez dans notre nombril et que par conséquent, l’horizon est un peu bouché.

Pour enclencher une révolution, il convient en premier lieu de prendre un peu de recul sur soi et sur notre place en ce monde. Ensuite de regarder l’altérité, se reconnaître en elle et partager des idées. Cela demande du courage, nous ne sommes pas tous d’accord sur tout et c’est tant mieux, la discussion nous rapproche. Le soignant cultive la capacité de détecter les vulnérabilités qui touchent autrui et de se sentir concerné. Être capable d’une forme d’indignation comme celle à laquelle nous invitait Stéphane Hessel. Nous serions peut-être, nous soignants, de par notre formation, les plus à même à nous indigner face à la vulnérabilité d’autrui. De ce fait nous serions peut-être aussi les plus à même à proposer des idées éthique pour une société.

Qu’attendons-nous ? Nos services d’Urgences ne sont-ils pas une bonne lorgnette sociale ? Les personnes sans domicile qui s’infiltrent, de plus en plus nombreux dans les centres hospitaliers pour passer l’hiver écrivent en larmes de sang notre sociopathie. Les recrutements soignants fondent en peau de chagrin, le chômage infirmier est une nouvelle réalité à laquelle nous ne réagissons pas.

L’abandon actuel de nos politiques ajoute au malaise un ingrédient délétère qui nous fait nous détourner d’une action fédérée.

Juste au cœur !

Ne laissons pas glisser l’espoir d’une révolution intelligente, créative et humaine se substituer celle de la peur et de la haine. Nos armes à nous, ne blessent ni ne tuent, elles sont des armes d’humanité, faite pour nous rapprocher et prendre soins de tous.

Nous n’avons pas une profession avec une histoire guerrière et peut-être avons-nous du mal à exprimer et partager un combat social. Les mineurs et les verriers du XIXe siècle, eux, avaient Jaurès… L’abandon actuel de nos politiques ajoute au malaise un ingrédient délétère qui nous fait nous détourner d’une action fédérée. L’ambiance désenchantée des Hôpitaux malaxe une morosité dénuée de toute créativité, l’investissement institutionnel s’évapore au profit des dernières ruines de confort individuel. Le pouvoir de l’in-décision paralyse nos structures, pourtant nous avons tous les atouts : le nombre, les compétences, le pouvoir du soin, l’intention vertueuse d’exister avec et pour autrui dans des institutions justes comme le souhaitait Paul Ricœur. Aujourd’hui, des revendications haineuses et discriminantes sortent dans la rue.

Peu importe, je veux croire à une révolution sans violence, à une révolution de la pleine conscience. Nos gouvernements seront-ils sourds à des discours de paix qui ne cherchent qu’à promouvoir la qualité du vivre-ensemble ? L’amour, la vie, le soin sont-ils des armes puissantes pour mener une révolution ? Ne doutons pas d’une chose, ils sont les plus beaux arguments d’une société, et nous la toucherons, juste au cœur !

Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience. Jean Jaurès

Notes

  1. Source INSEE BIPE avril 2013
  2. Source INSEE BIPE avril 2013
  3. Source INSEE BIPE avril 2013
  4. Libération Economie du 22 octobre 2014
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Cadre supérieur de santéDocteur en philosophiechristophe.pacific@orange.fr

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Commentaires (13)

execho

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#13

sentinelles vigilantes

la CCN CGT rejoint FO pour unr grêve inter professionnelle le 18 mars.

hiram83

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#12

critique désarmée fin

Dans le champ du travail social et sanitaire, la « démarche qualité » transforme les usagers en clients invités à juger (pardon – à évaluer) la qualité du service rendu. Le projet philosophique, l'intention soignante disparaissent au profit d'une logique de prestation qui interdit l'expérimentation, le tâtonnement, le droit à l'erreur et l'échec. Elle installe des « protocoles » d'efficacité et de rationalisation des tâches qui excluent la part d'humain.
Or, il n'existe pas de processus sans droit à l'échec. La démarche qualité n'est pas seulement « axée résultat » elle est orientée « résultat positif ». Elle transforme l'obligation de moyens du travail social en obligation de résultat. Elle détruit donc sa propre finalité éducative, elle anéantit le sens même de l'acte de soin.

Un enjeu de civilisation
Le fruit est mûr pour être cueilli par le marché privé.
Récemment imposée au domaine médico-socio-éducatif avec normes ISO et certifications diverses, la démarche qualité dépossède les acteurs des critères de l'évaluation de leur acte professionnel, au profit d'un management stérile qui permet de traiter l'intervention comme n'importe quelle prestation, avec les méthodes et critères de « gestion des ressources humaines » adéquats ! Quels sont ces critères ? La course effreinée dans une compétition où être le premier en dépit de toute possibilité de rencontre humaine isole chacun dans un complice renoncement à toute avancée de civilisation.
« On ne s’appuie que sur ce qui résiste » disait Sénèque. Il n'est pas de tâche plus urgente pur le monde du travail social, éducatif,sanitaire et culturel que de résister à ce concept managérial.

hiram83

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#11

critique désarmée suite

Dans le monde du travail social, éducatif, sanitaire et culturel, un Ovni étrange (et étranger) a envahi notre espace mental et institutionnel : la « démarche qualité ». Coïncidence ? Le passage du statut de l’usager à celui de client dans un espace de moins en moins public va de pair…

Exercice de Traduction : "L'hôpital a adopté une démarche qualité en vue de mieux satisfaire les patients."
Devient: "La direction de l'hôpital veillera à ce qu'aucun débat de fond sur l'acte de soin ne puisse venir perturber la relation de clientèle établie avec les patients-consommateurs."

Réservée jusqu’alors à la fabrication des aspirateurs ou autres épluches-légumes avec engagement de satisfaction du client, elle s'est peu à peu étendue aux services privés, puis – et c'est beaucoup plus grave-, aux services publics !
L'intérêt général se transforme ainsi subrepticement un marché d'intérêts privés, grâce toujours à la même manipulation du langage : qui peut être contre la « qualité » ?Y a-t-il un seul fou parmi nous qui s'opposerait à la notion de « qualité » ? ...C'est bien là le problème : Ne pouvant pas nous y opposer, nous ne pouvons pas non plus nous opposer à ce que cette démarche importe pour l’installer dans le champ éducatif, sanitaire et culturel : la marchandisation des rapports sociaux, éducatifs, sanitaires et culturels.

De l’égalité devant le droit à la ségrégation par l’argent
Quand le service public du téléphone, conçu pour des « usagers » dotés de droits égaux qu'il fallait garantir, se transforme en opérateurs privés de téléphonie, s'adressant désormais à des clients dotés de désirs et de pouvoirs d'achat inégaux à « satisfaire », la signification même de l'accès à l’acte de téléphoner devient un produit, une marchandise, le support d'un profit, au détriment d'une fonction sociale à faire exister également pour tous.

hiram83

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#10

critique désarmée

La démarche qualité est un système de management qui s'est imposé dans l'industrie au début des années 1990. Cette démarche consiste à contrôler le processus de production afin que le produit fini corresponde à son cahier des charges et soit commercialisé. La démarche à pour objectif d'interrompre le processus de production si une entorse au cahier des charges est détectée afin de réduire les coûts entrainés par la fabrication, le transport et la distribution d'un produit fini non conforme.
Cette démarche a été transposée dans le milieu des services, et plus particulièrement dans la santé, à partir des années 2000 en faisant d'abord une entrée fracassante dans les prestations annexes de l'hôpital (pharmacie, restauration, dispositifs médicaux,...) pour ensuite venir s'insérer dans le soin pour donner ce monstre qu'est la qualité des soins. Qu'on me parle de sécurité des soins, je comprends. Par contre quand on me parle de qualité des soins, je reste dubitatif. On me dit qu'il s'agit de réduire les "coûts de non-qualité". Dans ce cas je préfèrerais qu'on me parle de soin "standard"....mais ils n'oseront jamais standardiser les soins alors qu'en fait c'est ce qui se cache derrière ce vocable de qualité qui n'est pas sorti par hasard comme un lapin du chapeau d'un prestidigitateur. En effet, allez tenter de construire une critique de la qualité! Bonne chance!
Ce mot qualité est issu d'une véritable guerre du langage, d'une modification des mots afin d'entraver notre processus critique d'une réalité sociale et ainsi la rendre acceptable même si dans les faits elle ne l'est pas ( égalité des chances = inégalité, compétences = mort du métier et du corporatisme, participation = soumission, éducation remplacée par formation, développement = capitalisme, citoyenneté = civisme, culture = art,.....)
Voyons ensemble ce que contiens réellement cette démarche « Qualité ».

elfi

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#9

Hasta La Victoria :)

Merci à toi et tout à fait d'accord avec toi CrisP. Et pour moi c'était du coeur que je souhaitais parler de cet écrit parce que c'était un tout qui m'a permis d'exprimer ma révolte... Je connais bien Boris Cyrulnik et j'ai beaucoup entendu parler de la résilience et ta question est plus juste quand tu questionnes : " jusqu'où serons-nous résilients ?" ou je dirais même jusqu'à quel point nous laisserons nous souffrir pour ne pas nous réveiller et nous investir dans propre responsabilité face à nous même et face aux étudiants... J'espère Siempre ce moment d'éveil des conscience...

CrisP

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#8

Hasta la victoria, siempre !

Bonjour à tous, merci pour ces réactions qui laissent penser que les barricades sont prêtes et qui donnent envie d'allumeeeeeeeer le feu !
Un petit mot pour elfi que je remercie pour l'énergie de son message, vraiment puissant ! je partage beaucoup de ses commentaires mais je dois revenir sur cette affaire de résilience. Ce concept a été récupéré dans les soins via de belles plumes comme celle de Boris Cyrunik. Lui-même ayant emprunté à la métallurgie ce concept qui signifie au départ la capacité d'un métal à résister aux chocs. la question qui se pose ici est bien : " jusqu'où serons-nous résilient?" Je suis bien d'accord qu'il ne faille pas confondre résilience et résignation, le risque étant finalement que nous soyons par trop résilients et qu'il faille encaisser encore longtemps avant la rupture de notre acier intérieur.

execho

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#7

ben.....

si vous aimez vous faire traiter de mangeuse de frittes,de couineuse,de non lectrice de sage,que ce qui vous manque c'est d'avoir faim....avec au passage une petite pour l'éxonération de charges sociales.Ben.....

quichou13

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#6

Tout est dit....

Bah tant qu'on a Nabila, l'OM et les débats sur le mariage pour tous et dieudonné ....on ne pense pas à se révolter! "Donnez leur du pain et des jeux" qu'il a dit l'autre César! Je sais pas s'il avait Free, mais il avait tout compris! ;-)

moutarde

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#5

Nulle part...

Je ne vois pas dans l’essai de CP un quelconque appel ou encouragement à l’individualisme mais, un amer constat.

Donc en effet pas plus de révolution soignante que de révolution tout court.

En ce qui concerne la résilience, nous en vivons une certaine forme, une forme inachevée : On fait le constat du traumatisme mais, cela s’arrête là. Comme les rats et le chat.

Par contre, la conclusion à mon sens s’apparente à un utopisme béat.

Quant aux syndicats, cela fait longtemps qu’ils ne mobilisent plus.

execho

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#4

après immature nous voila médiocres?

nos prélèvements obligatoires nous sauvent pour l'instant de la catastrophe:retraite sécurité sociale,indemnités chômage.Je ne suis pas contre un peu d'humanité dans ce monde de brute mais là c'est l'appel à l'individualisme .Le 18 mars grève pour la défense de la sécu et contre le pacte de responsabilité.

dino

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#3

Liberté, égalité, vaseline...

...Christophe, je suis jaloux, j'aurais bien aimé écrire un article pareil. mdr... bref, ce que tu décris est effectivement le fonctionnement d'une société qui fonctionne depuis 30 ou 40 ans en isolant les gens au travail et en leur faisant peur au quotidien (le chômage, le terrorisme, la grippe aviaire, le réchauffement climatique...). Le pire c'est que - élection après élection - nous validons le machin consciencieusement comme des moutons qui changent de berger sans plus réfléchir. "Allez, on va voter pour le moins mauvais..." Nous faisons ainsi des choix de société par défaut, laissant la main libre à nos élites dirigeantes qui se pissent dessus en nous voyant faire. Tout le monde se plaint, mais presque tout le monde se couche devant l'autorité : les infirmières ne sont pas contentes ? Mais regardez-les agir devant leur "chef de service" : le toubib fronce les sourcils, il n'y a plus personne, il ne reste plus que des carpettes... En fait, nous sommes sous emprise, un véritable phénomène d'hypnose collective. La seule solution est une réaction citoyenne, mais comme le dit Christophe, le pouvoir n'est pas assez bête pour mettre tout le monde dans la misère. Bref, ça va continuer... aux prochaines élections nous voterons pour la droite, et aux suivantes on choisira la gauche. Youpi... s'il y a un responsable à tout ça, c'est bien nous.

elfi

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#2

Suite de Résilience

Comment nous organiser et créer des partenariats, services, écoles, structures ? Nous sommes les plus nombreux dans un hôpital dans une clinique, dans une maison de retraite, dans n'importe quelle structure de jour, ou je ne sais quoi d'autre. Si cela doit bouger dans vos services, mobiliser nos équipes si petites soient elles, créer un lien avec les autres services, lutter contre les cancaniers (eh oui) et tout ceux qui cherchent à monter même des unités les unes contres les autres... Sans parler des guérillas soignantes aide soignant-infirmier- médecin... Si nous étions déjà un peu plus unis dans notre milieu de travail alors peut être pourrions nous imaginer des personnels d'équipes, de services entiers qui se donneraient le relais dans les bureaux des directions des cliniques (en ce qui concerne la problématique du jour) en bloquant l'accès, en occupant les places importantes de l'exercice du pouvoir des directions, des ressources humaines... Pas forcément toute une journée mais une heure sur le moment d'une réunion de rencontre avec les Conseils de Région ou les représentants de l'ARS. Qui ont leur rôle à jouer aussi. S'organiser de l'intérieur et faire parler de nous à l'extérieur. Ils transitent bien plus de personnes dans les hôpitaux ou les cliniques que dans une seule manif... Je balance des idées. Je suis loin d'être résigner mais oui je crois à la résilience des soignants, on en a grandement besoin, de se mobiliser et non de se résigner !
Désolée si c'était long, mais j'en avais le besoin depuis le temps que je parcours tous les groupes soignants sur fcbk et les sites... J'en viens à penser que nous devons penser différemment les actes notre révolte :)

elfi

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#1

Résilience

Bonjour,
Je suis totalement d'accord:nous ne réagissons pas à la hauteur de ce qui se passe dans le monde de la santé.
Mais "résilience" est si mal utilisé ici que je ne peux pas laisser dire "Tout nous montre que nous sommes dans une période de résilience, on encaisse !".Ca n'est absolument pas la résilience, c'est tout sauf accepter ce qui se passe surtout dans ce que nous vivons,injuste & douloureux. Résilience ne veut pas dire résigner. La résilience c'est renaître de sa souffrance, c'est prendre acte de sa souffrance, se rendre compte de notre responsabilité dans ce que l'on vit. Et ainsi se MOBILISER, pour bouger, changer! Se reconstruire si on est arrivé au burn out. Ici nous sommes vraiment dans la RESIGNATION !!! Face à ce qui se passe, tout le monde s'indigne. L'indignation chère au coeur de Mr Hessel. La révolution, celle qui consiste à faire en sorte que ce qui se passe ici devienne un jour révolu, qui est prête à la faire. La question serait plutôt pourquoi personne ne descend dans la rue qd nous sommes + de 30 000 sur NbN3P ?! Qui se sent concerné? Qui est prêt à se dire, je ne soignerais pas mais je vais aller faire la grève? Qui se dit je descends dans la rue en étant dans sa tête au clair avec le fait de se mettre des cadres & collègues à dos parce qu'on manifeste, la culpabilité, la conscience professionnelle ("je dois être à mon poste même quand je suis malade et que j'en ai plein le dos")? Certains hésitent, se demandent si ça en vaut la peine, si ça servira à quelque chose, tant de désillusions. Nous sommes 75% malades de notre job au moins une fois dans notre vie. Si nous ne sommes pas capables de descendre dans la rue, c'est par notre statut. Nous sommes peu nombreux par services, alors peut être serait il temps de se dire que la révolution c'est dans nos unités, dans le quotidien qu'il nous faut penser une nouvelle façon de prendre en otage les structures dans lesquelles nous sommes.