ETHIQUE

Vincent Lambert était-il toujours Vincent Lambert ?

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Ethique et soin

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"Vincent Lambert était-il toujours Vincent Lambert ?" Cette question, non sans conséquences, fut posée par Christophe Barbier, rédacteur en chef de l’Express au cours du plateau du 21 mai 2019 de C dans l’air sur France 5  : Vincent Lambert est-il toujours Vincent Lambert ? demande-t-il dans l’intention de provoquer le plateau des intervenants pour mesurer la représentation de l’auditoire sur la capacité à considérer Vincent Lambert comme un sujet en soi ou alors différemment…

identité

Vincent Lambert fut l’objet d’une insuffisance juridique, d’une insuffisance philosophique sociétale, au point d'en perdre sa subjectivité.

Le fait de poser la question Vincent Lambert est-il toujours Vincent Lambert est loin d’être anodin. En effet, Si nous nous autorisons à nous poser cette question, cela oblige d’imaginer qu’il puisse ne plus être Vincent Lambert. Mais s’il n’est plus Vincent Lambert, alors qui est-il ? S’il n’est plus personne, s’il n’est plus une personne, il ne reste qu’une seule possibilité : il devient un objet, une chose. Voilà comment une simple question peut orienter l’opinion. Je me permets donc d’avancer que cette question est orientée et partisane de la promotion de la possible réification d’une personne pour sa plus facile élimination. Si une personne peut devenir une chose, c’est dans ce dernier statut que nous pouvons l’éliminer sans grand scrupule. Ce mécanisme ne devrait pas être porté par un journaliste aussi légèrement car elle fait le lit d’une euthanasie qui ne dit pas son nom. Christophe Barbier soutient d’ailleurs à la fin de cette émission la pertinence de légiférer autour du suicide assisté.

Mais s’il n’est plus Vincent Lambert, alors qui est-il ? S’il n’est plus personne, s’il n’est plus une personne, il ne reste qu’une seule possibilité : il devient un objet, une chose.

La loi Léonetti-Claeys, une belle loi !

La loi Léonetti est une belle loi que le monde entier nous envie, peut-être même par certains pays qui ont légiféré pour le suicide assisté. Notre loi Léonetti est beaucoup plus fine et ne vise pas le même objectif. Cette loi vise le soulagement et la non malfaisance, ces deux concepts sont les piliers fondamentaux du principe de non malfaisance édicté par Hippocrate il y a 2500 ans et qui n’a pas pris une ride. Toutefois, certains items de cette loi méritent encore d’être encore peaufinés. Certaines précisions doivent être amenées concernant des terminologies trop floues juridiquement parlant. Notamment sur ce qui doit être considéré comme 

  • un pronostic vital engagé à "court terme" : ce court terme est difficile à limiter ;
  • les traitements "peuvent" être arrêtés à tous moments : la loi autorise ou interdit et le terme de possibilité est ambigu.

Fin de partie : Objet Lambert 1 / sujet Lambert 0

Le 2 juillet dernier, le docteur Vincent Sanchez, chef de service des soins palliatifs du centre hospitalier universitaire de Reims, avait décidé un nouvel arrêt des traitements, mis en œuvre le 3 juillet, la Cour de cassation ayant rendu possible ce processus depuis le 28 juin. 9 jours après, le 11 juillet, Vincent Lambert décédait. Une mesure juridique exceptionnelle vient couronner ce qui est devenu "l’affaire Lambert". En effet, une autopsie médicale en "recherche des causes de la mort" a été demandée par Matthieu Bourrette, procureur de Reims : au regard du contexte tout particulier de ce décès après des années de recours judiciaire et du conflit ouvert qui existe depuis plusieurs années entre les membres de la famille. Cette procédure telle qu’elle est énoncée ne se place évidemment pas au service du sujet concerné mais bien en termes de protection juridique pour les auteurs de la mise en œuvre de la sédation profonde et continue et comme argument juridique à décharge contre un éventuel recours par les parents de Vincent Lambert.

Vincent Lambert fut l’objet d’une insuffisance juridique, d’une insuffisance philosophique sociétale, au point d'en perdre sa subjectivité. Il ne fut que l’objet d’une querelle, l’objet d’un dossier juridique complexe, l’objet de manipulations politiques. Le sujet disparaissait à mesure que l’objet prenait de l’ampleur et prenait toute la place.

La dignité d’autrui dépend de la mienne

Nous conclurons en disant que Vincent Lambert reste Vincent Lambert, même après sa mort, il a été inhumé dans l’intimité familiale. Son corps repose au cimetière de Longwy, où la pierre tombale atteste de sa présence. Alors quelqu’un peut-il expliquer comment pourrait-il ne plus être Vincent Lambert avant sa mort ? Je rappelle que la dignité d’un être humain est inaliénable mais qu’hélas elle reste invisible pour ceux qui ne se donnent pas la peine de la reconnaitre. Quand un homme ne trouve plus de dignité en autrui c’est qu’il risque lui-même d’en être dénué. La dignité est un concept d’interdépendance, elle n’existe que par la dignité des autres.


Cadre supérieur de santé
Docteur en philosophie
Ecole éthique de la Salpêtrière
Christophe.pacific@orange.fr

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Commentaires (8)

Ben Becks

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4 commentaires

#10

Au-delà du visible...

Cher Christophe,

Comme de coutume, j'ai sincèrement pris plaisir à vous lire. La dualité juridique/philosophique que vous évoquez a bien toute sa place dans ce débat. Hélas, je crains que les choses ne soient quelque peu plus compliquées. Tout d'abord, la loi ici est claire : seule l'avis de la personne de confiance désignée (ici, il s'agissait de son épouse) doit prévaloir. Or, la justice a refusé de reconnaître cette injonction au profit d'une solidarité familiale prioritaire ; premier dissensus difficilement palliatif. De plus, qu'appelle-t-on réellement traitement actif ? L'hydratation et l'alimentation parentérale en font-elles partie ? Cette histoire survient en amont de la révision puis rectification de la loi Léonetti qui, par l'Acte II Léonetti-Clayes, permet dorénavant et ENFIN d'éclaircir ce débat (ce combat - celui de Vincent - pour le respect de sa dignité jusqu'aux tréfonds de son existence aura au moins permis cette superbe avancée socio-législative).
Enfin, je ne peux que plussoyer vos propos : la philosophie sociale et vulgaire (dans son sens étymologique...) fait cruellement défaut dans le débat social de la fin de vie. Pas dans celui universitaire et théorique s'entend ; mais bien de celui hospitalier pratique qui gagnerait en qualité, j'en suis convaincu, à inviter dans la réflexion de terrain des philosophes moraux et de l'action.

Bien à vous, Benjamin BECKER.

binoute1

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#9

exactement

parce que quelques individus intégristes parlent plus forts que le reste de la famille,
et parce que les politiques ne gouvernent pas en réfléchissant ...

binoute1

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#8

exactement

parce que quelques individus intégristes parlent plus forts que le reste de la famille,
et parce que les politiques ne gouvernent pas en réfléchissant ...

binoute1

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#7

exactement

parce que quelques individus intégristes parlent plus forts que le reste de la famille,
et parce que les politiques ne gouvernent pas en réfléchissant ...

binoute1

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#6

exactement

parce que quelques individus intégristes parlent plus forts que le reste de la famille,
et parce que les politiques ne gouvernent pas en réfléchissant ...

binoute1

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#5

exactement

parce que quelques individus intégristes parlent plus forts que le reste de la famille,
et parce que les politiques ne gouvernent pas en réfléchissant ...

CrisP

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54 commentaires

#4

quand la loi ne fait plus la loi...

cette histoire montre-t- elle l'échec de l'éthique face au juridique ou bien l'échec du juridique face au juridique ?

je crains surtout que cette histoire ne nous grandisse pas !

Christophe Pacific

binoute1

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#1

ben oui tiens,

légiférons aussi là dessus.
Légiférons sur tout ....