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VIDEO - "A l’hôpital, le travail nous tue !"

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Médecin

Tais-toi et bosse, taire nos revendications, pour eux c’est de l’argent ! A Paris, Lyon, Montpellier, Marseille, et dans plusieurs autres villes de France, les fonctionnaires en colère se sont regroupés le mardi 10 octobre afin de faire entendre leurs revendications, car non, ils ne sont pas d’accord ! Pas d’accord avec le gouvernement, et surtout pas avec ces nouvelles mesures qui les visent directement. Cependant, pour la Fonction publique hospitalière, il ne s’agissait pas seulement de se mobiliser pour montrer son opposition mais aussi pour hurler un ras-le-bol face à des conditions de travail qui deviennent intenables. Reportage en images et recueil de témoignages au coeur de la manifestation. 

Burn out, dépression, suicide, surcharge de travail, manque de personnel, salaire misérable, ce mardi 10 octobre, les professionnels de santé hospitaliers sont descendus, une fois encore, dans la rue afin de faire entendre leurs revendications et forcer le gouvernement à ouvrir les yeux sur une situation qui ne cesse d’empirer. Les professionnels de santé, et les infirmiers en particulier, sont victimes d’une forme de maltraitance globale, déplorait Didier Borniche, Président de l’Ordre national des Infirmiers le matin même sur BFMTV.

Quand ils arrivent en ville, c’est pour battre le pavé !

En tout, la manifestation aurait regroupé 400 000 personnes de sources syndicales et 209 000 d’après la police. Apparemment, 10,4% des professionnels de la Fonction publique hospitalière s’étaient mobilisés, en prenant en compte les agents grévistes assignés dans les services d’après les derniers chiffres du ministère de l’action et des comptes publics

Tous réunis pour une cause commune, les soignants ont usé de nombreux accessoires - masques, lunettes aux couleurs flashys, blouses blanches, bleues, parfois taguées de slogans particulièrement explicites :  Fainéant ? Je ne crois pas… épuisé parfois , pour les aides-soignantes qui ont mal au dos, Macron a la solution : serrer la ceinture. La plupart des grévistes sont sur la même longueur d’onde et martèlent un discours similaire, rappelant qu’ils sont  un secteur déjà en sous-effectifs. Ils souhaitent davantage de personnels et la reconnaissance de leur travail, au niveau financier mais pas que.  On n’a pas fait infirmier pour devoir rendre des comptes sur le nombre d’actes effectués, on aimerait pouvoir discuter avec le patient, et d’autres choses que de sa pathologie car, ça aussi, ça fait partie aussi de la thérapie , argue un manifestant armé d’un micro.

Alerte, notre système de santé en danger

Les soignants dénoncent d'une même voix la déshumanisation des hôpitaux.  On aimerait inventer un modèle de société plus humain, déclare Claire, infirmière à l’hôpital Albert Chenevier. On relève surtout un besoin de travailler beaucoup mieux, dans des conditions plus favorables. « On soigne des humains, on ne s’occupe pas de tuyaux d’eau ! », s’énerve Marie, infirmière en psychiatrie à Sainte-Geneviève. Ce week- end, on m’a demandé un remplacement, toujours en psychiatrie, dans un autre service où il y avait trois infirmières pour huit personnes en service libre. Alors que dans mon service nous sommes deux infimières et une aide-soignante pour 25 patients sous contrainte dont deux en chambre fermée et un en isolement, raconte-t-elle. L’organisation n’est pas au beau fixe, avec la mutualisation des moyens c’est le bordel !.

Les professionnels de santé évoquent aussi la défense du service public, l’hôpital public s’est fait pour soigner tout le monde, pour que tout le monde ait les mêmes droits, je parle en tant que soignante et en tant que patiente, souligne Tiphaine, aide-soignante toute jeune diplômée, à Charleroi.

Manifester, c'est aussi pour les générations futures

La désillusion est également présente lors de ce rassemblement. Si certains restent optimistes on les aura peut-être à l’usure, espère Françoise, infirmière à l'hôpital Saint-Louis, d’autres sont désabusés. Je suis venue par principe mais je ne crois pas qu’on sera entendu. C’est aussi pour l’éducation des enfants qu’il faut se battre, pour que plus tard, les choses finissent par changer, déclare Julie, infirmière dans le même établissement.

Pour le personnel hospitalier, le point de rupture est atteint depuis longtemps. Déjà en novembre dernier, les paramédicaux s’étaient mis en grève pour dénoncer leur situation sans que celle-ci ne se soit améliorée depuis. Pour Didier Borniche, il faut commencer par instaurer un ratio de patients par infirmiers, une des conditions pour optimiser la sécurité et la qualité des soins. Des actes sont demandés et vite, avant que le système craque, pour de bon.

Journaliste susie.bourquin@gmail.com @SusieBourquin

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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