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A lire – Dans le noir…

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Dans son récit intitulé "Dans le noir", en format court, sur le site communautaire Raconter la vie, un auteur anonyme nous raconte son passage dans un hôpital psychiatrique à 14 ans. « On dit souvent que ça n’arrive qu’aux autres. Puis, on finit par être concerné » écrit-il…

Les textes publiés sur le site Raconter la vie, site communautaire de ceux qui s'intéressent à la vie des autres - témoignages de patients, de leurs proches, de soignants... sont régulièrement présentés sur nos pages ; une très belle source éditoriale que nous avons choisi de partager entre nos deux sites.

Ne pas utiliser le mot…

Arriva un jour où mes envies suicidaires devenaient bien trop présentes. J’ai appelé au secours ma mère, qui m’a directement emmenée aux urgences.

Alors que j’étais alors une collégienne de douze ans, je commençais à vouloir être aimée. J’avais un petit ami, âgé de seize ans. Il me paraissait être quelqu’un de bien, de gentil. Au bout de trois semaines de relation, j’ai changé d’avis. Alors que je passais l’après-midi avec lui, il m’a forcée à avoir un rapport, ma première fois. Il m’a violée. Je trouve ce mot brutal, alors je ne l’utilise pas. (…) J’ai eu du mal à en parler à ma mère, et lorsque je l’ai fait, je ne lui ai pas dit qu’il m’avait forcée. Je me sentais salie et honteuse (…) j’ai mis fin à notre relation au bout de six mois. Je ne l’aimais plus. Redevenue célibataire, il me menaçait, me tenait des propos à connotation sexuelle. (…) Je n’ai jamais osé porter plainte, je ne voulais ni de problèmes ni évoquer cette histoire. Mon père n’était au courant de rien. Quatre ans plus tard, j’ai été harcelée par mes propres « amies », il n’y avait pas de pire trahison.

L'heure de l'internement...

Je voyais une psychologue, car ça n’allait pas avec mon père. (…)  Elle m’écoutait, me conseillait. En novembre 2012, je suis sortie avec un garçon. J’avais quatorze ans, lui dix-huit. (…) Je craignais la réaction de mon père, alors je lui ai menti sur sa situation. Subitement, des crises d’angoisses ont fait leur apparition. (…) J’avais l’impression d’avoir un monstre en moi (...) ça devenait invivable. (…) Arriva un jour où mes envies suicidaires devenaient bien trop présentes. J’ai appelé au secours ma mère, qui m’a directement emmenée aux urgences. (…) Une infirmière-psychologue m’a questionnée. Je ne savais pas répondre à la plupart de ses questions. (…) Pendant une heure j'ai raconté tout ce qui m’était arrivé jusque-là à une pédopsychiatre. Puis elle est allée chercher mes parents pour nous annoncer que j’allais être internée dans un hôpital psychiatrique. Immédiatement, crise d’angoisse et de nerfs. (...) Ma mère pleurait. On m’a embarquée (…) Une fois installée dans ma chambre, une aide-soignante est venue me voir : « Ici c’est comme le film Les Ch’tis. Tu pleures quand t’arrives et tu pleures quand tu pars »

Faire le deuil de son passé…

La pédopsychiatre m’autorisa à sortir, après onze jours passés dans cet hôpital. J’ai demandé à rester jusqu’au goûter pour saluer les autres patients de « là-bas ». J’avais peur de retourner au collège, du regard et des pensées des autres. J’ai attendu quelques jours avant d’y retourner. (…) J’ai finalement décidé d’avouer la vérité à tout le monde, sur ce que j’avais vécu. (…) Je continuais à avoir des rendez-vous « là-bas » (…) J’ai annulé le dernier car la pédopsychiatre me forçait à porter plainte pour le « viol » que j’ai subi à douze ans. (…)  Les crises d’angoisses ont refait surface. J’ai donc pris rendez-vous avec la première psychologue qui m’a alors aidée à faire le deuil de tout mon passé. Depuis, je suis plus sereine (…) j’ai arrêté de me laisser marcher sur les pieds…

Raconter la vie : la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres

raconter la viePar les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples - celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature. Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit. Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres.

Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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