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Edito - Quelques mots d'amour pour soigner les maux hospitaliers...

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Médecin

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Et demain ? Quel hôpital, pour quels services, avec quels moyens et avec quelles forces vives ? Verrons-nous les actes suivre les promesses faites au plus haut niveau ? Ou reviendrons-nous à bas bruit à la situation ancienne ? Voilà l’objet de cet ouvrage intitulé "Déclarons notre amour à l’hôpital public" réalisé par les associations de patients et les quelque 100 Collectifs Inter Hôpitaux régionaux en appui à Marie Citrini, représentante des usagers à l’AP-HP. Des témoignages, des pétitions, des photographies, des déclarations d’amour d’usagers et de soignants à "leur hôpital", celui où le service public n’est pas un vain mot ! Un livre militant à partager avec le plus grand nombre !

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A la lecture de cet ouvrage qui fait autant de bien que de mal, à l'heure d’un énième plan destiné à sauver l'hôpital et à redonner à l’ensemble de ses acteurs les conditions d'un exercice à la hauteur de leurs exigences, il nous faut militer, ensemble, pour soutenir ce bien précieux qu’est l’hôpital public.

L’hôpital va mal, et ce n’est pas nouveau. Avec lui, et avant même la crise sanitaire qui l'a ébranlé, ses soignants vont aussi mal que lui et ses usagers sont eux aussi parfois malmenés. Vétusté des locaux, manque de matériels, de lits, effectifs en berne pour une charge de travail croissante, manque d’attractivité des métiers du soin, sans parler des salaires, si bas pour autant d’engagement et de compétences déployées… La naissance du Collectif Inter Hôpitaux est né de cette crise, en 2019 ; un collectif au sens large, sans affiliation à quelque parti ou syndicat que ce soit, créé avec toutes les professions de l’hôpital et avec les usagers et les associations de patients. Un collectif qui pèse aujourd'hui et qui entend peser toujours plus et se battre - d'autant en cette période du Ségur de la Santé - pour redonner au service public hospitalier ses lettres de noblesse.

Les soignants ne se sont pas effondrés, l’hôpital d’avant a disparu, le respect a été absolu entre profession. Ceux qui ont vécu le Covid19 ne supporteront pas le retour en arrière…

Le Dr François Salachas, neurologue hospitalier à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, préface cet ouvrage. Rappelons que c'était lui qui, le 28 février dernier, lors de la visite du Président de la République suite au premier décès imputé au coronavirus, l’interpellait sur la situation critique de l’hôpital. Voici ce qu’il écrit : Nous vivons actuellement une période très paradoxale car, si la crise a permis aux soignants de renaître à des conditions d’exercice en accord avec leurs valeurs, si, à cette occasion, les usagers ont pu signifier leur attachement et, n’ayons pas peur des mots, leur amour pour l’hôpital public, on perçoit sur le terrain une impression de quitte ou double. Mais là ou croit le danger, croit aussi ce qui sauve et n’en doutons pas, l’hôpital public devra son salut à l’action collective et synergique de ses soignants et de ses usagers, tendus vers un seul but : la qualité des soins.

Aujourd’hui, mon cher Amour, c’est à nous de prendre soin de toi, de soigner tes plaies, d’encourager tes efforts pour aller mieux, ensemble, usagers, soignants de toutes catégories, décideurs. Marie Citrini, représentante des usagers, AP-HP

Hôpital… je t’aime…

livre hôpital amourElle l’écrit si bien Marie Citrini, représentante des usagers à l'AP-HP, adressant sa missive "à son cher Amour". Je suis née dans tes bras, il y un peu plus d’un demi-siècle, j’ai grandi à l’ombre de toi et il y a 27 ans, tu m’as accompagné quand, porteur d’une triste nouvelle, tu as dû me dire que plus que jamais je ne vivrai comme avant. C’est mon amour pour toi qui m’a conduit à m’engager associativement. (…) Je t’ai vu de transformer et mon engagement associatif et citoyen a grandi avec toi. (…) Et puis, avec le temps, parce que tu as su cacher tes blessures, sont apparus tes dysfonctionnements logistiques, architecturaux, humains. (…) Un soir d’‘automne, des médecins, des infirmières, des cadres sont venus nous voir et nous ont demandé de les accompagner dans leur besoin de clamer haut et fort qu’ils ne voudraient pour rien au monde, être ailleurs, mais qu’ils souffrent. (…)  Aujourd’hui, mon cher Amour, c’est à nous de prendre soin de toi, de soigner tes plaies, d’encourager tes efforts pour aller mieux, ensemble, usagers, soignants de toutes catégories, décideurs.

Le 14 février 2020, jour de la Saint-Valentin, après de longs mois de mobilisation, une nouvelle journée de grève et de manifestations1, est l’occasion de demander à tous, soignants et soignés, de témoigner de leur amour à l’hôpital public dont le coeur se brise. Voici quelques exemples de "mots d’amour", recueillis à cette occasion, parmi ceux publiés dans cet ouvrage. Ils sont vraiment très nombreux, sincères et émouvants, égrénés sur des dizaines de pages :

  • Hôpital public je t’aime car sans toi je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui, je ne serais d’ailleurs peut être pas là non plus, et pourtant, il y a 20 ans, il manquait déjà du personnel dans tes hôpitaux.
  • Hôpital public je t’aime parce que 20 ans plus tard, en début de nuit, tu réponds encore présent pour ce jeune homme qui a bien grandi mais qui vient fréquenter tes urgences suite à une blessure
  • Cher hôpital public, j’aimerais que les professionnels de santé soit TOUS en capacité de conserver le sens pour lequel ils ont fait ce métier.
  • Ancienne infirmière de l’AP-HP, j’ai moi-même à coeur de voir nos hôpitaux rester à la hauteur de ce qui fait l’ADN de notre pays : Liberté, Egalité, Fraternité.
  • J’aime l’hôpital public, il est notre fierté. Je l’aime parce que j’en ai fait ma passion : aide-soignante.
  • Je te déclare ma flamme, hôpital public, à qui je souhaiterais consacrer ma vie en tant que médecin si ma santé me permet un jour de faire ces études. Je te déclare ma flamme, hôpital  qui me connaît si bien et qui prend soin de moi depuis des années. Jamais je ne pourrais te dire assez de fois merci.
  • Vive l’hôpital public et merci à son personnel dévoué, à quelque niveau que ce soit. Merci pour votre humanité et votre compétence. Honte à nos dirigeants avec leur logique comptable et leur mépris.
  • Je soutiens les luttes légitimes des personnels de l’hôpital public qui depuis des mois alertent pour une meilleure qualité des soins et de leur travail. J’aime l’hôpital public. Que la santé publique, pour tous devienne une priorité.
  • Sans hôpital public, je serais veuve, orpheline d’un enfant, peut-être ne serais-je même pas née… 

Parce que je vois mourir l’hôpital ou j’ai aimé travailler

Les soignants ont retrouvé le sens donné au travail, ils veulent maintenant le garder...

La crise du COVID19 a révélé les ressources infinies d'un hôpital pourtant malade où l'organisation, consensuelle, en un temps record, et en toute confiance a permis de faire face, en toute dignité.  L'humain était au premier plan de toutes nos discussions, nous nous comprenions, nous avancions de concert vers un même objectif : prendre soin de malades. Jamais nous n'entendions parler de finances, d'activité, de codage... souligne Hélène Gros, infectiologue au Centre Robert Ballanger, à Aulnay/Bois. Et de s'interroger :alors je me pose cette question : n'aurons-nous rien appris de cette crise ou bien serons nous capables de nous en inspirer, afin de réformer nos hôpitaux en profondeur et de nous recentrer sur l'essentiel de notre métier : le juste soin pour tous ? Un point de vue partagé par Agnès Hartemann, diabétologue à la Pitié-Salpêtrière : ce que l'on attend de nos dirigeants, c'est que nos gestionnaires reçoivent à nouveau des directives pour que l'on puisse soigner dans de bonnes conditions de travail les patients non Covid19, de la même mabière qu'on a pu soigner les patients Covid19.

Thiphaine Morvan, infirmière en maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Louis (AP-HP) ne veut pas que cette flamme retrouvée s'éteigne. J'ai encore envie d'y croire et de rester positive, car oui, malgré la souffrance, l'épuisement, les équipes soignantres ont été portées par un  élan de solidarité. Une solidarité extrapordinaire s'est mise en place avec les différents services, ainsi que dans les équipes soignantes. Le soutien que nous avons reçu de part et d'autres, nous a permis d'affronter la crise et de renbdre un peu moins difficile cet épisode. Les étiquettes de chacun ont été mises de côté et tout le monde a retroussé ses manches pour aider. NBosu avons su nous organiser et être réactifs pour répondre aux besoins.

L'accès aux soins pour tous est une question éminemment éthqiue, qui ne relève pas des seules compétences et décisions médicales. Il interroge des valeurs et des choix collectifs qui engagent l'ensemble des citoyens : que voulons-nous comme système de santé et plus largement dans quelle société souhaitons-nous vivre ? écrit pour conclure Sophie Crozier, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Une interrogation comme une exhortation à changer de modèle et que tous les décideurs et technocrates de la santé devraient partager. Alors oui, à la lecture de cet ouvrage qui fait autant de bien que de mal, à l'heure d’un énième plan destiné à sauver l'hôpital et à redonner à l’ensemble de ses acteurs les conditions d'un exercice à la hauteur de leurs exigences, il nous faut militer, ensemble, pour soutenir ce bien précieux qu’est l’hôpital public.

merci

Collectif chéri, il faudrait ne pas avoir de coeur, il faudrait ne pas avoir de tête, il faudrait ne pas avoir d'espoir pour ne pas vous aimer. Marie Desplechin

Note

  1. A l’appel du Collectif Inter-Urgence, Inter-Hopital et autres syndicats et associations de professionnels de santé.

« Déclarons notre amour à l’hôpital public ». 2020, défense et illustration d’un service public, Collectif Inter Hôpitaux , Préface de François Salazchas, Maisonneuve &Larose Nouvelles éditions, Hémisphères Editions, mai 2020, 10 euros. Les auteurs de cet ouvrage :

  • Marie Citrini, représentante des usagers au conseil de surveillance de l'AP-HP
  • Tiphaine Morvan, infirmière à l’hôpital Saint-Louis, Paris
  • Dr François Salachas, neurologue, Pitié-Salpêtrière
  • Dr Agnès Hartemann, diabétologue, Pitié-Salpêtrière
  • Dr Hélène Gros, infectiologue, centre hospitalier Robert-Ballanger
  • Dr Sophie Crozier, neurologue, Pitié-Salpêtrière, membre du Comité consultatif national d’éthique
  • Marie Desplechin, romancière
  • Et les témoignages de nombreux anonymes

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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