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À lire - Un homme à la crèche

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Dans son récit intitulé "Un homme à la crèche", en format court, sur le site communautaire Raconter la vie, Thomas, partage sa vie d'éducateur de jeunes enfants au sein d'une crèche. Un moyen de combattre les préjugés. Extraits.

Les textes publiés sur le site Raconter la vie, site communautaire de ceux qui s'intéressent à la vie des autres - témoignages de patients, de leurs proches, de soignants... sont régulièrement présentés sur nos pages ; une très belle source éditoriale que nous avons choisi de partager entre nos deux sites.

Éducateur de jeunes enfants et papa

papa enfant

Thomas est papa… mais aussi éducateur de jeunes enfants dans une crèche.

Esteve a plus de métier que toi mais elle n’est pas du coin. Elle est là en remplacement. Elle avait entendu parler d’un homme en crèche, de toi, donc, sans savoir que c’était toi ; elle ne savait pas par exemple que tu étais dans une des crèches de la ville avant de venir travailler ici. Elle dit que tu es son premier – son premier homme en crèche. Vous parlez peu, des enfants, du planning. [...] Il y a des choses évidemment qui te différencient, en tant qu’homme : au début, tu frappais à la porte du vestiaire, tu attendais dehors que les collègues soient visibles pour entrer, ce n’était pas pratique. Il a fallu te commander un pantalon de travail sur catalogue, on n’en avait pas en stock « pour homme ». Aujourd’hui tu te changes dans le débarras. Tu n’en es pas mécontent. Ce n’est pas, dis-tu, une discrimination. L’autre jour, les collègues t’ont fait conduire le van pour emmener les enfants à la bibliothèque. Ça s’est fait comme ça. Elles s’interrogent : C’est parce que tu es un homme ? Ou parce que tu en avais déjà conduit un ? Esteve se fait la remarque : C’est bizarre, mais si un papa entre pendant que je fais le change, je cache le sexe de l’enfant. Pas si c’est une femme. Votre sort, à toi, et aux papas, est lié par ces petits machins qu’on se sent obligé de vous cacher. Mais tu es un professionnel, pas un papa.

« Pourquoi voulez-vous être éducateur de jeunes enfants ? »

Toi tu t’es naturellement posé la question dès l’examen. Tu as répété, avec ta femme, ce que tu dirais lorsqu’on te demanderait : Vous, un homme, pourquoi voulez-vous faire ce métier ? Tu n’as aucun souvenir de la réponse que tu as donnée. En tout cas vous avez regardé des reportages à la télé sur le sujet. Tu n’as pas dû dire quelque chose de bien original. Il est vrai que tu es père. Il est possible que ça aide. [...] Les collègues et les parents ont vite cherché à savoir. Tu as joué un peu avec eux, tu ne leur as pas dit, pas tout de suite. Tout le monde est d’accord : ce n’est pas décisif au plan professionnel. L’important, c’est la formation. Mais avec certains parents, ça aide à faire le lien. Ça met en confiance.

Tout le monde y met du sien, et fait des parallèles. On te compare aux infirmiers et aux sages-femmes hommes (il y en a de plus en plus ?), aux gynécologues mâles (ils font bien leur travail), aux femmes qui apprennent la mécanique (le monde a évolué), aux instits naturellement. La mère de Mayya, elle, s’est souvenue pour moi, très gentiment, de la maîtresse d’école qu’elle a eue enfant, une femme horrible qui l’avait dans le nez, tellement loin dans le nez qu’on a dû la changer d’école. Horrible, oui ; elle n’arrêtait pas de la punir, pour rien. Lorsque la mère de Mayya a amené sa fille à la crèche, elle s’est dit que certainement, un homme, ce serait très bien.

Raconter la vie : la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres

Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples - celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature. Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit. Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres.

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