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Le service médical du Tour de France

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Aux soins des coureurs

ASO photo I. Hoffmann,

ASO photo I. Hoffmann

Le Tour de France est la course cycliste la plus populaire au monde. Durant l’épreuve qui dure près d’un mois, un service médical composé de professionnels de la santé passionnés par le cyclisme veille sur un peloton de 198 coureurs et une caravane de plus de 500 personnes.

Aux commandes du service médical, le coordinateur et médecin en chef Gérard Porte, un médecin du sport de 59 ans qui fêtera pour cette édition 2010 du Tour sa 39e participation. Un seul mot d’ordre l’anime « couvrir médicalement et efficacement la course dans son intégralité ».

L’équipe qu’il a formée autour de lui, au fil des épreuves, est composée d’une vingtaine de personnes (voir ci-dessous), répartie sur toute la course selon une procédure bien établie. Tous sont des passionnés du vélo. Issus du monde hospitalier public ou privé, ils ont pris leurs congés afin de participer à l’épreuve reine du cyclisme.

Un positionnement sanitaire stratégique

ASO photo B. Bade

ASO photo B. Bade

Devant les coureurs, la caravane publicitaire qui s’étend sur près de  vingt kilomètres est couverte par deux ambulances et deux médecins.  
L’une est située au milieu de la caravane de façon à pouvoir remonter en cas d’accident et l’autre en queue de l’ensemble.

Puis il y a ce que les spécialistes appellent le ventre mou de la course. Entre les derniers véhicules publicitaires et la tête du peloton. Dans cette zone à la fois neutre et stratégique où il y a beaucoup de circulation, une ambulance avec un médecin veille sur les médias, les journalistes, les suiveurs, tout ce monde divers et varié qui gravite autour de l’épreuve. Elle a toute latitude pour intervenir en renfort des autres véhicules sanitaires.

Un coureur ne pense qu’à une chose, sortir du peloton pour remporter l’étape. Aussi, dès qu’une échappée se produit, un médecin juché à l’arrière d’une moto s’intercale entre elle et le groupe de poursuivants ou l’avant du peloton derrière lequel se trouve Gérard Porte, à côté de la voiture du directeur de course. Tous les véhicules du service médical sont reliés par radio sur un canal dédié. « On est là pour intervenir rapidement.

Derrière nous, il y a les directeurs sportifs dans leurs voitures d’équipes, » indique le médecin chef. « Nos interventions sont diverses et variées, elles vont d’un mal au genou, à une diarrhée, une insolation ou une chute, » précise t-il.

En cas de peloton groupé, la voiture de Gérard Porte est derrière les directeurs sportifs avec deux ambulances, l’une avec un médecin, l’autre avec une infirmière.
Une deuxième série de directeurs sportifs adjoints est présente, souvent en fin de course, là où les coureurs en mal de forme souffrent pour suivre le train qui leur est imposé par la tête de course. Un œil sur la dernière ambulance, prête à intervenir en cas de problème, et l’autre sur la voiture balai synonyme de fin de course pour eux.

Principale inquiétude : les chutes

Presse Sports photo Papon

Presse Sports photo Papon

Dès les premiers jours de course, l’équipe médicale est aux aguets. « Car la première semaine de course est celle que l’on craint beaucoup  du point de vue de la traumatologie. C’est durant ce laps de temps qu’il y a beaucoup de chutes. Plus que par la suite, » précise le docteur Porte, «notre objectif est d’être au bon endroit pour intervenir dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions possibles, que ce soit pour un coureur ou pour le public. » Les premières étapes qui se courent souvent en plaine font le jeu des sprinteurs qui veulent marquer des points.

Au milieu du brouhaha de la foule, des sirènes des véhicules, du débit de la sono du speaker situé sur la ligne d’arrivée, les membres de l’équipe médicale doivent être particulièrement attentifs.

D’autant que dans les ultimes kilomètres, c’est un peloton lancé à plus de 50 km/h, avec 200 hommes qui jouent des coudes, frôlent les barrières derrière lesquelles se masse un public enthousiaste mais parfois indiscipliné, et doivent slalomer entre les ralentisseurs et autres obstacles urbains.

Les chutes sont alors spectaculaires. « Un risque vital c’est dur pour tout le monde. Heureusement, malgré la fréquence des chutes, elles sont souvent peu graves. La plupart des coureurs repartent après. Tout se passe globalement bien car quand on voit les risques encourus notamment dans les descentes et les sprints, il n’y a finalement pas trop de catastrophes, » dit G. Porte.

En cas de blessures très graves, après avoir donné les premiers soins, l’équipe médicale fait appel au Samu local qui évacuera le ou les blessés dans un véhicule sanitaire ou un hélicoptère vers l’hôpital le plus proche.

Beaucoup de coureurs abandonnant dès que le Tour aborde la montagne, le peloton se fait alors moins dense. La sélection s’opère naturellement, il y a moins d’arrivées au sprint et cela devient un peu moins dangereux.

Les coureurs connaissent le dispositif médical. En cas de problème, ils ralentissent un peu leur allure et font signe au directeur de course ou à une voiture officielle qui appellera par radio le médecin sur la moto ou une ambulance. Ils peuvent également demander des soins par le biais de leur oreillette-radio à leur directeur sportif qui répercutera l’appel car seul le service médical peut intervenir en course. En dehors de l’épreuve, ce sont les médecins des équipes qui prennent en charge leurs coureurs.

Reconnaissance et prochain départ

ASO photo B. Bade

ASO photo B. Bade

Dès le lendemain de l’arrivée sur les Champs Elysées, la tension étant descendue de quelques crans, le travail n’est pas pour autant terminé. « Tout est à mettre à jour. Les ambulances doivent être ré équipées pour les autres grandes épreuves cyclistes tels le Tour de l’Avenir, Paris-Nice, le Critérium international, etc. Des produits vont arriver à péremption, il faut les remplacer. On travaille en permanence sur l’épreuve suivante, » déclare G. Porte. Comme ses collègues, le médecin-chef est un passionné.

« On aime ce sport et on est dans la plus grande course et organisation qui existe au monde. Nous avons la chance de côtoyer les plus grands champions et donc très heureux d’être là et très fiers de travailler dans ce contexte que nous envient les autres grandes courses cyclistes internationales.»

À la fin du Tour de France, peu de coureurs n’ont pas eu recours aux soins du service médical. « Un jour ou l’autre, ils ont tous besoin de nous, même si c’est pour leur passer de la crème solaire.

Tous les maillots jaunes sont venus nous voir en demandant quelque chose, » souligne le médecin chef.

« Le bonheur c’est de rendre service à des gens qu’on admire. Notre plus grande reconnaissance, c’est lorsque sur les Champs Elysées, les coureurs et le maillot jaune viennent nous serrer la main en nous remerciant pour eux et leur équipe. Ce sont des moments très appréciables. Cela veut dire que nous avons atteint nos objectifs : porter assistance aux gens qui en ont besoin, les coureurs, les suiveurs, les spectateurs.»
Alain Martinez

Une équipe qui tourne

De façon à former une équipe pluridisciplinaire, 35 personnes au total, (infirmier(e)s, urgentistes, médecins du sport, ambulanciers, pilotes de voitures, etc.) tournent sur les épreuves cyclistes dont le Tour de France (le Tour de l’Avenir, Paris-Nice, le Critérium international, Paris-Roubaix, La Flèche Wallone, le Tour de Picardie, etc.), en fonction de leurs possibilités (vie de famille, travail).

3 600 kilomètres de vigilance pour le service médical

Le Tour de France (97e édition), c’est 3 600 kilomètres à parcourir en 1 prologue et 20 étapes (9 de plaine, 1 contre la montre, 6 de montagne avec 23 cols à franchir, 4 dites accidentées). Départ le 3 juillet de Rotterdam (Pays-Bas). Arrivée à Paris le 25 juillet.
La caravane est composée de 600 personnes (160 véhicules animés et décorés), le peloton de 22 équipes de 9 coureurs chacune.

A savoir

La composition du service médical
Le service médical (8 médecins, 1 infirmière, 1 ostéopathe) est réparti sur 1 moto, 2 voitures-cabriolets et 6 ambulances


Alain Martinez
Journaliste Santé publique et économie sociale
MNH revue

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