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Soignants et addictions : réduire les risques

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Comment prévenir les addictions chez les professionnels de santé ? Lors d'une conférence, le Réseau de Prévention des Addictions (RESPADD) et l’Institut de promotion de la prévention secondaire en addictologie (IPPSA) ont apporté quelques éléments de réponse...

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Addictions chez les professionnels de santé : la nécessité de lever les tabous

Comme l'a rappelé Nicolas Bonnet, pharmacien, directeur du Réseau de Prévention des Addictions (RESPADD) lors d'une conférence consacrée à « La prévention des addictions chez les professionnels de santé » organisée par la MNH le 9 avril dernier1, parler d'une conduite addictive n'est jamais facile. Pourtant, il est nécessaire d'aborder ce sujet très sensible, voire tabou, une addiction pouvant entraîner, lorsque l'on est en poste :

  • une diminution des performances professionnelles ;
  • une augmentation des accidents du travail ;
  • une dégradation des relations professionnelles ;
  • une potentialisation des effets secondaires des médicaments et/ou solvants.

Philippe Michaud, médecin addictologue, directeur du centre Magellan de cure ambulatoire en alcoologie de Gennevilliers et président de l'Institut de promotion de la prévention secondaire en addictologie (IPPSA), souligne que les professionnels de santé sont exposés à ces risques. Et d'ajouter qu' il y a un lien très complexe de causalité entre les conduites addictives et les conditions de travail et ce dans les deux sens. Il constate notamment que la diminution de la consommation d'alcool va de pair avec un mieux-être au travail.

Des solutions pour réduire le niveau de risque

La réduction du niveau de risque passe notamment par la prévention. En la matière, trois niveaux se distinguent selon Philippe Michaud :

  • primaire, qui s'adresse à tous les usagers ;
  • secondaire, une prévention ciblée qui a pour objectif de repérer et accompagner les personnes soumises à un risque ;
  • tertiaire, qui consiste à empêcher les complications et éviter les rechutes.

Pour Philippe Michaud, il faut chercher les personnes qui sont exposées à un risque afin de les y soustraire car la prévention secondaire a fait ses preuves, contrairement à la prévention primaire. Il remarque également que beaucoup d'efforts ont été faits pour limiter le poids du tabac qui fait perdre six années de bonne santé mais que les actions visant à limiter le poids de l'alcool sont moindre. Pourtant, il peut faire perdre, lui aussi, jusqu'à cinq années de bonne santé.

Philippe Michaud explique que les interventions brèves à l'initiative du salarié sont efficaces pour réduire le niveau de risque. De plus, l'IPPSA a conçu des bornes interactives de prévention® (BiP) destinées à donner des conseils permettant d'être en meilleure santé. Un conseil délivré de façon automatisée (sur écran ou sur papier) sur la base d’une auto-évaluation standardisée (questionnaire) influence efficacement les consommations des répondants, note-t-on. 

Une mission à l'AP-HP pour prévenir les addictions du personnel

Anne Borgne, praticien hospitalier, chef du service addictologie de l'hôpital René Muret AP-HP à Sevran et présidente du RESPADD, souligne que l'hôpital est un lieu de travail facteur de stress. Parce qu'on est soignant, on peut avoir des difficultés à dire les choses. Ainsi, en 2006, la Direction Générale de l'Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a mis en place la mission Fides afin de mettre en œuvre une politique de prévention et de prise en charge des addictions liées à la consommation de produits psychoactifs, notamment l'alcool, pour le personnel médical et non médical de l'AP-HP. Elle s'articule autour d'un plan d'actions en trois axes :

  • la prévention. Elle passe par la sensibilisation de l'ensemble des personnels, le développement de la formation des professionnels directement concernés et la rédaction d'une charte ;
  • la gestion des risques. Une aide est apportée aux hôpitaux, notamment par l'apport de recommandations sur la conduite à tenir pour gérer les situations de crise ;
  • l'accompagnement des personnels souffrant d'une addiction.

Peu de chiffres existent sur les conduites à risque ou addictives des soignants. Toutefois, Katsuki Lherminier-Mihara, dans sa thèse de médecine, constate que près de 12 % des soignants en hôpital psychiatrique2 seraient consommateurs de substances psychoactives hors prescription. Il souligne qu 'il y a une facilité d'accès. On prend souvent un comprimé dans la pharmacie de service […] Mon idée n'est pas de fliquer mais de savoir comment ces personnes consomment et surtout, comment les aider à prendre en charge ce problème.

On imagine bien que pour le soignant, mais aussi pour ses patients, une conduite à risque, voire addictive, peut avoir des conséquences dramatiques. D'où l'intérêt de lever les tabous...

Notes

  1. La MNH a organisé une conférence sur le thème de la prévention des addictions chez les professionnels de santé le 9 avril prochain à l'hôpital européen Georges Pompidou.
  2. Enquête réalisée en 2011 auprès de 450 membres du personnel de l'hôpital Marchant.
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Aurélie TRENTESSE  Rédactrice Infirmiers.com  aurelie.trentesse@infirmiers.com

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