AU COEUR DU METIER

2020, l'année de l'éco-réflexion soignante ?

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Exercer dans le privé

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On le sait, durant la prochaine décennie, la prise de conscience environnementale sera au coeur de notre société. Gestion et valorisation des déchets, réduction des énergies fossiles, développement des énergies renouvelables, modification des plans de circulation en zones urbaines et périurbaines... Mais qu’en est-il dans les hôpitaux ? Dans les soins en général ?

2020, l'année de l'éco-réflexion soignante ?

A l'heure à tout le monde doit faire des efforts pour réduire son empreinte carbone, les établissements de santé également sont en train d'évoluer vers l'éco-réflexion.

Les actuelles initiatives de préservation environnementale à la française, quoi qu'encore un peu timides, ne manquent pas à l'heure où la génération Greta bat le pavé et fait entendre sa voix ! Un volontarisme politique et sociétale nécessaire car il en va de la conservation de la valeur de notre écosystème !

Un cadre, ô combien fragilisé par nos activités humaines, montrant des signaux d'alarmes toujours plus grave qui impactent déjà et impacteront davantage la qualité de vie de nous autres, humains, si nous ratons le virage écologique... De fait, pour les pouvoirs publics, la politique environnementale ne semble plus être une question de moyen mais de fin !

Toutefois, alors que l'écologie s'avère être un enjeu de santé publique, qu'en est-il du processus d'éco-réflexion soignante en France dans un contexte sanitaire et social financièrement contraint ?

Les établissements de soins sont de véritables usines à gaz !

Un constat alarmant

Usage intensif de consommables qui entraîne irrémédiablement des déchets, branchement électrique continu des matériels électroniques extrêmement gourmand en énergie, gaspillage alimentaire, dispersion des gaz ou aérosols thérapeutiques dans l'air où bien même une production de chimiothérapies ou radiothérapies qui laisse une empreinte carbone non négligeable... En lisant cela, on ne peut que constater une seule chose : les établissements de soins sont de véritables usines à gaz !

Depuis la loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement, notamment son article 75, qui engage à réaliser tous les quatre ans un Bilan des émissions de gaz à effet de serre et plan climat-énergie territorial, l'on peut en prendre la mesure en lisant chacun de ces rapports publics.

Ainsi, lorsque l'on analyse les différents bilans énergétiques, l'on peut constater que, en moyenne, un établissement de soins ou médico-social de 20 000 m2 produit 700 tonnes de CO2 par an. Soit l'équivalent d'environ 80 tours de la terre en voiture, les émissions annuelles d'une ville de 100 habitants ou celle d'un troupeau de 450 moutons ! Bien évidemment et sans surprise, cette grosse part d'émissions de gaz à effet de serre trouve son origine dans la consommation intensive de l'électricité.

Autre thématique anti-écolo d'un établissement de soins ou médico-social : les déchets ! Ordures ménagères ou à risques infectieux, les déchets liés aux soins représentent 800 000 tonnes par an en France dont 85 %, selon l'OMS, peuvent être recyclés en circuit classique et 15 % doivent être incinérés...

Par conséquent, vous l'aurez compris, nous avons affaire à un bilan environnement alarmant et relativement paradoxal pour les établissements sanitaires et sociaux. En effet, on pourrait s'amuser de la politique du faites ce que je dis mais pas ce que je fais et trouver que cela relève d'une réelle pantalonnade venant des promoteurs de la santé publique !

En moyenne, un établissement de soins ou médico-social de 20 000 m2 produit 700 tonnes de CO2 par an

Tout le monde se met au vert à la pépinière soignante !

Tandis que l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l’énergie (ADEME) a fait de l'évolution d'un environnement plus large d’acteurs à la mobilisation du grand public un objectif de sa stratégie Mobiliser les citoyens dans la transition écologique courant sur les années 2019 à 2021, la Fédération Hospitalière, elle, s'est lancée pour objectif de promouvoir la démarche globale de développement durable et de sensibiliser en interne comme en externe les parties prenantes à cette démarche inscrite dans la stratégie des établissements de santé. Elle a donc mis en place une campagne annuel, appelée Observatoire du Développement Durable, afin de développer un outil d'évaluation de la maturité de la démarche écologique dans les établissements.

Ainsi, de plus en plus, ceux-ci deviennent pro-actifs en la matière et l'on voit poindre deux types de politiques écologiques dans les établissements de soins : une démarche individuelle et une démarche institutionnelle. Une éco-responsabilité partagée par les soignants, qui passe, pour eux, par l'adoption de gestes simples comme éteindre les lumières dans les pièces non utilisées, la réduction de l'usage du papier, une veille sur le bon usage des produits médicamenteux et alimentaires, la réduction des D.A.S.R.I ou encore la création de référent environnement chargé d'être une ressource éco-réflexive pour ses pairs.

Au niveau institutionnel, les établissements de soins ne sont pas en reste de dynamisme et beaucoup proposent des formations internes sur le tri des déchets médicaux ou à l'écoconduite pour les coursiers, se tournent vers des marchés de produits d'entretiens respectueux de l'environnement, veille à la maîtrise des ressources de leurs plateformes logistiques...

Par contre, force est de constater que seuls les petits gestes ne peuvent pas être totalement salvateur, même s'ils sont le point de départ d'une démarche écologique. C'est la somme des individualités qui fait le collectif mais encore faut-il que ce dernier soit au diapason...

Il faut donc aussi investir, plus particulièrement dans de grandes rénovations d'une bonne partie du parc immobilier hospitalier vieillissant, voir vétustes, afin que les efforts de chacun ne se soit pas qu'un coup d'épée dans l'eau trouble de notre environnement...

En somme, cette question environnementale peut sembler de prime abord accessoire à côté des problématiques financières et de ressources humaines actuelles. Pourtant, au-delà du fait d'être un investissement moral pour notre avenir, l'engagement écologique le prouve : il permet de faire des économies. Attention tout de même de ne pas (encore) trop charger la mule soignante en l'assommant toujours plus d'une éco-responsabilité, susceptible de créer un sentiment de culpabilité, alors que son investissement professionnel est déjà conséquent... Allons plutôt chercher du côté d'un autre pré, car les mauvaises herbes ne poussent que devant le même mur, celui des contraintes financières actuelles... Et de ça, il y a de quoi être vert !

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Etudiant en soins infirmiers (2019-2022),Aide-soignant@AlexisBatll

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