PORTRAIT / TEMOIGNAGE

De l’autre côté de la barrière...

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Médecin

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Mon histoire est celle de l’hospitalisation de mon grand-père, celle d’une petite-fille qui, malgré son métier d’infirmière, reste à sa place, regarde, se questionne et s'émeut. J’ai ce sentiment d'urgence d’avoir besoin de la partager avec la communauté soignante, d’une certaine façon pour rendre hommage à mon grand-père mais surtout pour faire prendre conscience aux professionnels de certains de leurs comportements...

fin de vie, personne âgée, lit

Infirmière, face à l'hospitalisation de son grand-père, elle le rappelle : "comme tous les patients, les personnes âgées ont le droit à la bienveillance et au respect de la dignité".

Les médias relaient beaucoup les informations sur le malaise des soignants, leur épuisement professionnel mais aussi sur le manque de personnel, la surcharge de travail ainsi que sur les économies à effectuer en milieu hospitalier. Les évènements tragiques font la une des journaux qu’ils surviennent aux urgences, dans les autres services hospitaliers ou en Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Mais on ne parle jamais assez des conditions d’hospitalisation des personnes âgées avec des troubles cognitifs en services hospitalier ou dans les structures dépendantes des hôpitaux publics. 

Alors oui, le monde hospitalier va mal et ce, dans tous les services mais il nous faut agir maintenant. Il est possible, à notre propre niveau et avec nos pratiques, de faire évoluer les choses car une réalité s'impose : la population est et continuera à être de plus en plus vieillissante. En France, nous vivons de plus en plus longtemps, la dépendance et les démences comme Alzheimer sont de plus en plus fréquentes. Les personnes âges nécessitent beaucoup de soins et en EHPAD ou à l’hôpital, la qualité de la prise en charge doit être au cœur des pratiques des professionnels de santé. Question : où sont les notions de bienveillance, d’humanitude et de respect de la dignité de nos ainés ? Elles laissent souvent la place à la déshumanisation et à la maltraitance.

Quoi de plus étrange qu’un soignant qui ose critiquer d’autres soignants, ses collègues ? Le plus difficile pour un soignant, une infirmière dans mon cas, c’est lorsqu’il bascule de l’autre coté de la barrière avec son hospitalisation ou celle d’un proche. Pourtant, il doit savoir rester à sa place, il n’est pas soignant dans ce service ou dans cette structure de soins. Pourtant, il en voit des faits inacceptables ! Mon histoire est celle de l’hospitalisation de mon grand-père, celle d’une petite-fille qui, malgré son métier d’infirmière, reste à sa place, regarde, se questionne et s'émeut. J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce billet mais en ayant raconté l’histoire de mon grand-père à mes proches, mes amis ou mes collègues, j’ai ce sentiment d'urgence d’avoir besoin de le faire. D’une certaine façon pour lui rendre hommage mais surtout pour faire prendre conscience aux professionnels de certains de leurs comportements et de leurs dérives. Le savoir-faire s’acquiert quand au savoir-être, il traduit les attitudes et les comportements de chacun.

Question : où sont les notions de bienveillance, d’humanitude et de respect de la dignité de nos ainés ? Elles laissent souvent la place à la déshumanisation et à la maltraitance.

Mon grand-père a été hospitalisé dans un grand centre hospitalier universitaire de l’Est de la France suite à une chute, d’abord aux urgences, puis en orthopédie et en service de soins de suite et de réadaptation (SSR) dans le but de reprendre la marche pour un retour à domicile. En tant qu'infirmière, je m’interroge énormément sur la prise en charge paramédicale dans ce service car ce n'est pas sans conséquences. 

  • Comment peut-on répondre à une famille lorsque la contention est souillée par l’urine : Demain, on ne sentira plus rien, je mettrai du parfum
  • Comment peut-on refuser d'accompagner une personne aux toilettes et de l’inciter "à faire" dans sa protection ?
  • Comment peut-on répondre à une famille, Nous sommes en pause lorsque celle-ci les sollicite pour une mise aux toilettes ?
  • Comment peut-on ne pas faire certains soins car non acquis par les soignants ?
  • Comment peut-on poser le plateau-repas sans installer la personne au préalable ?
  • Comment peut-on laisser une famille dire adieu à son proche sans faire une présentation décente du corps ? C’est-à-dire débrancher les matériels médicaux et placer le défunt dans une posture correcte. La dernière image lors d’un décès est tellement marquante.
  • Comment des soignants peuvent-ils en arriver-là ?
  • Comment les responsables hiérarchiques peuvent tolérer ce genre de comportement ? Sont-ils simplement au courant ?
  • Qu'en dit la direction du CHU ? 

Et les médecins, que font-ils dans tout ça ? Car il n’y a pas que la prise en charge paramédicale qui m’interpelle, mais également celle du corps médical. En effet, certains médicaments sont utilisés avec excès ou trop facilement, notamment les anxiolytiques et les somnifères. Pourtant, il est acquis que l’utilisation des somnifères chez les personnes âgées avec des troubles cognitifs est très néfaste. Cela peut entraîner, entre autre, une somnolence excessive et une exacerbation de leurs troubles. A contrario, certains antalgiques ne sont même pas utilisés pour soulager les patients. En pratique, la théorie, pourtant enseignée, est bien loin. Tout cela questionne la formation des futurs docteurs en médecine, leur intérêt face aux patients, aux personnes âgées et à leur famille. Je ne sais que penser de la phrase entendue comme une excuse : J’ai 14 patients à ma charge, je suis de garde 5 à 6 fois par mois, présent 6 jours sur 7 dans le service.

Forcément mon grand-père n’était pas le seul à être hospitalisé mais en SSR, les séjours moyens sont de trois semaines alors que dans les services d’hospitalisation traditionnels, les durées sont plus courtes. Ne pas prendre le temps de connaître le patient est équivalent à ne pas s’intéresser lui en tant que personne, à ce qu’il était avant et à ce qu’il est maintenant et à ne pas écouter sa famille. Les médecins n’ont même pas compris la raison et le but du traitement instauré à domicile pour mon grand-père. S’ils avaient posé la question, je leur aurai répondu. Je n’ai pas eu l’impression d’en demander trop, simplement je souhaitais que chacun fasse son travail au mieux et avec les moyens dont il dispose. J’aurais tant aimé que mon grand-pèrel puisse retourner à domicile et que l’issue soit différente. 

Heureusement, certains soignants ont su prendre soin de lui, répondre à ses attentes et c’est ceux-là que je souhaite remercier ici. Tout comme le médecin qui a su prendre le temps de l’accompagner en fin de vie et de s’impliquer à ses côtés ainsi qu’auprès de ma famille. Si j’écris ce billet, c’est pour interpeller chaque professionnel sur son travail, son comportement et sur ses manques afin de faire évoluer les pratiques professionnelles et ce, au bénéfice des patients actuels et futurs. Ce service de soins de suite et de réadaptation peut être un exemple parmi tant d’autres où les situations sont identiques. Comme tous les patients, les personnes âgées ont le droit à la bienveillance et au respect de la dignité.

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