PORTRAIT / TEMOIGNAGE

« La blouse blanche que j’ai sur moi ne me rend pas plus fort que toi »

par .

Cet article fait partie du dossier:

Médecin

    Précédent Suivant

Maxime Dro, infirmier aux urgences d’Eaubonne, rend hommage aux soignants dans sa chanson « Les blues blanches ». Au travers d’un texte poignant et d’un clip réunissant 85 professionnels de santé, il compte bien faire passer son message : « la blouse blanche que j’aie sur moi ne me rend pas plus fort que toi ». Rencontre.

Maxime Dro infirmier

Maxime Dro chante « Les blues blanches », une chanson qui dépeint avec réalisme le quotidien des infirmiers.

Là-bas, derrière ces murs se lève une armée de blouses blanches. Comme des anti-héros des piqûres, pour un combat sans trêve, sans revanche. Aux sourires surentraînés, le coeur bien accroché. Avec des morceaux de courage, d’humanisme, d’empathie. Sans médaille elles mènent leurs batailles pour stopper les hémorragies. Elles-mêmes savent qu’elles peuvent passer de l’autre côté. Devenir l’ennemi. Une chose est sure, personne ne choisit ces maladies. C’est ainsi que débute « Les blues blanches », une chanson composée et interprétée par Maxime Dro, infirmier de 36 ans exerçant aux urgences d’Eaubonne. En l’espace de deux semaines, le clip a été visionné par plus de 20 000 personnes et les paroles, criantes de vérité, n’ont pas manqué de faire réagir les infirmiers.

Maxime, infirmier en exercice depuis 12 ans, ne s’attendait pas à une telle reconnaissance. J’ai reçu des centaines de messages oraux, sms, mails et messages sur les réseaux sociaux) de soignants et patients qui se sont dit touchés et m’ont remercié pour ce qu’ils considèrent comme une reconnaissance et un témoignage, raconte-t-il. En matière de composition, le jeune infirmier chanteur n’est pas un novice puisqu’il écrit, compose et arrange des chansons depuis longtemps. J’en ai encore des stocks, de styles différents dans un classeur. Quelques unes sont enregistrées et d’autres sur le papier. Pour les clips, c’est un peu différent. J’ai moins d’expérience, peu de moyens avec beaucoup d’idées. Il me reste encore plein de choses à apprendre dans ce domaine, explique Maxime.

J’ai vécu la violence de patients dans l’impatience

Partager son expérience

Le métier d’infirmier m’apporte énormément au niveau des relations humaines, souligne Maxime. Ce que j’aime, c’est qu’il est très diversifié (chirurgie, médecine, réanimation, oncologie…) et par conséquent, on peut toujours apprendre des choses au fil de notre carrière. Le jeune chanteur a voulu mettre son expérience à profit en composant une chanson qui rend un bel hommage à la profession infirmière. La musique et l’écriture, c’est une passion ancrée en moi. Quoi de plus naturel qu’un « infirmier, pseudo-artiste », qui utilise son art pour exprimer ses colères, ses envies, ses déboires… Je pense que j’avais besoin de partager mon ressenti après toutes ces années de travail. Mon vécu professionnel, ce que j’avais vu… Et de déverser mon expérience sur une page blanche qui est ensuite devenue une chanson, confie Maxime. 

J’ai vu des personnes qui attendent pendant des heures dans des brancards, alignées dans des couloirs sous perfusion d’espoir

Au travers de sa chanson, Maxime souhaite avant tout démontrer que la blouse blanche ne le rend pas plus fort que tout un chacun. Derrière le symbole de la fameuse blouse blanche, il y a toujours un être humain, précise-t-il, et la blouse blanche n’immunise pas contre la douleur, la violence ou la souffrance. Les mines tristes des soignants et le texte en disent long sur l’état d’esprit des infirmiers à l’heure actuelle. Pour autant, il ne s’agit pas d’un un message de révolte mais d’un message authentique et réaliste de ce qu’on peut vivre et voir en milieu hospitalier. Mais même si ce n’est pas toujours très gai, il y a aussi de belles choses et de bons moments à l’hôpital, comme la guérison, l’esprit d’équipe...

J’ai vu la médecine et ses doutes. J’ai vu le blues de la blouse blanche en burn-out

85 professionnels de santé mobilisés

En tout, 85 professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants, brancardiers, assistantes sociales) ont accepté de participer au clip. Avant de leur parler du clip, je leur ai fait écouter la chanson, indique Maxime, aidé à la réalisation par Rémy, infirmier aux urgences à Pontoise. Énormément de soignants ont été émus (parfois des frissons ou une larme) par les paroles. Ils se sont retrouvés à travers ce texte. Ils m’ont dit qu’il était réaliste et qu’ils avaient déjà vécu des situations similaires.

Avec l’aval de sa direction, Maxime partage le clip sur Internet et les réactions ne se font pas attendre. Sa page Facebook dénombre plus de 1 000 commentaires de soignants, tous estimant que la chanson reflète bien la réalité de leur quotidien.

Gageons que « Les blues blanches » permettra de sensibiliser les pouvoirs publics aux problématiques que rencontrent les soignants chaque jour : manque d’effectifs, violence, dégradation des conditions de travail, burn-out… Et qu’ils ne resteront pas sourds face au malaise grandissant de la profession infirmière.

Les blues blanches (4’49)

Creative Commons License

Aurélie TRENTESSEJournaliste Infirmiers.comaurelie.trentesse@infirmiers.com @ATrentesse

Retour au sommaire du dossier Médecin

Publicité

Commentaires (1)

Nansour

Avatar de l'utilisateur

2 commentaires

#1

felicitation

Fier d’être infirmier