PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Burn out : en hommage à Emilie...

Un article canadien intitulé "Emilie, en vain", hommage d'un médecin à sa consoeur "suicidée par épuisement professionnel", partagé sur nos réseaux sociaux, a suscité de nombreux commentaires de la part de la communauté soignante. Pour que cette triste histoire ne reste pas une parmi tant d'autres, voici vos réactions, comme autant d'hommages à Emilie et à tous ceux et celles qui lui ressemblent sans que nous le sachions ...

infirmiere soignante triste

Est-il normal que nous sauvions des vies, mais que nous n’ayons même pas pu sauver notre collègue ?

Étienne Leroux Groleau, résident en médecine à Montréal, le raconte dans son billet/hommage à sa collègue Emilie. Émilie est médecin résidente. Elle est dans sa 3e année de spécialité, donc 8e année d’université. Elle semble plus anxieuse que la moyenne, mais demeure néanmoins souriante et est très dévouée pour ses patients. Elle fait des blagues. Le 15 novembre, elle ne se présente pas à sa garde. Elle est retrouvée morte deux jours plus tard dans son automobile. Suicide. Ce n’est pas une blague. Il s'interroge alors et nous interroge par la même occasion : Est-il acceptable qu’il y ait tant de détresse chez nos médecins ? Est-il normal que nous sauvions des vies, mais que nous n’ayons même pas pu sauver notre collègue ? (...) J’écris cette lettre pour Émilie et pour tous mes collègues qui souffrent ou qui ont déjà souffert, par solidarité et empathie. Je sais qu’il n’y aura aucun changement amené au système. Je sais que cette tragédie passera aux oubliettes.

On brûle nos vies à force d'empêcher celle de nos patients de s'éteindre... Cette faiblesse fait de nous des humains... ni plus .. ni moins... Compassion pour Emilie et ses proches... Nos noms ne seront jamais écrits sur un mur... François

Nous sauvons des vies, mais nous n’avons pas pu sauver notre collègue.. regrette-t-il amèrement. Partagée sur nos pages facebook infirmiers et aide-soignant, les réactions n'ont pas tardé... entre empathie et réflexions personnelles, dénonciations du délitement des conditions de travail et manque de soutien dans les situations difficiles... Voici les plus significatives.

Charlotte - "Cette "détresse psychologique" des soignants dont parle l'article est un concept bien réel et se montre de plus en plus fréquent. On est dévoué à nos patients, parfois on s'attache à eux et on veut en faire trop pour bien se fondre dans le moule du "bon soignant" (alors qu'il faudrait déjà savoir ce qu'est un bon soignant). Bref, nous faisons tout ça pour être auprès des autres, les aider au mieux. Mais nous, qui nous aide ? (...) La détresse psychologique est tabou. On a peur du retour des autres "tu devrais arrêter", "ce métier n'est pas pour toi". Mais moi j'ai la conviction qu'on peut mener les deux ensemble, il suffit de trouver un réel soutien et une réelle compréhension de la part de notre équipe et de notre entourage.

Estelle - Il y a la réalité des heures de travail importantes, des situations douloureuses ou stressantes de notre métier, mais il y a aussi la qualité de l'encadrement, de l'accueil et du respect qu'on se doit d'apporter à tout étudiants /stagiaires dans les services ou structures.

Michel - J'étais très seul moi aussi car, dans la souffrance, tous les collègues s'éloignent, surtout quand on dénonce les problématiques de la profession... On reste vraiment dans l'isolement le plus total... Triste histoire ! Triste vérité que le " travail " des soignants !

Nathe - Cette détresse, je l'ai rencontrée durant mes trois ans d'études infirmière. Diplômée à 42 ans après ma fonction d'aide-soignante. Que dire... qu'il faut s 'accrocher car nous traitons l'humain sans être nous même humanisé par notre hiérarchie. Les choses doivent changer mais comment faire prendre conscience de ça dans notre milieu ?

Que le sacrifice d'Emilie puisse sauver... Nous ne serons jamais des machines ! Les relations soignants/ soignés ont perdu tout leur sens. Caro

Anne - Le soir à la maison personne pour parler de notre détresse, personne pour nous écouter, et le film soignant/soigné repasse inlassablement dans notre tête, même la nuit... Le lendemain, c'est reparti et c'est un autre film qui recommence. Où est notre vie à nous, qui nous soignera, qui s'occupera du soignant quand sera lui-même à soigner ?

Catherine - Pour certains, les conjoints ont une oreille bienveillante qui permet un peu de décharger notre sac. Mais attention la santé va très mal et les soignants sont épuisés.

Isabelle - Ce cas est dramatique, mais ôtez-moi d'un doute, quand on choisit ce métier, on sait à quoi on s'engage, le quotidien dans une unité de soins est difficile et il l'a toujours été. Rien ne nous est caché, on ne choisit pas par hasard, si on ne supporte plus, le mieux est de changer de voie, sinon c'est sûr on se détruit... Mais on fait un métier fantastique, enrichissant, gratifiant...

Bridget  - Malheureusement dans nos métiers, à nos échelles de soignants et d'humains, nous ne sommes que de simples matricules, des pions...ou bien encore des numéros... La triste réalité de ce milieu...

Nathalie -Du médecin à l'ASH, la pression, la rapidité, la capacité, le surplus de travail usent nos forces physiques et psychologiques car nous travaillons avec et pour l'humain et nous devons faire face à des obligations de résultats matériels.

Emilie - C'est si triste... Des personnes qui sont entièrement dévouées aux autres, mais qui sont en détresse, et que personne n'entend ou ne considère... Le dernier cri déchirant de la solitude...

Pour que ce dernier cri déchirant de la solitude soit entendu, il faut continuer à témoigner, à dire, à écrire les souffrances, pour qu'elles trouvent enfin un écho auprès des tutelles et autres pouvoirs publics. François le souligne Nos noms ne seront jamais écrits sur un mur..., ils ne devraient jamais non plus être écrits sur une tombe, avant l'heure, parce que la douleur d'être et de soigner était insurmontable et ne trouvait pas écho. 

Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (1)

delphineb

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25 commentaires

#1

triste réalité

Bel hommage qu'a rendu cet homme à sa consœur...
Je n'ose imaginer la pression des responsabilités, les horaires à rallonge et les gardes de 24h si ce n'est plus... médecin c'est un don de soi!
Respect a tout ses hommes et ses femmes, qui parfois, eux aussi, souffrent en silence ...