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Cette main que l'on nous tend...

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Se mettre à la place de l'autre peut provoquer une prise de conscience, une remise en question, un pas en avant. Mais, lorsqu'en plus un patient fait à son tour preuve d'empathie envers un soignant, pour avancer main dans la main, les effets sont bouleversants et libérateurs. C'est ce que révèle « Patiente (im)patiente » dans son dernier billet...

main soutien accompagnant

Parfois, cette main que l'on nous tend suffit à apaiser les tourments et à faire réaliser que tout est une question de moment...

Nous sommes courant 2014. Elle s’appelle C. Elle est en dialyse depuis longtemps (j'en parle vaguement dans cet article). Nous dialysons de temps en temps dans un box à côté toutes les deux. Du coup, il nous arrive de discuter. Nous avons un vécu similaire toutes les deux. Elle est malade depuis qu'elle est enfant. Elle est en colère contre la vie. Contre tous…

La colère peut cacher bien des choses...

Un jour de dialyse, alors que j'arrive beaucoup plus tard que les autres patients après le boulot, je suis dans le box à côté de C. L'infirmière qui m'attend, me branche rapidement, comme tous les mercredis. Comme d'habitude, je vais un peu regarder la TV, surfer sur mon iPad, somnoler un peu car j'ai beaucoup de travail au boulot et je suis fatiguée.

Au bout d'une heure de dialyse alors que je m'endors, je suis réveillée en sursaut par des éclats de voix. C. et une infirmière (J.)  se disputent. C. est très en colère. Elle crie. Elle est menaçante envers J.. L'objet de la dispute porte sur une impossibilité de changer de jour de dialyse. C. voulait accompagner sa petite fille en sortie de classe, mais ça tombe un jour de dialyse. J. tente de lui expliquer pourquoi elle ne peut pas modifier le planning très tendu en ce moment avec beaucoup de prises en charge en dialyse d'urgence. C. n'écoute pas. Elle crie sur J.. Elle ne l'entend pas. J. garde son calme, mais elle est affectée. C'est très dure. Et là, choquée, je réalise.

Le temps, le patient et le soignant étaient en phase pour cette prise de conscience.

Une question de moment

Moi aussi je suis, j'étais parfois comme ça. Moi aussi, il m'arrivait et il m'arrive encore parfois de sortir de mes gonds pour pas grand-chose  et je "tape" là ou ça fait mal. Et je réfléchis. Je réfléchis à ce qui nous différencie C. et moi. Qu'est ce qui a fait qu'à un moment donné, j'ai réussi à ne plus être en colère (ou à l'être moins) et à tenter de comprendre les soignants et notamment les infirmières et infirmiers qui s'occupent de moi 3 fois par semaine ? Où nos chemins se sont-il séparés avec C. ? Où nos chemins se sont croisés avec J. ? Pourquoi pendant si longtemps j'ai refusé de lâcher prise et de faire confiance? Pourquoi maintenant je veux faire preuve de résilience après tant d'années de maladie? Et là, je me dis que peut-être, le temps passé avec cette équipe de soignants a bien aidé.

Je crois qu'on a fait notre chemin ensemble.

J'ai appris à les écouter et les entendre. Et eux ont appris à balancer les préjugés à écouter, entendre, prendre en compte cette patiente difficile dont personne ne voulait et qui en voulait à la terre entière. Je crois que c'était une question de moment. Le temps, le patient et le soignant étaient en phase pour cette prise de conscience. A cet instant. A ce moment. Avec ces soignants. Avec ce patient. Alors bien sûr, tout n'est pas parfait. Il y a des guerres que l'on gagne et des combats que l'on perd.

Le Temps dissipe nos maux et dilue nos chagrins...

Cette main que l'on nous tend...

Alors aujourd'hui, je pense à cette main tendue. Je pense à Cécile, Sandrine(s), Lætitia, Alexia,  Dr V, Sarah et toutes celles et ceux que j'oublie. Ils ont contribué à ce que je suis aujourd'hui. Je termine par ce magnifique poème qui n'est pas de moi mais de Litthérapeute, une graine de futur médecin porteur d'espoir. Je vous invite à lire son blog.

Le Temps est un allié quoi qu’on puisse en penser.
Il dissipe nos maux et
dilue nos chagrins
Les jetant dans l’oubli et nous laisse espérer
Un destin plus heureux quand à nos lendemains.

Il n’est pas un bourreau, ce noble sablier.
Ce ne sont que nos yeux souvent baignés de larmes
Qui voient certains moments comme des coups d’épée
Nous perforer le cœur et nous laisser sans armes.

La dure vérité, douce réalité
C’est notre esprit troublé par de sombres pensées
Et qui ressent le mal jusqu’au fond de notre âme.

Mais le Soignant patient vient éteindre les flammes
D’un passé trop brûlant, d’un futur menaçant
Par un nouveau regard sur notre instant présent.

Cette main que l'on nous tend...

Il y a des guerres que l'on gagne et des combats que l'on perd.

Patiente (im)patienteCet article a été publié le 12 mars 2016 sur Patiente (im)patiente, le blog d'une patiente impatiente...

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