PORTRAIT / TEMOIGNAGE

"C’est contre vous, chers politiques en campagne que j’adresse ce gros coup de gueule !"

Ces quelques lignes expriment mon ressenti de soignant confronté à l'hôpital public suite à des soucis de santé d'un membre de ma famille. Beaucoup de soignants et de patients se retrouveront dans mon texte... Merci de l'accueil que vous lui ferez et partagez-le si vous le souhaitez.

infirmière colère

"Vous, quand vous venez dans nos hôpitaux, c’est avec votre cravate, votre plus beau sourire et surtout vos caméras !"

Tu es infirmier(e), ton quotidien c’est les difficultés de l’hôpital public : manque de personnels, manque de moyens... et du coup c’est aussi surtout l’inquiétude des familles en attente d’examens et de diagnostics. Inquiétude qui déborde trop souvent sur de l’agressivité et un manque de respect vis- à-vis du personnel soignant et médical. Comme thérapie, tu racontes à tes proches les difficultés que tu éprouves lorsque tu te fais gratuitement agresser sur ton lieu de travail parce que certaines personnes sont inquiètes ou parfois juste impatientes. Tu es infirmier(e), tu as de l’empathie pour tes patients, mais ton empathie a des limites. L’inquiétude n’excuse en rien l’agressivité et le manque de respect !

Ta famille, qui entend tes récits, pense à toi lorsqu’elle se retrouve elle-même confrontée à l’hôpital. Inquiétude, manque d’informations, médecins invisibles, gestion de la douleur non maîtrisée et suivi du patient oublié : Mais bon, on sait qu’à l’hôpital, ils manquent de moyens, que les infirmières et les médecins n’ont pas le temps…, alors on se tait car on ne voudrait pas rendre leur travail encore plus difficile ; on a compris que la médecine, ce n’était pas de la magie et que parfois il fallait être patient. Sauf qu’à être trop discrets, trop gentils, certains malades passent "à la trappe". Parce qu’on en arrive à une société où seules les grandes gueules ou Mr Politique et Mr Riche arrivent à leurs fins. Certains malades se retrouvent renvoyés chez eux, sans diagnostics précis, sans examens complémentaires (ou en attente d’examens qui n’auront lieu que des mois plus tard car un courrier s’est perdu dans l’hôpital, entre deux médecins, entre deux transmissions). Au final, ces mêmes malades se dégradent petit à petit chez eux, et c’est aux familles de faire la course aux examens, aux spécialistes et aux antalgiques. C’est aux familles de prouver qu’un patient ne va pas bien et de mener une enquête diagnostique pour ensuite découvrir que la prise en charge initiale a été bâclée…

Agresser un soignant ou un médecin ne résoudra pas le problème. C’est contre vous, chers politiques en campagne que j’adresse ce gros coup de gueule ! Quand entendrez-vous que l’hôpital, ses soignants et ses patients vont mal ? Ah mais oui, j’oubliais : vous n’êtes pas Mr Tout le Monde ! Vous, quand vous venez dans nos hôpitaux, c’est avec votre cravate, votre plus beau sourire et surtout vos caméras ! Vous n’accepterez jamais de faire la queue comme tout le monde et de patienter plusieurs heures dans une salle d’attente pleine de microbes et de gens qui pleurent. Vous n’attendrez pas non plus plusieurs semaines voire plusieurs mois avant un rendez-vous chez un spécialiste ou pour un examen de santé… et vous tolèrerez encore moins qu’on néglige votre dossier de soins ! Et pourtant c’est ainsi qu’on vit aujourd’hui en France en 2017 !

Immigration, sécurité, chômage… Rappelez-moi juste combien d’entre vous aborde la santé et l’hôpital public dans vos programmes ? Je devrais me taire, mais aujourd'hui ce n'est pas en tant que soignante que j'écris ces quelques lignes, c'est en tant que famille de patient, démunie et inquiète face à l'avenir ! Et à toi qui vient de lire mes lignes, n'oublie pas que la santé, ce n'est pas juste mon petit problème d'infirmier(e) à moi, et qu'un jour ce sera peut-être le tien ou celui de ta famille !

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Infirmière
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