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Crépuscules ordinaires : quand une IDEL s'interroge sur la mort...

Anne est infirmière libérale, comme tant d'autres. Dans son blog, elle raconte des moments de sa vie et partage ses réflexions sur un métier parfois difficile. Aujourd'hui elle s'interroge sur la mort, qu'elle côtoie souvent dans son univers de soignante.

couché de soleil

Anne, infirmière libérale et blogueuse s'intérroge sur le temps qui passe, sa profession et la relation que les soignants en général entretiennent avec la mort.

J'aime ce moment, quand le soleil rend les armes, quand en déclinant il offre un ciel dégradé de couleurs qui s'assombrit doucement mais sûrement pour laisser place à la nuit, paraissant durer le temps d'un clignement de paupières ou tirant vers l'infini.

Comme ces années, passées à la vitesse de la lumière me poussant vers la quarantaine, ces années défiées par un rythme intense et incontrôlable qui malgré tout laissent une impression amère d’inertie. Cette course contre la montre pour être à l’heure, finir à l’heure et puis recommencer. Et puis, et puis quoi? La route, la ville, ses gens, ses lumières, sa sombre crasse à peine cachée entre et dans les barres d’immeubles. Un panel d’émotions croisées tellement large faisant écho à celles que nous connaissons déjà ou que nous imaginions rencontrer un jour mais peut-être pas dans de pareilles conditions.

Toutes ces représentations sur la souffrance, la vieillesse et tout ce qu’on avait bien pu imaginer et se construire pendant les années précédant la pratique d’un métier si particulier finit par voler en éclat ou se confirmer avec effroi

De l’enfer de la solitude subie au doux enveloppement d’un entourage aimant et bienveillant. Toutes ces représentations sur la souffrance, la vieillesse et tout ce qu’on avait bien pu imaginer et se construire pendant les années précédant la pratique d’un métier si particulier finit par voler en éclat ou se confirmer avec effroi.

Et la mort. Parce que c’est bien de cela dont il est question tous les jours, tout au long de notre exercice. Elle frappe comment, qui, quand, pourquoi? Elle est violente, ne laisse pas le choix, enlève la vie comme on donne une claque, sans prévenir, sans raison... ou avance, à pas de velours, caresse doucement celui qu’elle a choisi, le mène vers elle étape par étape, sournoisement, laissant place aux faux-semblants, aux faux-espoirs.

Chaque mort nous en rapproche, nous interroge sur la nôtre, celle de nos proches, ceux qu’on aime... Nous savons que la mort n’est pas celle que l’on nous offre à voir dans les films, avec musique de fond et pathos, la vision de la vie quittant un corps et d’un corps sans vie est une expérience qui replace la chose dans son contexte : la triste banalité de l’existence humaine.

Elle sera toujours là au-dessus de nos têtes comme un point d’interrogation invisible parce qu’on l’a vue nous narguer, nous, soignants

On peut être plusieurs, une équipe soudée, rire, aller boire un verre, danser, chanter, vivre. Elle sera toujours là au-dessus de nos têtes comme un point d’interrogation invisible parce qu’on l’a vue nous narguer, nous, soignants, des centaines de fois, à travers des agonies longues et compliquées et des « surprises » nous laissant impuissants, interdits...
Alors à chaque tournant de nos vies elle est là, tapie dans un coin de nos têtes. Elle est là pour nous rappeler qu’aussi puissants que nous sommes, aussi cyniques, jouisseurs, nous n’y échapperons pas. Parce que nous sommes tout simplement et banalement humains.

Demain, quand je reprendrai la route et que je verrai le soleil se lever à nouveau, peut être y penserai-je... Cette course contre la montre, vaut-elle une vie? Ma vie? vaut-elle la peine que je m’y attarde, que je me pose toutes ces questions qui finalement resteront sans réponse?

Ce jean me boudine-t-il? Est-ce raisonnable d’acheter encore une paire de chaussures? Je vais être en retard...

Cet article a été publiée sur le blog de Une Infirmière à la maison le 05 avril 2018. Nous la remercions de ce partage.

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