AU COEUR DU METIER

Et demain, quelle place pour l'infirmier(e) dans un système de santé renouvelé ?

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Journée Internationale de l'IDE

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C'est dans les moments de crise que l'on découvre les faiblesses mais aussi les forces d'un système, quel qu’il soit et ce, à ses différents niveaux. Le bilan sanitaire post-crise COVID19 n’y échappera pas et les enseignements systémiques que l'on tirera de la gestion de la pandémie admettront sans nul doute un indéniable constat. Si tous les dispositifs de soin ont pu s'appuyer sur des équipes soignantes autant combattantes que compétentes, la profession infirmière y est apparue comme un maillon central de la chaîne de santé. On le savait déjà mais le répéter et le valoriser s’avère, une fois de plus, indispensable, d’autant en ce 12 mai, Journée Internationale des Infirmier(e)s.

Et demain, quelle place pour l'infirmier(e) dans un système de santé renouvelé ?

Tirer les enseignements de cette crise sanitaire et intégrer enfin les infirmier(e)s dans le champ des décisions de politiques de santé pour insuffler une nouvelle dynamique par la voix venue du terrain.

La pandémie COVID19 le prouve, l’infirmier(e), quel que soit son domaine et son lieu d'exercice, a su affirmer sa place cardinale dans la continuité, la coordination et la qualité des soins. Début mars, quand l’épidémie a pris de l’ampleur dans le grand Est, la communauté infirmière, déployée à l’hôpital, a fait valoir une extraordinaire capacité de résilience qui a permis a bon nombre de ses membres de développer, souvent par ses propres moyens, une expertise clinique en soins intensifs et en réanimation applicable à la gestion de patients atteints du COVID19. Dans le même temps, les professionnels de santé libéraux, mais aussi ceux des EHPAD et des établissements médico-sociaux ont anticipé afin de se préparer au mieux à la déferlante du coronavirus partout sur le territoire.

Les infirmier(e)s ont une nouvelle fois prouvé l'excellence de leur profession certes para médicale mais qui ne marche décidément plus à côté de la communauté médicale mais avec, bien que souvent, en première ligne, et parfois seule, sans moyens… Compétences, reconnaissance, les mots résonnent chez les soignants qui attendent à présent des actes forts après les remerciements d’usage. En regardant le rôle et la place de l'infirmier(e) d'aujourd'hui, il est grand temps d’envisager sa place, demain, dans un système de santé, souhaité des voeux du Président de la République comme profondément renouvelé ?

La pandémie COVID19 le prouve, l’infirmier(e), quel que soit son domaine et son lieu d'exercice, a su affirmer sa place cardinale dans la continuité, la coordination et la qualité des soins.

Une clinique infirmière exigeante

L'expression même de l'importance du raisonnement clinique infirmier et de sa démarche diagnostique n'est plus à prouver au quotidien des soins. Toutefois, cette expertise revêt une importance primordiale pour la qualité de la prise en charge des patients en service de réanimation/soins intensifs. Cet environnement particulièrement exigeant demande à l’infirmier(e) une juste connaissance holistique du patient, de la physiologie humaine, mais aussi de tout un ensemble d'appareils et de dispositifs médicaux qui s’accompagne d’usages maîtrisés de thérapeutiques sensibles. Cela ne s'improvise pas et encore moins lorsqu'il s'agit de traiter des patients COVID-19 dont on connaît la grande instabilité hémodynamique et pulmonaire.

De fait, les infirmier(e)s de réanimation en témoignent bien volontiers, pour être à l'aise dans ce domaine, il faut observer une longue période d'apprentissages techniques et théoriques afin de gagner en autonomie dans le champ clinique interventionniste. L’infirmier(e) pouvant s’inscrire alors dans une démarche globale de praticien en soins infirmiers, véritable collaborateur en santé. L’infirmier(e) de réanimation, en binôme avec l’aide soignant, est le premier lanceur d'alerte des changements de l'état clinique du patient, en lien direct avec la tranversalité des prises en charge en kinésithérapie, orthophonie, diététique… Ces compétences multiples, acquises par la force de l'expérience, témoignent d'une réelle nécessité pour le futur : celle d'en reconnaître la spécificité, voir même la spécialité nouvelle pour les années à venir pour les infirmier(e)s de pratique avancée par exemple. Oui, mais comment s’exprimera cette reconnaissance, se traduira-t- elle enfin, de façon concrète, sur leur  fiche de paie alors que la profession infirmière n’a de cesse de réclamer un salaire décent

L'expression même de l'importance du raisonnement clinique infirmier et de sa démarche diagnostique n'est plus à prouver au quotidien des soins.

En dehors de l’hôpital, au chevet également du patient COVID-19

L'impérieuse nécessité de soulager les établissements de soins des patients COVID-19, ayant recouvré partiellement ou totalement la santé, ou bien dont la symptomatologie pouvaient être gérées à domicile, a provoqué un développement massif des prises en charge libérales. C'est donc à travers cette dernière que les infirmiers libéraux ont été le plus confrontés à la pratique clinique autonome et ce à un plus d'un titre. En effet, en plus de disposer de moyens matériels extrêmement limités, les IDEL ont dû assumer, seuls, à la fois la gestion du risque épidémique mais aussi l’impérieuse nécessité de la continuité des soins de patients chroniques. Pour ce faire, ils se sont vu reconnaître le suivi présentiel et des mesures dérogatoires quant à la mise en oeuvre de téléconsultation de suivi des patients atteints du COVID-19. De plus, l'annulation des suivis hospitaliers des patients chroniques, l'allongement des délais de rendez-vous d'examens médicaux, en plus d'une désertification médicale prégnante, a permis aux IDEL de poursuivre les soins chez un patient même lorsque la prescription sur son ordonnance médicale était dépassée. Le suivi infirmier direct ou à distance suppose donc, implicitement, la reconnaissance des qualités cliniques de l'infirmier libéral, autonome, fort de son jugement, acteur central d’une coordination pertinente du parcours de soins de ses patients.

Ce panorama ne serait pas complet sans la valorisation, en EHPAD ou dans les établissements médico-sociaux, de l'expertise et des compétences infirmières mises également à rude épreuve afin de prévenir au mieux tout un panel de risques bio-psycho-sociaux pour les grands isolés de
notre société moderne : les personnes âgées, handicapées, exclus, vulnérables...

Envisager l'avenir d'un système de santé, solide et robuste… avec l’apport infirmier

Admettre tout cela, reconnaître les compétences infirmières, s’oppose cependant à un mot, tenace et récurrent, celui de vocation dont la profession infirmière n'arrive décidément pas à se défaire.  Interrogeons nous alors sur la représentation que la société française peut avoir de cette profession, en très grande majorité féminine, ce qui ne joue pas en sa faveur… et quelle place nos institutions veulent lui accorder, demain, au sein d’un système de santé novateur et nécessairement renouvelé.

Sans doute, faut-il continuer à battre le fer, tant qu'il est chaud, des enseignements que cette crise sanitaire nous aura livrée. Saisissons cette opportunité professionnelle pour que se modifie, enfin, le paradigme soignant. Il faut donc soumettre à l'opinion publique une nouvelle vérité, laisser place au leadership clinique et thérapeutique de l’infirmier(e), donner à la profession plus d’autonomie dans l’organisation des soins, dans l’expression des diagnostics infirmiers, et en encourageant et valorisant les travaux de recherche en sciences infirmières. Enfin, il est plus que nécessaire d’intégrer les infirmier(e)s dans le champ des décisions de politiques de santé pour insuffler une nouvelle dynamique par la voix venue du terrain.

Mais cette nouvelle dynamique ne devra pas s’abstenir d’observer deux gardes-fous. Pour permettre aux infirmier(e)s d’exercer en toute sécurité pour eux mêmes et pour les patients pris en charge, le ratio patient/IDE devra être revu à la baisse. C'est indéniable. A la hausse, à l’inverse, la question des rémunérations ne pourra être éludée. Car la reconnaissance des compétences, de l’expertise professionnelle, que cette crise sanitaire a mis sur le devant de la scène doit s’exprimer, concrètement, sur la fiche de paie pour les salariés et par une revalorisation des actes infirmiers pratiqués en libéral.

La profession infirmière vaut de l'or et cette valeur, inestimable, il serait dommage de l’oublier au moment de dessiner les plans d'une solide maison santé !

Il est plus que nécessaire d’intégrer les infirmier(e)s dans le champ des décisions de politiques de santé pour insuffler une nouvelle dynamique par la voix venue du terrain.

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Etudiant en soins infirmiers L1 (2019-2022),Aide-soignant@AlexisBtlle

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