AU COEUR DU METIER

Écrire et Soigner : oui mais pour quoi faire ?

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Formation en ifsi

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Le 11 mai dernier, le SiDoc (Sciences Infirmières DOCumentation) organisait son premier colloque « Écrire et soigner » au sein de la Cité de la Santé à Paris. De nombreux soignants, par ailleurs auteurs, sont venus témoigner de l'importance de l'écriture dans les soins infirmiers. Jeune diplômée infirmière et étudiante en journalisme, j'ai eu le plaisir de partager avec eux leurs expériences. Voici ce que j'en ai retenu...

sourire infirmière dossier

L'écriture permet de développer sa réflexion, de mettre au jour des faits méconnus, et parfois même de se soigner d'une certaine façon...

En stage au sein d'Infirmiers.com depuis peu, j'ai eu le plaisir d'être invitée au premier colloque « Écrire et Soigner » organisé par Sciences Infirmières DOCumentation (SIDOC) à Paris. Perplexe à l'idée de découvrir la manière dont le sujet allait être traité, je me suis demandé quel était le lien entre l'écriture et le fait de soigner. En effet, outre le mémoire de fin d'études qui demande une plume aiguisée, "écrire et soigner" rimait pour moi davantage avec "écrire pour soigner" illustré par les recueils de données et autres transmissions ciblées. J’ai finalement été assez surprise de voir que l'écriture tenait une place importante, voir déterminante, pour les professionnels de santé, tant pour s'approprier leur métier que pour le valoriser et le faire progresser.

Le développement de l'écriture "scientifique" doit favoriser la mise en perspective des savoirs infirmiers et leur rayonnement à l'international...

L'écriture, un enjeu professionnel en tant qu'ESI

Du travail de fin d'études (TFE) en passant par les analyses de pratiques professionnelles (APP), on ne peut pas dire que l'écriture pour un étudiant en soins infirmiers (ESI) soit toujours une partie de plaisir… Néanmoins, elle reste un outil indispensable à la professionnalisation des étudiants.

Marielle Boissart, cadre supérieur de santé formatrice à l'IFSI d'Aubagne, a démontré l'intérêt de la mise en mots des APP et de la rédaction des TFE chez les ESI. En effet, ces différents travaux demandent à l'étudiant une certaine implication et la fameuse "réflexivité" quant à sa pratique professionnelle. Ils sont bien plus qu'un simple fait à relater des éléments, puisqu'ils permettent aux ESI de développer leurs valeurs soignantes et de se positionner professionnellement. En trois années d'études, les situations d'étonnements formulées par les étudiants se sont avérées nettement plus riches, précises et objectives, car ils ont appris à prendre du recul dans l'exercice de leur future profession, souligne Marielle Boissart.

Trois documentalistes du SiDoc, Brigitte Bourgeois, Catherine Hordesseau, Stéphanie Pisot, ont également présenté les ateliers d'écriture menés dans certains IFSI. En accompagnant les étudiants de façon plus ludique, l'écriture fonctionnelle peut faire place au plaisir et au développement professionnel. En effet, les APP et le TFE permettent d'organiser la pensée de l'étudiant. Celui-ci apprend alors à faire les liens entre théories et pratique et prend davantage de distance avec les situations vécues. Ces travaux le pousse à se confronter au jugement des autres pour améliorer sa pratique. Rappelons d'ailleurs la citation de Walter Hesbeen à destination des ESI qui les incite à être auteur de leur pensée lors de la rédaction de leur TFE. Pour lui, il ne s'agit pas de faire de la recherche mais bien de se mettre en recherche en vue de proposer une pensée personnelle, libre, sensible et argumentée qui reflète son travail d'humanitude, c'est-à-dire son cheminement d'humain soucieux de l'humanité.

Cependant, si l'écriture me semblait seulement utile et utilisée par les ESI, certains professionnels de santé voient les choses différemment…

J’ai finalement été assez surprise de voir que l'écriture tenait une place importante pour les professionnels de santé, tant pour s'approprier leur métier que pour le valoriser et le faire progresser !

Écrire pour raconter son histoire… ou celle des autres

A l'occasion d'une table ronde, plusieurs professionnels de santé, mais pas que, ont échangé sur l'intérêt qu'ils portent à l'écriture et la finalité qui s'y rapporte.

Développer son esprit critique

Infirmière, chercheuse et auteure, Anne Perraut Soliveres écrit avant tout pour comprendre ce qu'elle fait. Pour elle, l'écriture réside en un besoin vital. Écrire permet de penser ce que l'on fait, de revenir sur ce que l'on a pensé, mais surtout de faire évoluer cette pensée souligne-t-elle. Elle contribue ainsi au développement de sa réflexion et de son esprit critique, un outil indispensable a avoir aujourd'hui à l'égard de sa pratique.

Mettre au jour des faits méconnus

Avec son livre « Le moindre mal », François Begaudeau, romancier, scénariste et blogueur, s'est fait remarquer en 2014 en relatant la vie professionnelle d'une infirmière. Intervenant lors de ce colloque, il aborde le positionnement de l'auteur dans l'écriture. Il raconte qu'il est totalement légitime qu'un soignant écrive lui même sur ses conditions de travail… encore faut-il qu'il pense avoir quelque chose à dire ! En effet, François Begaudeau explique que l'inconvénient d'être au cœur d'un environnement, c'est qu'il devient tellement familier que le soignant a le sentiment de ne rien avoir d'intéressant à raconter. Et c'est là où les soignants se trompent ! Mais y'a que des vieux dans ton service ! dit-il à Isabelle, l'infirmière de son livre. Là est aussi l'intérêt pour quelqu'un d'extérieur au soin de raconter des faits, car il apporte une fraîcheur liée à ce qu'il découvre. En outre, François Begaudeau considère les soignants au cœur de la société : Regarde ce que la société fait du soin et tu verras où elle en est. Il les incite donc à écrire pour raconter leur histoire, leur profession, leurs conditions de travail afin de porter à la connaissance de tous ce métier qu'il considère comme si beau et dur à la fois.

Écrire pour se soigner

Connu pour ses rubriques « Amour, gloire et bétadine » sur infirmiers.com, Didier Morisot, infirmier en psychiatrie et romancier, écrit beaucoup d'articles humoristiques. Comme mécanisme de défense initial, l'humour lui permet de prendre de la distance sur ce qu'il vit dans son service. C'est un bon moyen de dédramatiser certaines situations et de relâcher la pression explique-t-il. Écrire avec humour est donc une manière de prendre soin de soi pour ce professionnel, qui ajoute l'humour est un acte citoyen, un dénominateur commun à tous. Il permet de souder des équipes, de résister et d'exister face à la folie du système.

L'inconvénient d'être au cœur d'un environnement, c'est qu'il devient tellement familier que le soignant a le sentiment de ne rien avoir de légitime à raconter

L'importance de l'engagement dans l'écriture

Babeth l'AS, alias Florence Braud, anime un blog intitulé « Vieux et merveilles ». Pendant longtemps, elle s'est cachée derrière son pseudonyme pour se protéger des réactions des lecteurs suscitées par certains articles. Mais avec l'expérience, elle a rapidement changé de discours. Elle soutient aujourd'hui le pouvoir de l'écriture et l'importance d'assumer ce que l'on dit : S'engager dans l'écriture, c'est dire les choses en son nom, accepter les critiques en son nom pour pouvoir y répondre en son nom. Elle incite les soignants à oser partager leurs expériences et leurs étonnements. Elle s'adresse notamment aux aides-soignants dont l'expertise n'est pas toujours reconnue : Les aides-soignants ont leur propre expertise tout comme les infirmiers (nursing, relationnel, communication). Pourtant, on me demande souvent si je vais un jour devenir infirmière, comme si les aides-soignants n'étaient pas autorisés à avoir leur propre réflexion. Elle ajoute avec conviction on me dit souvent que ce sont des gens qui ne lisent pas… Normal, il n'y a rien à lire !.

S'engager, oui mais comment ? Bernadette Fabregas, rédactrice en chef du site Infirmiers.com, nous livre les clés d'une écriture engagée. Selon elle, c'est une écriture de lien, avec un fort sentiment d'appartenance, et un engagement qui vise à servir l'autre : celui qui nous ressemble, pour qui l'on se bat et se battra parce qu'on est plus libre que lui, et parfois dire à sa place et amplifier sa parole et la faire voyager. L'engagement dans l'écriture doit se faire pour soi, pour les autres et avec les autres. Écrire doit être également un plaisir, permettre de se raconter, et au mieux, de se faire connaître et reconnaître. C'est l'opportunité de partager ses idées et ses points de vue pour faire réagir et sensibiliser autrui. L'engagement est une promesse, une prise de position nécessaire sur un sujet poursuit-t-elle. Pour cela, l'important est de soigner son écriture. Il s'agit alors de trouver les mots justes, l'image adéquate, l'émotion à partager, le lecteur idéal… mais aussi de trouver un titre en adéquation avec le message que l'on veut faire passer (dénoncer, faire réfléchir, valoriser, faire de l’humour, susciter l'émotion…) Tout un programme qui, j'en suis sûre, ne vous aura pas échappé !

S'engager dans l'écriture, c'est dire les choses en son nom, accepter les critiques en son nom pour pouvoir y répondre en son nom

Retrouvez le sommaire détaillé de cette journée et de ses différents intervenants sur le site du SiDoc.

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Rédaction Infirmiers.comophelie.perrot@infirmiers.com@OliePrt

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Commentaires (5)

execho

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188 commentaires

#5

bandeau,cdd La vie de gens

la vie de Jean?La vie des gens.

binoute1

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617 commentaires

#4

c'et vrai

d'une coté on apprend aux étudiants à mettre ne mots, et de l'autre, une fois au boulot on t'apprend à te taire, à réfléchir un minium pour appliquer des régles "pis c'est t'es pas content, y'en a 10 à la porte" ...

execho

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188 commentaires

#3

pourquoi faire.?

ou pour quoi faire?

dino

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320 commentaires

#2

C'est aussi mon opinion et je la partage...

...tout à fait, Thomas, c'est une bonne façon de mettre le pied à l'étrier. Cela dit, il n'est pas toujours facile d'écrire "librement" dans un environnement professionnel où tout nous incite à raser les murs et à obéir sans trop se poser de questions. En fait, c'est même très contradictoire, et c'est là où en rentre presque en résistance (pour employer des grands mots...). Bref, au bout du compte c'est effectivement un acte citoyen, comme il est rapporté dans l'article d'Ophélie.
Bon, allez, il se fait tard et j'ai encore une lessive à étendre; Bonne nuit, les p'tits loups.
Didier Morisot

thomas_djop

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1 commentaires

#1

Bon boulot

Oui écrire n'est pas une partie de plaisir mais depuis quelques années, paradoxalement, je crois que les étudiants infirmiers 'ont jamais autant écrit puisqu'il y a les APP et le Mémoire.
C'est une façon de mettre le pied à létrier, d'être initier aux enjeux de l'écriture professionnelle et de s'y mettre une fois diplomé.