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Edito - Jusqu'à ce matin, je bossais à l'hôpital...

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Cet édito de rentrée fait tristement écho à l'actualité du moment et de ces derniers mois : des soignants pour la plupart désespérés, dont certains d'entre eux ont commis l'irréparable. Corinne Régulaire, une infirmière blogueuse dont la verve n'est plus à démontrer, l'illustre avec froideur dans son court récit désenchanté. Tout est dit et nous ne l'aurions pas dit mieux. Nous partageons donc avec vous le texte qui suit, glaçant de désespérance. Partagez-le, commentez-le, et portez à la connaissance du plus grand nombre les tristes jours que traverse la profession infirmière.

infirmière depression suicide

La vie d'infirmière en mode « bref » ! Une triste réalité qui fait echo à une situation désespérante vécue par de nombreux IDE...

Ce matin, j'étais de repos. A sept heures, mon portable a sonné. A moitié dans le coma, j'ai répondu. J'aurais pas dû... Le cadre de mon service m'annonce qu'il faut que je remplace au pied levé un collègue malade. Je lui dis que je vais chez l'ophtalmo et que ça fait six mois que j'attend ce rendez-vous. Il me parle de la nécessité de service et du manque de personnel. Je lui parle de mes yeux. Il s'en fout…

Je lui rappelle le dernier weed-end qu'il m'a foutu en l'air. Il ne s'en souvient plus. Je lui dis que j'ai un mari et des enfants et que j'aimerais passer du temps avec eux. Il évoque mon statut de contractuelle et brandit la titularisation comme une arme fatale. Je tombe sous le flot de tant d'arguments.

Je file à la salle de bains. Je regarde le miroir. J'ai la tête des mauvais jours. Je songe au mariage de ma copine Sabine où je n'étais pas présente pour les mêmes nécessités de service. Je me rappelle des vacances de Noël de l'an passé avortées pour les mêmes raisons. Je pense à l'ambiance dans ce service où je bosse depuis 18 mois. Je songe à ma charge de travail qui ne cesse de croître. J'entrevois toutes les responsabilités supplémentaires qui me tombent dessus chaque jour. j'ai mal au dos. Je perçois la violence dans laquelle je baigne parfois. Je crains de ne pas y arriver. J'ai la nausée. Je vomis. Je regarde à nouveau le miroir. J'ai la tête à l'envers. J'ai mal à ma vie.

Je me dis qu'aujourd'hui, je n'irai pas bosser. Je peux pas. Je songe à l'amour que j'avais pour ce métier. Je me souviens de mes années de formation et de mes premiers pas. Je revois la fierté de mon père et de ma mère. Je voudrais pleurer. J'y arrive pas. Je me dis que je me suis fait trop d'illusions. Je regarde le miroir. Je suis nulle. J'ouvre l'armoire à pharmacie. Je regarde les boîtes de médicaments que je prends depuis plusieurs mois pour aller mieux. Je me dis que je ne m'en sortirai jamais. Je les avale tous. Je m'allonge dans la baignoire. Je songe à mes enfants, mon mari, ma famille, mes amis. Ma tête est lourde et vacille.

Bref, je bossais à l'hôpital.

IDEL, alias La Seringue Atomique

Merci pour son autorisation de reproduction de cet article paru sur son blog le 3 septembre 2016

Son livre La seringue atomique Chroniques agitées d'une infirmière libérale, paru au printemps 2016 aux Editions Marie B est est disponible sur IDE Collection.

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Commentaires (10)

Jeune infirmière

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#10

la désillusion

Un petit message pour souligner qu'en 4 années de diplôme j'aime toujours autant mon métier mais j'ai eu certaines déceptions..
Peu d'ouverture d'esprit, peu de reconnaissance, de l'injustice, des étudiants pas suffisamment considérés comme futurs collègues, nous n'avons pas le choix du service où l'on veut travailler et j'en passe.

Bref, une formation qui manque aussi cruellement d'apport théorique ayant fait fac de médecine après l'école d'infirmiers, et de rigueur.

Et quand je lis cet édito, je ressens de la détresse et de l'impuissance. C'est vraiment dommage.

Je pense avoir trouvé un équilibre pour faire Ibode, des connaissances, de la rigueur, la fascination du corps humain...
Mais plus bcp de contact avec les patient.. Tapis pour l'instant, dans toute une carrière je le retrouverai peut être plus tard..

Jeune infirmière

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#9

La décadence

Après lecture de cet Edito et des commentaires, je ne pouvais pas ne pas répondre.
Il y a deux mois, je débute un contrat de deux mois à l'hôpital, on m'informe que je serais remplaçante des congés sur plusieurs services et que je ferais des nuits par la suite pour remplacer un congé maternité dans ces services.
Je réalise donc 2 mois d'exercice à l'hôpital, et tourne dans les services, c'est enrichissant de découvrir différentes équipes, organisations, mais aussi la charge de travail fluctuante pour les 3 services. Soudainement à la fin de ma matinée de travail, une cadre vient me voir et me dis qu'il serait mieux pour moi d'accepter un nouveau poste de nuit et de débuter dans une semaine. Je comprends que je n'ai pas trop le choix, lorsque j'effectue mes premières nuits, c'est la désillusion, le service où l'on m'a affecté est très loin de ce que j'avais demandé sur mon CV, et je travaille avec des collègues qui n'ont pas la même vision du travail infirmier que moi, que notre rôle propre est le soin du patient.
Ayant la proposition d'un cdi ailleurs, je quitte l'hôpital en informant qu'il y a des dysfonctionnements dans le service mais l'on ne peut pas me recevoir. Je comprends qu'ils ne veulent rien entendre.
Je suis déçue car on ne choisit pas le service où l'on veut exercer, nous ne sommes pas entendus, défendus à juste valeur..
Je regrette le manque d'ouverture d'esprit général, comparé à la Belgique et d'autres pays.
J'aime mon métier c'est certain, mais d'entendre et lire tout cela je ressens de l'impuissance.
Une dernière chose, ayant fait fac de médecine après mon diplôme infirmier, je trouve que la formation infirmière manque cruellement d'apport de connaissances, de rigueur de travail, et lors des stages, les infirmiers ne considèrent pas suffisamment les étudiants comme des futurs collègues.
Tant de problèmes, cela ne fait que 4 ans que je suis diplômée, pour moi l'évolution sera de faire Ibode je l'espère, domaine où je trouve un équilibre.

dino

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#8

Personnalité adaptée ? Mon c.., oui !

Quand je lis des choses du style "il faut des personnalités adaptées...elle peut aussi changer de métier...", j'avoue que ça me laisse perplexe. Je me dis aussi que la brutalité dans la profession a de beaux jours devant elle.
Pour être infirmier, il faudrait donc subir l'incohérence au travail en serrant les dents comme un(e) vrai(e) dur(e) ? Super comme perspective ; ce que je n'aimerais pas être soigné par des gens comme ça...

JEDYTE

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#7

Et malgré tout...

Et malgré tout, en connaissance de cause, il y a pourtant toujours des étudiants qui viennent passer le concours pour exercer cette profession...

Alors soit elle fait toujours rêver, soit les candidats sont déconnectés de la réalité et lors de l'oral pour entrer en IFSI, personne n'est là pour leur remettre les pieds sur terre. (Coucou les membres du jury ^_^)

Avant on ne voyait pas autant de candidats pour les postes extra hospitaliers comme aujourd'hui. Tout le monde rêvait de travailler à l'hôpital, faire de la technique... maintenant c'est plutôt les postes en santé au travail, d'infirmier scolaire et PMI/crèche qui font rêver ; quand les jeunes IDE ne sont pas déjà dégoûtés et ne repensent pas -déjà- à une reconversion. C'est quand même symptomatique, non ?

#6

Danger grave et imminent

A quarante ans, à l'age des bilans je ne regrette pas avoir travailler à l'hôpital.
J'ai rencontré des gens formidables, touchants, curieux que je n'aurais pas pu voir ailleurs.
Mais j'ai vu aussi de parfaits abrutis :
-soignantes nonettes qui nous cassent les noix avec leurs jugements de valeurs à la con
-cow-boys (plus chez nous les hommes)
-lèches-cul
-connasses procédurières de la traçabilité (plus chez les femmes désolé les filles et les cadres: pas tous heureusement) qui perdent leurs temps à se justifier de tout.
-ronds de cuir qui justifient leurs existence en faisant chier les soignants (sans normacol)
-glandeurs...
D'autre part l'hôpital est un lieux où les injonctions paradoxales sont légions et insupportables. La pire est être empathique (donc prendre du temps pour écouter un patient) et produire plus de soins (aller de plus en plus vite quitte à faire l'impasse sur les règles d'hygiènes, la bientraitance...). Il y a de quoi devenir fou.

Alors que faire:
-se fédérer et lutter de toute nos forces, de toute notre âme (et les nonettes ça vous concerne).
-cassons les clichés: les bonnes soeurs c'est terminé (et puis nous les infirmiers hommes c'est la guerre qui nous a forgé)
-syndiquons nous.

Les élections sont une plateforme pour se faire entendre et appeler les élus à leurs responsabilités. Mettons en demeure les élus de respecter leurs parole (n'est ce pas madame la ministre). Pensons aussi à internet, les médias (en veillant à ce qu'ils ne déforment ni nos propos ni y véhiculent de clichés).

PS: Certes on peut perdre le combat. Mais nous seront de toute façon dignes en n'acceptant pas cette situation. Nous nous serons battus pour nos patients, leurs familles et notre profession.

Notre honneur en dépend. Vive les soignants

zaltaar

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#5

Pffffffffffffff

Quand je lis le post de Jackline, j me dis que Zola n'est pas mort....
20 ans dans un même service cela sent l'envie d'évolution, et les poses cafe très longues, assis sur une chaise à envoyer les autres répondre aux sonnettes....
Pour avoir si peux de compassion, vous soigniez quoi?? des patients ou des bouts de viande?? c'est vrai on s'en fou tant que le taf est fait, puis s'il n'est pas fait on s'en fou aussi, celles/ceux d'après feront le travail quand même...
C'est vrai que les cadres font moins chier les vieilles rombières, que celles la on ne les fait pas chier à les rappeler chez elles, sous peine de se faire envoyer paître, celles là ont leurs week end de programmé et on y touche pas....
C'est pas celles non plus qui ont des mois de jour de récupération à prendre parce que l'effectif n'est pas suffisant pour les récupérer dans l'année, c'est pas celles là non plus qui ont des CET blindés.....
Non Jackline, je ne vous salue pas, et vous demanderais d'apprendre ce qu'est l'empathie, voir même la sympathie envers les collègues qui n'ont pas les moyens de se planquer.
Si en plus dans le cas où vous seriez encore en activité, vous pouviez considérer le patient ( et non le client car la notion de coût ne devrait pas exister dans une relation soignant/soigné car on se doit de donner le meilleur de nous même) comme un être humain et non comme une tâche à accomplir.
Et si je peux me permettre, jetez donc un coup d'oeil autour de vous sur la considération portée "aux ptits jeunes" qui vivent dans l'incertitude, cdd après cdd pendant des années, traités comme des esclaves des temps modernes...C'est vrai que lorsqu'on est titulaire de la fonction publique, on a la vie tranquille, sa peux occulter ceux qui vivent autour de nous....
Une petite remise en question de pourquoi vous faites encore ce métier s'impose, allez travailler à l'usine vous verrez on vous cassera moi les noix, certains ne sont effectivement fait pour travailler à l'hôpital, ils y perdent leur humanité

blablagirl

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#4

une fois, c'est un hasard, deux fois, c'est une coïncidence...

Cinq suicides en trois mois , c'est révélateur d'un fort malaise au sein de la profession. La question n'est pas de savoir s'il y a des boulots plus difficiles ou pas. La question est de pointer les problèmes dans les hôpitaux qui poussent à ce genre de situation. On peut tout aussi bien retourner au charbon comme au temps de Zola et se taire; Même au fond des mines, les gens ont survécu, dans les usines textiles de nos grands parents, les gens ont survécu. La différence est qu'aujourd'hui, on pousse l'individu dans ses extrémités non plus seulement physiquement mais surtout psychologiquement. Et en temps que soignant, nous ne pouvons dire qu'il ne se passe rien - et ne parlons pas encore des jeunes trop jeunes, trop inexpérimentés ou trop ceci ou trop cela. Les personnes qui se sont suicidées dernièrement dans la hôpitaux français ne sortaient pas de l'école. Elles avaient de la bouteille en tant que soignant...Rajoutons aussi qu'il ne viendrait à l'idée de personne de dire à propos du suicide des médecins qu'ils arrêtent de faire leurs chochottes, qu'ils cessent de se plaindre ou qu'ils n'étaient pas fait pour ce métier. Faut-il que nous ayons si peu de compassion pour nos semblables pour minorer à ce point leur malaise ? Cette attitude peu empathique est sans doute un atavisme issu des religieuses qui nous ont précédés. Des stigmates dont on se passerait bien aujourd'hui où il était question de don de soi pour prendre soin de l'autre, où il fallait taire ses souffrances pour être pleinement dans la douleur de l'autre. C'était il y a belle lurette. Aujourd'hui nous avons certes des devoirs mais nous avons aussi des droits. Alors usons-en ! http://infosdroits.fr/un-agent-de-la-fonction-publique-hospitaliere-peut-refuser-de-revenir-travailler-sur-ses-conges-annuels-rtt-ou-repos/

Lizou63

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#3

Il est bon temps de se plaindre et pour cause!

En 20 ans de carrière,j'imagine que vous avez vu vos conditions de travail évoluer et se dégrader.
Restructurations successives, diminution du personnel, augmentation de la charge de travail, du rendement, des responsabilités, postes de plus en plus précaires, etc.
Et ce n'est que le début! Nouveau plan d'economies pour les hôpitaux annoncés d'ici fin 2017 : suppression de 18000 lits et de 22000 postes.. Alors oui, il y a de quoi se plaindre!
En se lançant dans cette voie, nous acceptons de travailler les week-ends et les jours fériés mais de là à accepter d'être rappelé sur nos repos et nos vacances, il y a une marge. Nos supérieurs usent et abusent de notre conscience professionnelle et de notre esprit d'équipe.
J'aime mon métier, et ne regrette pas mon choix, mais je refuse que ma vie personnelle en paye les conséquences.
Je garde malgré tout espoir qu'on arrive à se rassembler et à se mobiliser afin que nos conditions de travail finissent par évoluer favorablement.

Jacklyne

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#2

tableau apocalyptique...

J'ai été infirmière pendant 20 ans au CHU de Besançon, dans un service très lourd, où il y avait énormément de travail,donc je connais le problème...Le problème c'est que certaines personnes choisissent ce métier bien particulier comme on choisirait un métier de bureau...La charge de travail y est lourde ,il faut des personnalités adaptées à ce travail. Il est aussi de bon ton de se plaindre sans cesse dans certains services suivant l'ambiance qu'il peut y règner. Je conseille à cette personne de changer d'établissement si elle n'en supporte pas les contraintes, elle savait que le métier d'infirmière suppose de faire des week-end, qui sont compensés par des jours en semaine, et si elle remplace un collègue elle récupèrera ce temps de travail plus tard...Il faut arrêter de faire pleurer dans les chaumières, elle peut aussi changer de métier...

Mousqueton

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#1

Idel n'est pas du repos

Je lis que Corinne est devenu Idel , mais quand j'ai eu une hépatite et qu'il fallait que j'aille bosser avec 40 de fièvre , une fatigue épouvantable, que je roulais sur les trottoir et que je n'arrivais plus a mettree un pied devant l'autre correctement, ma Collegue s'en foutait complètement. Le Medecin craignais que j'ecrase des gens. Elle s'en foutait! Les patients me ramenaient à la voiture en me soutenant par le bras, rien à foutre. Quand j'ai été hospitalisé 10 jours et avec 1 mois de convalescence, j'ai du reprendre en catastrophe et en n'étant pas remis car sinon j'avais 2 mois toujours impayés et 15.000€ d'impôts et d'urssaf qui arrivait. Là encore, rien à faire !
Quand j'ai repris, une autre Remplacante était la et j'étais mis en concurrence direct jusqu'au jour où je n'ai plus entendu le téléphone sonner pour les remplacements et que j'avais été escroqué de 2000€.
Mais ca, je le savais très bien, et c'est pour ça que je me suis forcé à endurer jusqu'à la rupture.

Autre anecdote, installé mais travaillant avec une Collegue, quand elle pret en vacance, je fais quoi si mon grand père malade décéde? Je ne peux pas y aller pour l'enterrement.
J'aimerais aller à l'anniversaire des 18 ans de ma cousine mais je ne peux pas, ca pose des soucis de planning.

La vie en Liberale est aussi chiante qu'à l'hôpital en fonction des collègues et des contraintes de la vie. Le cadre est le Collegue plus ancien ou des patients intransigeants.

Cela dit, j'entends tout à fait le blog et le désespoir de cette Collegue. Les cadres sont là pour pousser à cran les infirmières et ils le font avec un plaisir non dissimulé abject.
Mais en libéral, ca n'est pas obligatoirement plus rose, surtout en tant que remplaçant.
Je connais pleins de collègues qui n'ont pris aucun repos en 6 mois à leurs débuts à faire des km de fou pour un revenu minable car peu de patients et très espacés en distance et en temps.

En plus en libéral, on est seul. (Un avantage pour moi)