PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Je m'appelle Audrey, j'ai 35 ans et j'étais infirmière aux Urgences...

"Je m'appelle Audrey, j'ai 35 ans et je suis infirmière"... C'est sous cet intitulé que débute le témoignage de cette infirmière "urgentiste" sur la page facebook "motsdurgentistes". Un témoignage qui rappelle que les soignants ne sont ni des surhommes capable de tout encaisser, ni des machines sans émotions ni états d'âme et qui finit ainsi "Je m'appelle Audrey, j'ai 35 ans et j'étais infirmière aux Urgences".

infirmière, urgences, course

Audrey le déplore et le dénonce : "Nous ne pouvons pas rajouter du temps à nos journées, mais nous pourrions être plus nombreux pour les affronter".

Depuis 14 ans mes sabots font "clac clac" dans les couloirs de l'hôpital. Service Maternité, puis Réanimation et enfin en 2014, les Urgences. Pour moi devenir infirmière était plus un choix qu'une vocation, ce qui ne m'empêche pas d'aimer mon métier et d'en être fière.

Plaisanter avec les personnes âgées, apaiser les patients stressés, soulager les blessés et parfois réanimer ceux qu'il faut sauver, c'est ça mon quotidien. Leur permettre de conserver leur dignité et leur autonomie tout en étant soigné, c'est ça mon métier.

Soigner ne signifie pas seulement administrer le bon médicament, c'est aussi prendre le temps d'écouter, de rassurer et d'informer. Malheureusement, par manque de temps, cela passe souvent au second plan et tout le monde en pâtit.

Nous ne sommes ni des surhommes capable de tout encaisser, ni des machines sans émotions ni états d'âme. Alors le soir, parfois, on boit un verre entre collègues pour décompresser et débriefer des journées compliquées. Le constat est le même à chaque fois : trop de patients et trop peu de soignants. Les infirmières deviennent des piqueuses à la chaîne, les aides-soignants des vestiairologues et les médecins jonglent entre téléphone et stéthoscope.

Au fil des années j'ai vu ma patience diminuer, mon nombre d'heures sans uriner augmenter et mon stress exploser. Quand ne plus réussir à gérer l'agressivité des gens ou oublier d'apporter une couverture, un urinal devient votre quotidien, vous finissez par ne plus vous reconnaitre en tant que soignant, et peu à peu, la peur de devenir maltraitant s'immisce dans votre esprit.  Nous ne pouvons pas rajouter du temps à nos journées, mais nous pourrions être plus nombreux pour les affronter.

Je m'appelle Audrey, j'ai 35 ans et j'étais infirmière aux Urgences.

Cet article a été publié sur la page facebook "motsdurgentistes" le 29 août 2018.

Commentaires (0)