AU COEUR DU METIER

"Je sais que je vais mourir ce jour-là. Je sais que c'est ma dernière journée"

par .

Pamela Ramez, infirmière aux urgences de Denain, a accepté de raconter pourquoi elle a craqué et tenté d’en finir, épuisée par les heures supplémentaires, jusqu'à neuf nuits de garde successives. Un témoignage bouleversant diffusé ce jeudi 12 avril 2018, dans le cadre du magazine « Envoyé spécial » sur France 2, qui met également en évidence qu'en parler met mal à l'aise les équipes qui préfèrent se taire et faire comme si...

C’est de pire en pire, on n’en peut plus ! Combien de temps les professionnels de santé hospitaliers  -médecins, chefs de service, infirmières, aides-soignantes …- vont-ils tenir ? Urgences débordées, patients parfois mal soignés et mal traités : le personnel est à bout. Il dénonce un hôpital de plus en plus soumis, selon lui, à la loi du marché, aux contraintes de budget et de productivité.

Je suis descendue au vestiaire, j'ai pris ma douche, je me suis injecté l'insuline et j'ai attendu...

Crédit photo envoyé spécial

A la télé – Envoyé Spécial à la rencontre d'une infirmière qui a décidé d'en finir

Avec des mots simples, Pamela raconte. Elle raconte comment, en ce jour de décembre, elle a voulu en finir. Elle accepte de dire pourquoi elle a craqué d'épuisement. Sa vocation c'était pourtant de soigner les autres et elle a failli en mourir. Le 16 décembre je fais ma journée comme d'habitude mais je sais que je vais mourir ce jour-là. Je sais que c'est ma dernière journée. J'ai pris une seringue d'insuline que j'ai mis dans ma poche  et ensuite j'ai l'impression d'avoir été un robot. Je suis descendue au vestiaire, j'ai pris ma douche, je me suis injecté l'insuline et j'ai attendu. Pamela Ramez commence à se sentir mal, elle sait qu'elle peut faire un arrêt cardiaque en quelques minutes. L'insuline injectée à haute dose est mortelle. Et là j'ai pensé à ma fille et là je me suis dis qu'elle ne méritait pas de ne plus avoir de maman et je suis remontée aux urgences et je leur ai avoué ce que j'avais fait. Ils m'ont tout de suite prise en charge et ils m'ont sauvé la vie.

Extrait à écouter : le témoignage courageux de Pamela, douloureux à entendre face à la détermination d'un soignant à en finir...

Pamela sait parfaitement comment parvenir à mettre fin à ses jours. Elle raconte comment sa vie professionnelle n'a cessé de se dégrader depuis son arrivée aux urgences, sept ans auparavant. Surcharge de travail chronique, choix cornélien face à des urgences plus urgentes les unes que les autres, colère des patients face à des délais de prise en charge insupportables, solitude du soignant, angoisse de l'erreur… On est arrivé à une déshumanisation de notre travail. On se dépêche, on ne parle plus aux patients... Je me suis sentie maltraitante conclut-elle. Après cette tentative de suicide qui a été reconnue comme accident du travail, Pamela Ramez a passé un mois en hôpital psychiatrique. A 28 ans, le métier de ses rêves l'a déjà usée.

On est arrivé à une déshumanisation de notre travail. On se dépêche, on ne parle plus aux patients... Je me suis sentie maltraitante.

crédit photo envoyé spécial

Un reportage qui fait douloureusement écho à celui éponyme, diffusé le 7 septembre 2017, où Julie Pichot, la réalisatrice, montrait comment des petits hôpitaux de région jusqu’aux CHU les plus réputés, des urgences du quotidien aux services de pointe, la pression économique menace la mission même de l’hôpital public.

La situation s'est encore dégradée, pour le premier trimestre 2018, on compte neuf suicides de soignants. Un tabou au sein des équipes, dont témoigne, anonymement une des collègues de Pamela dans ce reportage. Personne n'en parlait. Très choquée, elle se met alors en colère devant une autre infirmière, qui lui répond : Non, tu n'en parles pas. Comme si la souffrance était honteuse, comme si avouer sa faiblesse lorsqu'on est soignant, humain avant tout, était insupportable à entendre, y compris au coeur du corps soignant… C'est peut-être finalement aussi le plus choquant, cette omerta qui demeure, omerta qui n'échappe à personne et dont les Ordres professionnels vont tenter aujourd'hui, avec une mission d’entraide entre tous les soignants de faire tomber et d'agir, enfin.

Extrait - Ecouter une collègue de Pamela : "Parler, c'est se mettre en danger. C'est pas bien, de parler. On est là pour servir, c'est normal, on n'est pas là pour parler trop des problèmes."

Et pour le replay... c'est ici ! (à 34'50'')

• « Hôpital public, la loi du marché », un reportage de Julie Pichot, Baptiste Laigle avec Cat&Cie programmé ce jeudi 12 avril 2018 en première partie de soirée sur France 2, lors du magazine Envoyé spécial, présenté par Elise Lucet.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (1)

dragon29100

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4 commentaires

#1

c'est triste

Madame je suis attristé par votre intervention , je compatis en même temps je vous comprends , les technocrates veulent transformer l'hôpital en entreprise rentable .
Ce n'est pas son office, et je comprend votre désarrois face à une vocation que vous pouvez pas exercer comme vous le souhaitez face au manque de finance , et au manque de personnel , sachez que tout les français vous soutiennent .
En effet il faut faire du bruit sur cet état de faits ,amplitude horaire trop importante , le stress permanent , alors que vous travaillez avec les médecins sur de l'humain , cela ne vaut pas le coup de mettre fin à votre vie faites jouer votre droit de retrait , et battez vous on vous soutient .