PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Les Monocyclettes : retrouver "la lingerie plaisir" après un cancer du sein

Angélique Lecomte, ex-infirmière en psychiatrie, a lâché son travail après un cancer du sein pour devenir entrepreneuse et lancer sa marque, les Monocyclettes. Elle propose une ligne de vêtements asymétriques conçus pour les corps asymétriques post-mastectomie et vient d’y ajouter une gamme de lingerie : des soutiens-gorge modulables et féminins pour les femmes qui ont traversé le cancer du sein. Plus de 5 000 combinaisons pour un seul soutien-gorge avec deux seins, un sein et même pas du tout, des couleurs, des matières, sans oublier le confort. En ce mois d’octobre Rose, consacré à la lutte contre le cancer du sein, voici un projet audacieux, qui répond à un véritable besoin.

Les Monocyclettes : retrouver "la lingerie plaisir" après un cancer du sein

Les Monocyclettes propose une lingerie qui s’adapte à toutes les femmes après un cancer du sein.

La lingerie proposée par Angélique Lecomte est le fruit d’un cheminement personnel (en 2016, on lui diagnostique un angiosarcome du sein, une tumeur maligne d'origine vasculaire, très rare), de réflexions menées avec son atelier de couture, avec des ostéopathes et des kinésithérapeutes* et d’échanges avec des femmes qui ont, comme elle, traversé l’épreuve du cancer du sein. Un travail qui lui a permis la mise au point d’un soutien-gorge innovant adapté à toutes les possibilités post-mastectomie, explique cette ex-infirmière en psychiatrie qui a d’ailleurs déposé un brevet pour protéger sa trouvaille. Jusqu’à présent, le marché proposait en effet très peu de choses dans ce domaine : essentiellement des soutiens-gorge avec des poches pour y placer les prothèses, résume Angélique. C’est très frustrant : la lingerie existante est confortable, basique, voire médicalisée… mais pas sexy ! tranche-t-elle. Pour répondre à ce besoin, la quadragénaire, elle-même passée par la mastectomie et le choix de ne pas passer par la case reconstruction, crée une ligne de lingerie spécifique. Lingerie Post-Mastectomie - Les Monocyclettes: Vêtement asymétrique, lingerie post mastectomie et tatouage après mastectomie

Du semi-sur-mesure

Avant de créer sa marque, Les Monocyclettes, Angélique Lecomte fait plusieurs constats. Je me suis aperçue que peu de femmes optaient en réalité pour la reconstruction (30 %** environ d’entre elles seulement), explique-t-elle. Pourtant, les marques ne semblent pas se pencher sur la question, ou bien renoncent devant la complexité de l’entreprise. Il faut dire que les combinaisons sont multiples. Il y a les femmes qui portent une prothèse, celles qui n’en portent pas, celle qui font une reconstruction à plat, celles qui choisissent de faire un tatouage au niveau de la cicatrice, il y a celles qui portent une prothèse mais pas tout le temps… ça fait de très nombreuses possibilités.

Le soutien-gorge des Monocyclettes est donc mono-bonnet, ce qui permet d’acheter les deux bonnets séparément, personnalisable et modulable, pour pouvoir choisir sa combinaison. Soit on achète un bonnet seul pour soutenir le sein et on n’a rien de l’autre côté, soit on achète deux bonnets, l’un avec une poche, l’autre sans poche pour le sein et la prothèse, soit un bonnet profond et un bonnet plat ou encore deux bonnets de tailles différentes si on est en cours de reconstruction. Et pour ajouter un aspect ludique, on peut mixer les matières (dentelle ou coton) et les couleurs de son soutien-gorge (quatorze couleurs). Au total, plus de 5 000 combinaisons sont possibles !

Les femmes peuvent s’amuser à composer leur soutien-gorge : j’avais envie qu’on retrouve le plaisir de la lingerie. C’est le côté un peu girly, un peu fun que je trouvais important, confie Angélique Lecomte. Jeux de foulard, dentelles, couleurs, fini l’accessoire seulement utile : c’était important pour moi que ça redevienne un accessoire plaisir. Angélique Lecomte n’en met pas pour autant de côté le confort. Une bretelle spéciale permet de répartir le poids du sein sur l’ensemble du dos et d’éviter ainsi, ou de limiter du moins, les douleurs engendrées par la mastectomie (Les postures dites de défense peuvent en effet entrainer des problèmes aux cervicales et/ou aux épaules). Le soutien-gorge devait donc aussi intégrer cette réflexion. Ça reste quelque chose d’ultra-spécifique. On est dans du semi-sur-mesure, c’est ça qui est génial, se réjouit l’entrepreneuse, qui vend ses modèles autour de 95 euros.

Avec un seul sein, deux seins et même pas du tout, on reste une femme - Angélique Lecomte.

Casser l’injonction selon laquelle on n’est femme qu’avec deux seins

Réaliser une lingerie confortable, adaptée et sexy était donc possible ? Dans ce domaine en tout cas, les attentes n’étaient pas comblées : si les femmes assument de ne pas avoir de prothèse, explique Angélique Lecomte, elles en étaient (jusque-là) réduites au bricolage : on découpe le bonnet ou bien ça fait des plis sous le vêtement parce que l’un des bonnets reste vide…

Réaliser cette ligne de lingerie spécifique était, au-delà du défi entrepreneurial, également une manière pour elle de montrer à la société qu’il faudrait commencer à penser différemment : parce que jusque-là personne n’avait envisagé qu’une femme pouvait rester avec un seul sein et assumer, s’insurge Angélique Lecomte. Comme si avoir deux seins était le symbole (unique) de la féminité et que si on n’avait plus qu’un sein on n’était plus une femme. Ça, c’est quelque chose qui m’a révoltée. J’avais envie de prouver qu’avec un seul sein, avec deux seins et même pas du tout de sein, on restait une femme, on restait féminine, on restait sexy. Je voulais casser cette injonction.

Ses clientes n’ont pas tardé à lui prouver qu’elle avait touché juste et répondu à un vrai besoin (Angélique Lecomte reçoit des messages très positifs et sa marque a aujourd’hui ses ambassadrices). Pour continuer à les contenter, elle a mis en place un configurateur en ligne, avec des questions personnalisées (un sein, deux seins, pas de seins, est-ce que vous voulez porter une prothèse ou pas…) qui permet de proposer le modèle adapté à la morphologie de chacune. Elle a aussi mis en ligne un simulateur de taille, car, explique-t-elle, quand on vient de vous enlever un sein, quand vous avez subi des traitements qui vous ont fait maigrir ou grossir, il est très difficile d’évaluer la taille de sa nouvelle poitrine. Cet outil devrait donc leur faciliter la vie : les femmes peuvent désormais « prendre leurs mesures sous la poitrine et sous le mamelon et obtenir la taille appropriée ». Angélique Lecomte poursuit donc ses recherches pour s’adapter au mieux aux besoins des femmes après le cancer du sein. Après les vêtements, la ligne de lingerie, elle devrait prochainement sortir ses maillots de bain. Asymétriques, évidemment.

*Angélique Lecomte est en relation avec le réseau kiné du sein (RKS) pour continuer d’améliorer ses modèles.

**Source : Rapport de l’Observatoire Sociétal des Cancers).

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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