PORTRAIT / TEMOIGNAGE

De la naissance à la mort, sommes-nous toujours accompagnés ?

Cet article fait partie du dossier :

Douleur

    Précédent Suivant

Un infirmier, Yohann, nous a adressé spontanément ce texte à la rédaction. Nous ne doutons pas qu'il vous ira droit au coeur, comme il a touché le nôtre…

mains patient alité

Une patiente accompagnée par Yoan dans sa fin de vie lui a donné l'envie d'écrire…

Ma grand-mère disait toujours qu’elle était née seule et qu’elle mourait seule, ce à quoi je lui rétorquai que non, certes elle était née seule mais à l’époque sa maman avait eu la chance de bénéficier de l’aide du médecin du village. Elle n’était donc pas seule toute comme aujourd’hui une équipe soignante est là pour s’assurer que le bébé naît dans de bonne conditions, vérifier sa santé et ensuite le remettre aux personnes qui l’aiment.

Pour la mort c’est pareil, dans les hôpitaux, la personne en fin de vie meurt certes seules mais nous soignants l'accompagnons et sommes là pour prendre soin de son confort, apaiser ses douleurs afin qu'elle et sa famille puissent vivre ce passage dans de dignes conditions.

Infirmier expérimenté dans les soins palliatifs, je n’ose prétendre à la maîtrise de mon métier et des soins que je procure. Je suis expérimenté en techniques seulement, le reste c’est l’humain qui le fait. J’apprends tous les jours et me questionne sans cesse. Un jour une patiente d’une trentaine d’année en fin de vie - elle avait passé quelques mois auprès de nous et nous l'avions accompagnée jusque la fin - m'a particulièrement touché. Peut-être n’avais-je pas assez de recul au vu de nos âges rapprochés. De fait, cette patiente m’a donné l’envie d’écrire ces quelques lignes, de témoigner...

A toi que nous soignons
Que tu aies 30, 60 ou 80 ans, nous t’accompagnons
A toi qui est là depuis plusieurs mois
Ton jeune âge me met en émoi
Mes barrières de soignant tombent à chaque instant

Pour t’accompagner dans ces moments
Une certaine amitié s'est nouée avec l’équipe soignante
Chaque jour nous tentons de diminuer ton angoisse oppressante
Ton état se dégrade
Arrivant à un certain stade
Tu restes digne dans ce lit
Parfois même tu nous souris

Un jour où tes battements de cœur ralentissaient
J’ai compris à la prise de mon service que doucement tu t’en allais
Comme chaque jour le lecteur CD tournait sur ta chanson préférée
Je me suis mis alors à chanter
De mes fausses notes et de ma voix tu aurais pu rire
Mais des larmes de joie j’ai fait jaillir
Tout ce que tes lèvres ne pouvaient exprimer
Tes yeux ont parlé
C’est ainsi que dans un dernier soupir
Je t’ai vu partir sans souffrir.

Creative Commons License

Infirmier en soins palliatifs

Retour au sommaire du dossier Douleur

Publicité

Commentaires (1)

daav46

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#1

superbe témoignage..

Yohann.. je dois dire que ces lignes me resteront en mémoire..
c'est très touchant et je pense que c'est une chance de pouvoir partir entourés de personnes tel que vous..