PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Il n’y a pas d’âge pour faire médecine… et pour réussir !

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Médecin

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Il n’y a pas d’âge pour poursuivre sa passion et il n’y a pas d’âge pour commencer ses études de médecine. Mikael nous le prouve avec un parcours qui demande courage et ténacité. Âgé de 40 ans, infirmier pendant près de 20 ans, il décide de passer le concours de PACES, et le réussit. Il est aujourd’hui en 3e année de médecine, marié et un enfant au lycée, Mikael explique  pourquoi il a fait ce choix, les difficultés qu’il a rencontrées et le bonheur de se sentir « à sa place ». Merci au site remede.org pour le partage de cet article !

Fléchette au centre cible

Âgé de 40 ans, infirmier pendant près de 20 ans, il décide de passer le concours de PACES, et le réussit.

Quel est votre parcours ?

Mikael - Je suis infirmier diplômé d’état depuis 1997 et diplômé infirmier-anesthésiste depuis 2003 ; j’ai travaillé en milieu hospitalier jusqu’en 2013. J’ai exercé aux urgences, au SAMU puis dans différents secteurs de blocs opératoires en particulier en maternité, obstétrique et dans un centre de grands brûlés. Je suis formé en hypnose pour l’anesthésie, pour la prise en charge et le traitement des douleurs. J’ai eu l’occasion de partir plusieurs fois en mission humanitaire (Burkina Faso en 2004, Haïti en 2010 après le tremblement de terre avec Médecins Sans Frontières, République Centre Africaine en 2011 avec MSF aussi). J’ai dispensé des cours en Instituts de Formation en Soins infirmiers et à l’école d’infirmiers-anesthésistes de ma région.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire des études de médecine ?

Mickael PACES

Mikael l'explique : Il me fallait trouver une reconversion professionnelle alors je me suis dit que c’était le bon moment. Pour une fois, j’ai essayé de croire en mes capacités. Il y est parvenu !

Mikael - Le mode de fonctionnement du « système » hospitalier et les contraintes qui s’imposaient dans l’exercice de mon métier m’apparaissaient difficiles. La prise en charge des patients ne pouvait pas se faire, convenablement, efficacement, sereinement et de façon adaptée. J’ai donc voulu, à un moment, sortir du milieu hospitalier parce que j’y étais en souffrance. L’activité d’infirmier libéral m’attirait beaucoup, mais à cause de problèmes de santé, notamment de dos suite à mon activité hospitalière, ne me permettaient pas d'envisager à continuer ce mode d’exercice à 65 ans ! J’ai toujours  rêvé  d’être médecin. Il me fallait trouver une reconversion professionnelle  alors je me suis dit que c’était le bon moment. Pour une fois, j’ai essayé de croire en mes capacités.

Comment a réagi votre entourage ?

Mikael - L’accueil de mes proches a été mitigé au départ. Certains m’ont dit que j’étais peut-être un peu vieux, que je n’avais « rien à prouver ». On m’a surtout dit que j’étais complètement fou de repartir pour 10 ans d’études minimum. Comment vas-tu faire ? Et financièrement ? Et pour ta retraite ? ont aussi été les questions de mes proches. Heureusement, j’ai aussi eu du soutien, parfois timide au début si c’est ce que tu veux vraiment…. Puis est venu ce que je considère comme un soutien très fort depuis que j’ai passé le cap de la première année. Mes anciens collègues, mes amis, mes proches me disent qu’ils sont fiers et admiratifs de mon courage, de ma ténacité, de mes capacités, de ma réussite. Beaucoup, maintenant, attendent avec impatience que j’aie terminé mes études pour pouvoir les soigner !

Ma plus grosse inquiétude reste à savoir comment je vais gérer les années d’externat sans avoir la possibilité de travailler en parallèle.

Quelles sont les difficultés à reprendre de telles études ? Comment les surmonter ?

Mikael - Essentiellement financières. J’ai continué à travailler en parallèle pendant la première, la deuxième année et encore actuellement, en milieu de troisième année. Je jongle entre remplacements intérimaires d’infirmier-anesthésiste, remplacement d’infirmier libéral, les cours, les stages et ma vie familiale et personnelle. Cela peut paraître beaucoup, mais on s’y fait ! Je suis en couple, avec un enfant et je peux compter sur ma famille pour me soutenir énormément. Mon fils est en seconde et il est complètement autonome du point de vue scolaire, ce qui simplifie les choses. La première année n’a cependant pas été facile puisque je n’avais que trop peu de temps à lui accorder comme au reste de mes proches. Ma plus grosse inquiétude reste à savoir comment je vais gérer les années d’externat sans avoir la possibilité de travailler en parallèle. Je cherche des solutions de financement, mais à ce jour je ne peux prétendre qu’à peu de choses en dehors du financement privé. Je réfléchis au Contrat d’Engagement de Service Publique. Je n’ai pas le droit à l’erreur, pas le droit de redoubler si je veux pouvoir aller au bout de mes études. Cela représente une grosse pression personnelle supplémentaire.

Avec un peu d’humilité, ma maturité et avec mon expérience, je passe plutôt bien auprès des profs, dans les services, pour l’instant !

Comment percevez-vous le monde universitaire et hospitalier en tant qu’étudiant en Médecine ?

Mikael - Compte tenu de ma différence d’âge, et de mon expérience médicale, mon regard et le regard des autres sur moi sont différents. J’avais très peur qu’on me reproche d’avoir été infirmier, d’avoir des connaissances et surtout qu’on me stigmatise sur ma différence d’âge. Avec un peu d’humilité, ma maturité et avec mon expérience, je passe plutôt bien auprès des profs, dans les services, pour l’instant ! Mes collègues de promo me surnomment quand même « le doyen » ou « papa », mais c’est, de façon générale, plutôt respectueusement et amicalement. Je regrette cependant les orientations des facultés de médecine, qui n’ont d’autre objectif que d’avoir les meilleurs résultats aux ECN, pour que leur cote soit meilleure. Cela se fait au détriment du bien être global des étudiants qui sont constamment sous pression. Avoir d’excellents résultats théoriques ne veut pas dire qu’on sera demain un bon acteur du terrain. La pratique est parfois différente et éloignée de la théorie. Les étudiants en médecine me semblent très mal accompagnés à ce qu’ils vont vivre au quotidien, ce qui peut générer des souffrances.

Il me fallait trouver une reconversion professionnelle alors je me suis dit que c’était le bon moment. Pour une fois, j’ai essayé de croire en mes capacités.

Comment vivez-vous aujourd’hui vos études ? Vos projets pour l’avenir ?

Mikael - Mon projet est de devenir médecin généraliste. J’aurais voulu cumuler cette activité avec celle de médecin urgentiste, mais les modifications des études médicales ne permettent plus de faire ce choix. J’avoue avoir très peur de la somme de travail qui m’attend encore (car non, après la première année tout n’est pas cool !) et avoir hâte d’être interne pour retrouver de nouveau un salaire. L’ampleur des responsabilités qui m’attendent, qui nous attendent, est importante et parfois angoissante, mais le désir de tenter d’apporter un mieux-être à ceux qui souffrent plus fort encore.

Rédacteur remede.org  amrouche.idris@gmail.com

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Commentaires (1)

Danielle plasson

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1 commentaires

#1

Souffrances des etudiants

Je suis diplômée IDE depuis 2009. J'ai débuté en tant qu'agent des services hospitaliers, aide- soignante, puis infirmiere. Durant mes études d'Ide, j'ai parfois été malmenée et à 44 ans il y a des choses que l'on a du mal à entendre. " vas faire tes toilettes, il ne faudrait pas que tu oublies ce que tu étais" venant des aides-soignantes. Ou " c'est pas drôle on n'a rien à te reprocher! Alors on te met un peu la pression! ( infirmiere diplômée depuis un an). À ce jour, lorsque j'en cadre des étudiants, je m'efforce de ne pas leur faire vivre ce que j'ai vécu . Sinon, c'est à vous dégoûter de ce si beau métier ! Courage à tous