PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Se souvenir des belles choses… ça compte !

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Nous vous avons invité à vous souvenir des moments qui ont marqué votre vie d'infirmière ou d'infirmier… vous y avez répondu et nous vous en remercions. L'heure est maintenant au partage !

Je me souviens…

cassette, souvenirs

Il y a ces petits moments merveilleux de partage avec les résidents : un regard profond, un éclat de rire, un merci, un sourire… et toutes ces choses dont on se souvient et se souviendra longtemps...

J'étais infirmier, technique, rapide, passionné, j'écoutais tout, les anciens, les patients surtout. Polytraumatisés graves… puis les chimios, radiothérapies et grêles radiques. Il y a 40 ans. Puis j'enseignais : la théorie, la pratique, les "trucs de métier". J'ai encadré, en service. Puis la gestion des soins, des services. Plus question de toucher un patient. Je suis devenu financier, régulateur, dirigeant, inquisiteur. Je gérais. J'errais. Loin de l'infirmier que j'étais. J'ai tout jeté pour redevenir ce que j'étais, que j'avais jeté, avant, à tort : de nouveau infirmier. Maintenant on me calcule, me régule, me dirige, me contrôle. J'écris, je calcule, je limite, je suis (trop) prudent, je me méfie. J'essaie encore de soigner, de me passionner. Je cours, de plus en plus. Je gère, à nouveau. Au mieux, insatisfait car : pourrait mieux faire. S'il n'était seul, là où nous étions 4. Il y a 40 ans. Roxor (avatar forum)

Je me souviens de cette famille que j'ai accompagné vers le don d'organes de leur fils, frère, neveu. De cette maman qui, au moment de quitter sa chambre pour la dernière fois, m'a prise dans ses bras et m'a juste dit "merci" - Aurélie

Quand se souvenir ne suffit pas...

Oui, je me souviens des beaux moments, mais aussi quand, sur le moment, l'ambiance est tendue, les contrariétés nombreuses… Quand je rentre de vacances et que j y retourne à reculons… Je sais pourtant que dès que je serai "en soin", c'est-à-dire avec le patient dans cette relation singulière, plus rien ne viendra perturber cette relation. Ce qui m'anime, c'est être en progression constante, me former, encore et encore, et réintroduire ces nouveautés dans mes situations de soins, constater que cela améliore la qualité, que le patient me dit "c'est chouette ce que vous avez fait". Parfois c'est simplement une découpe un peu originale d'un adhésif qui viendra ajuster au mieux le pansement.

Je me souviens aussi parfois… de cette patiente très très très âgée qui en fin de soin alors que j'avais un torticolis m'a proposé de me masser le cou avec ses petits doigts fins et tremblants, avec son huile magique qu'elle conserve précieusement sous l'oreiller… Ce qui nous tient c'est bien cette relation très particulière que nous avons avec les patients, à qui nous expliquons, réexpliquons avec une patience inouïe… que nous écoutons avec une bienveillance étonnante… Parfois je me dis mais où vais chercher toute cette bienveillance, cette patience que je ne me connais pas à ce point dans ma vie personnelle ? Se souvenir est important, vivre encore plus important… Combien de fois ai-je failli quitter cette profession ? Combien de moments de lassitude, d'épuisement ?... Parfois c'est vraiment trop pour une seule personne ! Pierrette

Alors qu'il est souvent difficile de travailler dans de telles conditions, quand nous manquons d'humanité faute de temps, quand les supérieurs se voilent la face parce qu'il faut que ça tourne au lieu de nous soutenir et de chercher notre mieux être, il y a ces petits moments merveilleux de partage avec les résidents : un regard profond, un éclat de rire, un merci, un sourire, un bisous. Nika (avatar forum)

L’un des meilleurs métiers du monde en vaut bien la peine...

De cette dame, frêle, immobile, ne s’exprimant plus, la famille très peu présente, le médecin traitant complètement dépassé, et beaucoup de personnels ayant perdu leur humanité dans la pratique de leurs soins. De nombreux jours passent, je l’ai envoyé deux fois aux urgences ne trouvant pas de médecin pour se déplacer à son chevet, elle revenait encore plus affaiblie. Après demande de rendez-vous de l’équipe infirmière avec le médecin, celui-ci, face à mon insistance pour procurer des soins palliatifs à cette dame, nous donne une ordonnance de deux ampoules de morphine sur le coin de table en partant, ne voulant pas en faire plus, et nous signalant bien sûr la dépression respiratoire qui s’annonce suite à ça… Ma mémoire me fait défaut, mais aucun des infirmiers présents ce jour-là, n’ont appliqué cette prescription bien sûr. Puis mon week-end arrive, je prends mes jours de repos si je me souviens bien. Et en revenant à la transmission juste après mes repos, l’infirmière m’annonce le décès de cette dame. Déçu, mais soulagé pour elle, je souhaite tout de même en savoir plus sur les conditions du décès… J’ouvre le dossier patient informatisé… La patiente est décédée quelques heures après son dernier traitement contre la douleur : « 2 ampoules de morphine injectée. »

Je me souviens aussi de cet homme qui, suite à un AVC, s’est retrouvé alité, très agressif et presque immobile, les soins étaient difficiles, l’équipe souhaitait me tester, j’étais alors étudiant. J’ai établi une relation de confiance petit à petit et, après quelques semaines, ce Mr qui ne parlait plus, et frappait les soignants m’a remercié d’un chuchotement lorsque je suis venu lui dire aurevoir pour la fin de mon stage.

Je me souviens aussi de beaucoup d’autres remerciements, des sourires, du bien être que cela procure de se sentir bien là, à sa juste place, et aussi je me souviens des nombreux problèmes liés à la profession, les contrats scandaleux, les équipes démotivées, déshumanisées, les erreurs d’orientation de certains professionnels et enfin le manque de considération de la profession en règle générale. Il est temps de réinstaurer ces reconnaissances, ce respect de la profession ailleurs que dans l’image du grand public. Car dans les couloirs de l’hôpital, ce ne sont pas les mêmes ambiances qui règnent, l’un des meilleurs métiers du monde en vaut bien la peine. Youssef

Ce monsieur qui ne parlait plus, et frappait les soignants, m’a remercié d’un chuchotement lorsque je suis venu lui dire aurevoir pour la fin de mon stage.

« Donne tout ce que tu peux donner de ton humanité : un geste, un sourire, une présence »

Il était une fois… toutes les histoires commencent comme ça... la mienne c'était, je me souviens, du haut de mes quatre ans quand, ma grande soeur m'enregistre sur une cassette : tu veux faire quoi quand tu seras grande ? Et moi, je me souviens avoir répondu sans hésitation: infirmière ! Le parcours était jusque là long, très long ! Mais ma détermination à porter la blouse blanche était, je me souviens, d'acier ! Je me souviens d'un papa toujours motivant : C'est un beau métier, je suis fier de toi ma fille. Et une maman encourageante toujours là à me laver les blouses blanches salies par le dur labeur subi parfois par les élèves infirmiers ! Je me souviens avoir dit, à la première semaine d'école d'infirmière : Stop j'arrête ! c'est pas pour moi. Mais ma raison et mes amis (car on y trouve de vrais amis) m'ont ressaisie : Tu n'as pas tout sacrifié pour abandonner, alors continue et vois ! C'était, je me souviens, les meilleures années d'étude de toute ma vie !

Je continue mon chemin et me souviens de tous ces professionnels de santé qui transmettent leur savoir sans rien attendre en retour. Je me souviens de ces cadres qui donnent du punch pour aller de l'avant. Je me souviens de tous ces hôpitaux et services qui m'ont accueillie et avec qui j'ai dû nouer des relations puis les dénouer une fois le stage achevé.  Moi qui n'aimait pas les aurevoirs. J'ai fini par être diplômée major de promotion et quitter, je me souviens, très difficilement les bancs de mon école de Lyon. Je me souviens de mes camarades et me demande parfois : Que sont-ils devenus? Ont-ils continué ?

Je me souviens de ma première mission intérimaire en réanimation et je me disais : On me laisse autant de responsabilités, étant fraîchement diplômée ! Je me souviens que je n'étais pas la seule à penser cela. On a tous, un jour ou l'autre été étonné de se retrouver avec la vie de patients entre nos mains. Je me souviens de tous ces visages venant de toutes les nations confondues et de tous âges confondus.  La santé n'a pas de frontière, ni de discrimination et rien ne coûte un sourire.

Tous les jours, en mettant ma blouse, je me souviens me dire : donne tout ce que tu peux donner de ton humanité : un geste, un sourire, une présence.  Donne sans attendre en retour et n'oublie pas la phrase de ce cher Walter Hesbeen : Chaque être est unique, exceptionnel et irremplaçable. Jamila

Je me souviens de mes camarades et me demande parfois : "que sont-ils devenus ? Ont-ils continué ?"

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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