AU COEUR DU METIER

Soignants : à la recherche de la qualité perdue…

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Exercer dans le privé

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La qualité des soins poursuit sa dégringolade emportant le moral et l’engagement des professionnels de santé avec elle. Triste constat de la deuxième édition du baromètre 360 Médics où plus de 3500 professionnels de santé ont donné leur avis sur la qualité des soins. En effet, si déjà l’an dernier les données étaient inquiétantes, aujourd’hui elles sont plus qu’effrayantes !

Soignants : à la recherche de la qualité perdue…

La perception de la qualité des soins par les professionnels de santé est mauvaise. Les infirmiers sont les plus durs dans leur appréciation, d’après le baromètre.

Mauvais point pour la qualité des soins en France ! Les professionnels de santé, médecins comme infirmiers, lui attribuent une note particulièrement faible lors de l’enquête réalisée par 360 Médics en partenariat avec Egora. Déjà l’an dernier, le sondage avait montré une chute vertigineuse de la qualité des soins ressentie par les professionnels depuis 5 ans. Or, selon les chiffres, on se rapproche encore un peu plus du gouffre. Les médecins accordent un 5,8/10 à la qualité des soins contre 6,31/10 en 2018. Les infirmiers sont encore plus critiques, ils attribuent le score bien médiocre de 4,41/10, soit en dessous de la moyenne contre 5,11/10 l’année précédente. Pire encore, 99% des infirmiers en exercice jugent la qualité des soins en danger en France contre 92 % des praticiens.

Soignants : à la recherche de la qualité perdue…

Les résultats affolants de cette enquête reposent tout de même sur les réponses de 3578 professionnels de santé, c’est-à-dire 1270 médecins et étudiants en médecine et 2308 infirmiers ou étudiants en soins infirmiers. D’ailleurs étrangement, si les étudiants en médecine sont bien les plus positifs, les ESI ont bien conscience des réalités du métier qui les attend, leur note étant relativement similaire à celle des soignants en exercice.

Le navire hôpital public est en train de couler, avec le capitaine qui essaye de persuader que tout va et ira bien et l’orchestre qui continue à jouer - Médecin à exercice mixte, Grand Est.

Une dégradation bien visible

De manière générale, les professionnels de santé sont 89% à avoir observé une dégradation continue de la qualité des soins. Les infirmiers restent les plus alarmistes avec 94% des répondants mettant l’accent sur un délabrement des soins, ils étaient déjà 92% l’an dernier. Les médecins, plus modérés l’année précédente, ont rejoint l’opinion des soignants : ils sont aujourd’hui 88% à partager cet avis contre 77% en 2018.

Le système de santé défaillant pointé du doigt

Praticiens, infirmiers, salariés hospitaliers, professionnels libéraux, l’ensemble des participants à l’enquête sont tous d’accord concernant la cause première de cette situation : le système et surtout la surcharge de travail. Une problématique déjà fortement soulignée lors de la précédente édition et pour cause les conditions de travail deviennent intenables : Un infirmier pour 80 patients : c’est impossible de faire du travail de qualité ! Aux urgences c’est encore pire !, affirme un infirmier hospitalier, exerçant en Provence-Alpes-Côte d’Azur questionné lors de l’étude.

Fait remarquable, c’est auprès des infirmiers non hospitaliers que l’impact du surplus de travail est particulièrement considérable. Être à l’écoute des gens sur le terrain. Tout ce qui concerne la santé, les soins, ne doit pas être géré comme une usine. L’humain doit être au centre de nos préoccupations, explique un infirmier libéral, exerçant en Bretagne.

Le manque de moyens financiers et le bien-être et le moral des équipes soignantes sont les deux autres facteurs cités jouant un rôle majeur dans la chute de la qualité des soins. Ils arrivent cependant loin derrière la surcharge de travail.

Jeune diplômée très engagée dans la qualité de soins, j’ai dû quitter le milieu hospitalier pour me préserver moralement (et physiquement aussi) - Une infirmière hospitalière dans le Pays de la Loire.

L’engagement du personnel à bout de souffle

Les soignants sont à bout physiquement et moralement et continuent, pour le bien des patients et de leur famille, à faire tout ce qu’ils peuvent pour continuer leur métier dans les meilleures conditions possibles, argue un infirmier hospitalier d’Île-de-France.  Ainsi, jusqu’à présent même si la situation devenait de plus en plus intenable, les professionnels de santé restaient toujours aussi investis. Mais, pour la première fois, l’enquête révèle une baisse de leur engagement, une preuve de plus des tensions qu’ils subissent au quotidien. En effet, l’an dernier ce même baromètre démontrait qu’une majorité demeurait très engagée, alors que les données actuelles dévoilent qu’ils sont à présent plutôt moyennement engagés.

Plus précisément, 36% des infirmiers en exercice estiment être très engagés dans la gestion des connaissances soit 23% de moins par rapport à 2018 ! De même, lors de ce précédent baromètre les soignants se disaient très engagés dans la participation de l’amélioration de la qualité des soins, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Jeune diplômée très engagée dans la qualité de soins, j’ai dû quitter le milieu hospitalier (en clinique en l’occurrence) pour me préserver moralement (et physiquement aussi). Je pense que l’heure est grave, s’inquiète une infirmière hospitalière dans le Pays de la Loire. Vous avez dit ras-le-bol ?

Si encore récemment la France pouvait jouir d’une qualité des soins exemplaire qui demeure plébiscitée par le grand public, elle n’a cessé de se dégrader depuis quelques années. Jugée moyenne par les professionnels de santé, elle continue de baisser inexorablement. Les principales causes de cette chute restent systémiques, les contraintes structurelles poussant les soignants à s’investir toujours davantage pour pallier les défaillances mais jusqu’à quand ?

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (1)

Allo?_pital_?

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57 commentaires

#1

Nous l'avions déjà tous constaté, patients comme soignants.

Question : Au vu de nos taux d'imposition et prélèvements obligatoires... "Où va l'argent ?"

Dans les services nombre de professionnels répètent : "Le niveau Baisse !" ... "La réforme des études à tué la valeur du diplôme"...

D'un côté, Il y a des postes à pourvoir, des équipes en souffrance, en sous-effectif chronique et de l'autre, 8 millions de chômeurs, de RSA, sans compter les saisonniers et les précaires...

La Police, L'Armée, la Justice, le Carcéral, L'Enseignement, L'Hôpital, Les Services sociaux, etc... L'activité augmente inexorablement, la paperasse explose, la réunionite à contaminée toute la hiérarchie, d'ailleurs il y a de plus en plus de cadres... et parallèlement on diminue le personnel "agissant" au plus prêt et déjà en sous-effectif... les procédures et la traçabilité sont de plus en plus complexe et chronophage, L'informatique bug sans arrêt, il manque du matériel, les locaux sont vieux et mal entretenu... mais c'est de votre faute... vous n'êtes pas assez organisé, ni assez rapide...

Les formations initiales ont été démontées et prépare mal les futurs professionnels qui se retrouve en grande difficultés dés leur premier poste... et change de métier quelques années plus tard... déçu, dépité ou en burn-out !!

Bon Ben... y reste le Chocolat... équitable et bio... assurément...