PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Tiens, voilà les cow-boys du SMUR !

On a tous pensé, dit ou entendu cette petite phrase sarcastique dans nos services. Ils débarquent et tout le monde les remarque ! Leur tenue sérigraphiée SAMU renvoit à l’urgence, à l’adrénaline, aux sauveurs… Pas étonnant qu’ils se prennent pour des cow-boys !

Chapeau et bottes de cowboy

Il semblerait que l’on soit tous un peu des cow-boys ! Sauf que ceux du SMUR trainent leur stetson et leurs éperons au-delà des frontières de leur service.

Journée ordinaire dans un service de soin : la cadence est élevée, on a à peine le temps de prendre la main d’un patient pour le rassurer qu’il faut passer au pansement du suivant, à l’injection de deux autres et aux toilettes qui s’enchaînent. Les heures défilent, la vessie se remplit, l’estomac se tord et les jambes font mal. Le cerveau tourne à plein rendement parce qu’il faut penser à vingt choses à la fois et la vigilance doit être au rendez-vous : entre nos mains, ce sont des êtres humains dont il faut s’occuper.

Il faut préparer le monsieur de la 16 dont l’état s’aggrave depuis ce matin afin qu’il soit muter en réa dans un autre hôpital. Soudain, au bout du couloir, on les voit débarquer, les cow-boys du SMUR. Ce sont eux qui viennent chercher le patient pour le transférer. Le médecin cherche celui du service pour prendre connaissance du dossier. L’infirmière et le CCA entrent dans la chambre. Un coup d’œil, et la machine se met en marche : le KT rose posé le matin-même ne semble pas convenir à l’infirmière. Elle fait la moue…. Pour qui se prend-elle ? Ce n’est jamais assez bien, de toute façon ! Le CCA s’applique à préparer le transfert du patient, son installation et sa surveillance scopée. L’IDE repose une voie, demande des solutés pour changer les poches, alors qu’elles ne sont même pas vides, pose des questions sur l’état du patient : quelle est sa tension ? Est-elle stable ? Combien de remplissage ? Depuis combien de temps est-il tachycarde ? Il est apyrétique ? A-t-il mal ? un dextro ?…

Soudain, au bout du couloir, on les voit débarquer, les cow-boys du SMUR. Ce sont eux qui viennent chercher le patient pour le transférer.

Evidemment, elle est directive, il faut faire vite, et elle n’est pas très bavarde. Mais dans sa tête, elle est déjà ailleurs. Elle se projette et imagine bon nombre de scénarii : la tension du patient n’est pas stable, il me faut une deuxième voie de bon calibre s’il faut le remplir, et une voie dédiée aux amines si nécessaire. Ce n’est pas pendant qu’on sera en vol à 300km/h que je pourrai faire ça. Il faut l’anticiper. Si le médecin me demande de le remplir, mes perfusions doivent être pleines et les voies d’abord fonctionnelles. Penser au bavu… à l’ampoulier…

Alors c’est vrai que quand l’équipe du SMUR débarque dans un service, on pourrait presque imaginer la scène d’un film américain à gros budget, ralenti à l’appui, genre Armageddon quand les mecs avancent, prêts à sauver le monde ! Les héros ! MDR...

Pourtant, à la base, on est tous des soignants. Lorsqu’ils ne sont pas IADE, les infirmiers du SMUR ont le même diplôme que les autres. Alors qu’est-ce qui leur permet d’avoir cette assurance du cow-boy et de l’afficher de cette façon ?

Si les équipes du SMUR renvoient cette image, c’est peut-être parce qu’à un moment, on leur a imposé ce rôle. C’est peut-être parce que lorsqu’ils sont envoyés sur la noyade d’un enfant de 3 ans, un AVP ou encore un arrêt cardiaque, ils n’ont pas le droit de faillir. On leur demande d’être efficaces, rapides et concentrés. Ils doivent analyser une situation, savoir quoi faire et le faire vite, mais sans précipitation. Parce que lorsqu’une équipe du SMUR est dépêchée sur une urgence vitale, il se passe quelque chose dans la tête des proches présents sur les lieux qui placent tous leurs espoirs dans cette équipe. « Ca y est, le smur est là, il y a le médecin et ils ont le matériel nécessaire pour le sauver ». Cet espoir est presque palpable dans certaines situations. Même si les gens présents peuvent pressentir la gravité de l’état de santé de leur père, leur mère, leur enfant, leur ami, il est dans la nature humaine de garder un espoir, jusqu’au bout et la phase d’acceptation prend un certain temps. Et dans ces cas-là, on est loin d’être des cow-boys. Parce que cet espoir-là peut se transformer en fardeau quand on croise le regard du médecin et du CCA et que l’on comprend que la situation est irrécupérable. On a tout tenté mais la dure réalité nous frappe en plein visage. Elle est crue, elle est violente parce qu’on la vit en même temps que les gens présents sur les lieux. Et, eux, ne sont pas préparés à la violence de cette réalité.

La vitesse, la montée d’adrénaline font partie intégrante du quotidien du smuriste. Le côté moins glamour du pré-hospitalier, c’est que l’on intervient à peu près partout, et cela peut laisser des traces.

Loin des chambres aseptisées d’un hôpital, le travail en pré-hospitalier nous amène à intervenir dans des lieux  très divers. Il faut bien avouer que cela rend le job intéressant. Lorsque la mission tombe, on se prépare avec le peu d’information que l’on a. La vitesse, la montée d’adrénaline font partie intégrante du quotidien du smuriste. Le côté moins glamour du pré-hospitalier, c’est que l’on intervient à peu près partout, et cela peut laisser des traces. Impossible de toujours prendre du recul comme on peut passer les portes de l’hopital en rentrant chez soi. Ces lieux, c’est l’intimité de l’appartement d’un vieux couple, un bout de campagne où l’on peut randonner avec toute sa famille, une rue où l’on aime flâner, une route que l’on emprunte pour emmener ses enfants à l’école, un magasin où l’on fait ses courses, une autoroute empruntée pour partir en vacances…

Cela laisse des traces différentes qu’en milieu hospitalier parce que toutes ces interventions restent associés à ces lieux. Elles restent là, dans nos têtes et peuvent se rappeler à nous à chaque fois que l’on passe dans ces lieux sans notre tenue blanche.

Les soignants du SMUR ne sont pas spécialisés en oncologie, en gériatrie, en cardiologie, en pédiatrie, en neurologie, mais doivent toujours s’adapter à ce qui va se présenter comme situation d’urgence. En pré-hospitalier, on n’a pas le confort de l’hôpital, pas d’intimité, un matériel limité, un seul médecin, une seule infirmière. C’est ce qui fait la force de cette équipe de trois personnes : on compte les uns sur les autres, tout métier confondu, avec le soutien de tout ceux qui oeuvrent autour : les pompiers, les infirmiers et aide-soignants des services où l’on intervient, les médecins généralistes parfois présents, les secouristes…

Alors c’est vrai qu’au SMUR, on se prend parfois pour des cow-boys, finalement parce qu’à côté des situations tragiques rencontrées, on arrive aussi à maintenir la vie, dans des conditions de pratique ou des lieux presque inimaginables. On parvient à stabiliser des blessés pour les emmener sur une table d’opération, à récupérer un cœur arrêté ou à permettre à des parents de prendre dans leur bras leur enfant né bien trop rapidement, à sauver des vies.

On compte les uns sur les autres, tout métier confondu, avec le soutien de tout ceux qui oeuvrent autour...

Est-ce qu’on a la grosse tête ? Parfois, oui ! Mais au fond, on essaie juste de faire au mieux ce pour quoi on nous missionne : l’urgence ! Tout comme l’infirmière qui reste au chevet de son patient jusqu’à la fin, celle qui prend le temps d’éduquer une personne au soin de sa récente stomie, ou celle qui accompagne une famille démunie lors de l’annonce d’un décès. Tout comme l’aide-soignante qui prend le temps d’aider une personne âgée en perte d’autonomie, celle qui accueille avec bienveillance un patient avant une lourde intervention, celle qui effectue des toilettes avec toujours autant de respect pour la personne soignée.

Alors, il semblerait que l’on soit tous un peu des cow-boys ! Sauf que ceux du SMUR trainent leur stetson et leurs éperons au-delà des frontières de leur service.

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Commentaires (2)

binoute1

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578 commentaires

#2

merci pour ce texte

j'ai quelques bémols

« Alors qu’est-ce qui leur permet d’avoir cette assurance du cow-boy et de l’afficher de cette façon ?
Si les équipes du SMUR renvoient cette image, c’est peut-être parce qu’à un moment, on leur a imposé ce rôle » --> le problème c'est que tous les agents smur ne sont pas ainsi, donc il y a quand même une belle composante personnel de certains qui pensent sortir de la cuisse de ( c'est plus Jupiter il a fait de la politique maintenant)

« Les soignants du SMUR ne sont pas spécialisés en oncologie, en gériatrie, en cardiologie, en pédiatrie, en neurologie, mais doivent toujours s’adapter à ce qui va se présenter comme situation d’urgence. En pré-hospitalier, on n’a pas le confort de l’hôpital, pas d’intimité, un matériel limité, un seul médecin, une seule infirmière. » --> eh bien alors ! que dire de l'IDE d'ehpad, qui n'a même pas le médecin ;) IDE d'ehpad ou IDEL rebellez-vous !

Learf

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1 commentaires

#1

Voila les Cow-boys tout court !

On retrouve le même genre de réaction vis à vis des infirmier(e)s des différentes réanimation également (tout du moins sur mon hôpital).
C'est le cas lorsque nous nous rendons sur un appel d'urgence pour prendre en charge un patient en dehors des murs de la réanimation).

Ce genre d'attitude ne se fait pas à sens unique, les IDE en réa on tendance également a dénigrer les IDE des services d'hospitalisation conventionnelles de leur propre structure,
Le manque d'empathie peut en être la cause, on ne cherche pas à se mettre à la place de l'autre on préfère lancer des critiques faciles, on se dit qu'on est meilleur que le confrère qui a pris en charge le patient avant nous, qui prendra le patient après nous.

Impossible de dire si ces jugement, ces à-priori sont justifiés, mais ils sont bien présents, ont la peau dure et la belle vie !

(Petit mots d'un infirmier de réanimation)