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La recherche paramédicale : un espace de liberté et de créativité pour les soignants

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Recherche en soins infirmiers

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Une recherche clinique paramédicale intégrée, pluridisciplinaire, portée à l'innovation, mais aussi un espace de liberté qui redonne du sens aux métiers du soin…La 26e Journée scientifique soignante du CHU de Toulouse s’est vue revigorante et enthousiasmante.

La recherche paramédicale

L'équipe ressource régionale douleur et soins palliatifs pédiatriques de l'hôpital des enfants au CHU de Toulouse évalue l'effet de séances de réalité virtuelle (RV) sur la consommation cumulée en équivalent morphine en postopératoire chez des adolescents de 13 à 18 ans.

On vit un tournant de la recherche paramédicale (explosion des revues au niveau mondial…). J’y vois deux raisons : d'une part cela interroge nos pratiques par la méthode scientifique, d'autre part, la recherche est un facteur d’attractivité pour les soignants acteurs de leur pratique a observé le Pr Olivier Lairez, directeur de la recherche et de l'innovation au CHU de Toulouse en préambule de la 26e Journée scientifique soignante de l'établissement qui avait pour thème Relever les défis de santé publique par l'innovation paramédicale. Démonstration au travers de trois présentations exposées à l'occasion.

La moxibustion comme soin de support chez les patients atteints de MICI

Interroger ses pratiques, c'est notamment ce à quoi s'emploie une équipe soignante du centre hospitalier de Bigorre (Tarbes) en se demandant comment améliorer la qualité de vie de ses patients atteints d'une forme sévère de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI : rectocolite hémorragique et maladie de Crohn). Alors que la moxibustion, médecine chinoise traditionnelle apparentée à l'acupuncture a déjà montré des bénéfices en phase pré-clinique (baisse de l'inflammation et des symptômes : fatigue, crampes, selles liquides, douleurs), son utilisation peut-elle être dans ce contexte un soin de support intéressant en complément des traitements médicamenteux ? Au lieu d’utiliser des aiguilles (acupuncture), nous utilisons un cône de moxa au charbon qui vient chauffer le point pour stimuler les énergies. En médecine chinoise, le patient est en effet pris en charge dans sa globalité, avec un équilibre entre le yin (mal-être) et le yang (lumière, soleil) a expliqué Mélanie Fesquet, cadre de santé, dans le service de médecine de jour oncologie de l'établissement. Et d'ajouter : Les infirmiers et les aides-soignants du service sont formés deux jours durant sur les points d’acupuncture mais surtout sur la bonne utilisation de l’outil (cône), car il y a un risque de brûlure.

Si pour l'heure ce projet de recherche clinique1 n'a pu aboutir, nous poursuivons la pratique de la moxibustion sur les patients accueillis dans le service a indiqué Mélanie Fesquet. De plus, à leur demande et pour ces derniers, des plages de consultation externes ont été ouvertes afin qu'ils puissent en bénéficier plus régulièrement et nous réalisons une évaluation (indicateurs) à chaque séance afin de mesurer les effets de la moxibustion. Et la cadre de santé de conclure : Nous retravaillons le projet pour pouvoir le présenter de nouveau lors d'un appel à projets en recherche clinique.

Les infirmiers et les aides-soignants du service sont formés deux jours durant sur les points d’acupuncture (utilisés dans la Moxibustion) mais surtout sur la bonne utilisation de l’outil (cône), car il y a un risque de brûlure.

La réalité virtuelle pour diminuer la consommation d'analgésie chez les adolescents opérés de scoliose

Même volonté d'interroger ses pratiques afin d'améliorer la prise en charge pour l'équipe ressource régionale douleur et soins palliatifs pédiatriques de l'hôpital des enfants au CHU de Toulouse, où près d'une centaine d'opérations de scoliose idiopathique en pédiatrique y sont pratiquées chaque année. Avec son étude Viragess2 (appel à projets interne), celle-ci souhaite en effet évaluer l'effet de séances de réalité virtuelle (RV) sur la consommation cumulée en équivalent morphine en postopératoire chez des adolescents de 13 à 18 ans. Car à ce jour, si cette technique non médicamenteuse a déjà des résultats sur les douleurs procédurales pédiatriques (méta-analyse 2020), il n'existe en revanche aucune publication pédiatrique en postopératoire des scolioses pédiatriques. Le casque utilisé (outil choisi pour la cible ado) est particulier ; il peut se porter en position allongée. Avec un programme douleur enfant de relaxation, un travail sur la respiration, les enfants choisissent un univers (plongée sous-marine, voyage cosmique, plage…) ; un accompagnement vocal est également associé a indiqué Servane Le Goas-Uguen, infirmière anesthésiste de l'équipe et investigatrice de la recherche. Si l'étude démontre un meilleur contrôle de la douleur postopératoire des patients opérés de scoliose idiopathique, les casques de RV pourraient alors être inclus dans la prise en charge antalgique standard. À noter : une analyse médico-économique coût/efficacité est en outre prévue (coût important lié à la consommation antalgique et morphinique majeure). Pour l’heure, l’inclusion des premiers patients opérés d'une chirurgie pour scoliose idiopathique a démarré.

Le casque utilisé est particulier ; il peut se porter en position allongée. Avec un programme douleur enfant de relaxation, un travail sur la respiration, les enfants choisissent un univers (plongée sous-marine, voyage cosmique, plage…) ; un accompagnement vocal est également associé

Méthode Snoezelen, sophrologie et EFT pour améliorer l'environnement du soin

Dernier focus sur un retour d'expérience haut en couleurs et en senteurs. Au départ, je m’étais mis de la musique pour mon écoute personnelle mais en fait les patients en ont profité et j'ai eu de très bons retours de leur part. C’est ainsi que le projet a démarré. Même chose avec la lumière que je trouvais très agressive, raison pour laquelle j'ai demandé des ampoules halogènes, a raconté Lydie Castello, infirmière au sein de la consultation du service ambulatoire des médecines et maladies infectieuses. Mais c'est aussi l'enchaînement de prélèvements sanguins (actes répétitifs), le besoin de redonner du sens, qui l'ont fait réfléchir à sa pratique et… à créer des box détente afin que la prise en charge émotionnelle des quelque 500 patients mensuels accueillis au sein de la consultation soit plus confortable et que leur anxiété diminue3. De fait, près de 20% d'entre eux se révèlent notamment moyennement ou très anxieux du fait notamment de l'attente prolongée, de la proximité avec d’autres patients, de l'annonce ou de la recherche d’un diagnostic, de l'austérité des salles de soins, des nombreuses consultations, des retards et imprévus. Or comme l'a souligné Patrick Javel, directeur des soins et modérateur de la matinée, les actes de soins ne se réduisent pas à un soin mais bien à une attention, à une intention.

Et Lydie Castello de poursuivre : Nous nous sommes appuyés sur la méthode Snoezelen, une démarche d’accompagnement privilégiant la notion de prendre soin, la sophrologie et l'Emotional Freedom Techniques (EFT)4. A savoir, une pratique psychocorporelle qui, en stimulant du bout des doigts des méridiens particuliers, permet de pallier rapidement les émotions envahissantes.

Diffusion de musique mais aussi d'huiles essentielles (diffusion sèche, avec propriétés apaisantes), éclairage modulé, décoration mobile à oiseaux, phrases positives inscrites sur un tableau, colonnes à bulles de couleur changeante (stimulation visuelle), toucher, box équipés de lits d’examens afin de rendre le geste de prélèvement moins douloureux et offre de café, tisanes, thé avant ou après le prélèvement, l'ensemble des cinq sens a ainsi été pris en compte. Les résultats de deux enquêtes réalisées à l’été 2021, l’une auprès des médecins (21), l’autres auprès des patients (134 questionnaires) ont été très positifs de part et d'autre. Toutefois, quelques limites sont à pointer : intérêt de l'aromathérapie amoindri par le port du masque, restriction du "créatif" du fait de certaines normes réglementaires, méconnaissance de la méthode par certains médecins, état d’esprit à impulser (nécessité de sensibiliser l’équipe, institutionnaliser le projet, réunions interéquipes d’information et de partage)… a noté l'infirmière. Enfin, tout en souhaitant que ce projet perdure et qu'il essaime sur tout le plateau ambulatoire, cette dernière a indiqué être à la recherche de mécènes et d'outils supplémentaires (enceintes connectées pour diffuser uniformément la musique, peintures murales, plantes artificielles, vidéos en accord avec la musique diffusée… À bon entendeur.

  1. Étude Moxamici non retenue à l’appel à projets interrégional recherche en soins (APPIRES) du Groupement Interrégional de Recherche Clinique et d’Innovation Sud-Ouest Outre-Mer Hospitalier (GIRCI-SOHO)
  2. Étude contrôlée randomisée monocentrique

valerie.hedef @orange.fr

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