FORMATION

Entretien avec la conseillère pédagogique régionale en soins (PACA - Corse)

Infirmiers.com remercie Françoise Aubry, conseillère pédagogique régionale en soins (CPRS) de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS) de la région Provence Alpes Côte d’azur et Corse (PACA - Corse), de nous recevoir pour présenter sa fonction et répondre à nos questions.

Avant d’occuper ce poste, quel a été votre parcours professionnel ?

Mon déroulement de carrière est le suivant :

  • DE en 1967, infirmière 7 ans en chirurgie
  • Puéricultrice 5 ans en néo-natal
  • Cadre pédagogique en IFSI 12 ans
  • Cadre soignant en mission transversale (qualité des soins) 6 ans
  • Directeur des soins, directrice d'IFSI 7 ans
  • Conseillère pédagogique régionale en soins DRASS PACA et Corse 2,5 ans.


Est-ce que toutes les régions de France ont une CPRS au sein de la DRASS ?

Presque toutes les régions de France ont une CPRS, surtout pour les régions où un nombre important d'écoles ou instituts de formation paramédicaux existent.
Ainsi, certaines régions ont une CTRS (conseillère technique régionale en soins) qui cumule les 2 fonctions en raison du nombre réduit d'instituts de formation.

Par contre d'autres régions sont en cours de recrutement, ou bien faute de candidats n'ont pu être pourvues, comme la région Aquitaine

Depuis quand cette fonction est-elle présente dans les DRASS ?

La fonction de conseiller(e) technique régional(e) (CTR) a été mise en place au sein des DRASS en 1986. C'est le décret du 19 avril 2002 portant statut particulier du corps des directeurs des soins de la fonction publique hospitalière qui a officialisé cette fonction en même temps qu'il créait les postes de conseiller(e) pédagogique régional(e) (CPR). Le/la CPR est donc une fonction toute récente.

Qui peut postuler pour ce type de poste ?

Le décret précise que ne peuvent postuler que les directeurs des soins de 1ère classe, ce qui implique nécessairement une expérience de directeur des soins.
Une expérience dans le domaine de la formation représente un atout supplémentaire, mais non réglementaire.

Quelles sont les missions de la CPRS ?

Le/La CPRS exerce des missions de conseil, d'expertise, d'animation régionale, de coordination et de communication dans les domaines suivants:

  • politique nationale de formation :
    • participation à l'élaboration et à la mise en œuvre du schéma régional des formations paramédicales ;
    • avis sur les quotas d'entrée et les capacités d'accueil des instituts et écoles publiques et privés ;
    • étude sur le « devenir » des parcours des professionnels paramédicaux à l'issue de leur formation.
  • conformité de la réglementation française et européenne en matière de formation :
    • avis pédagogique sur les dossiers d'autorisation d'ouverture et/ou d'agrément des instituts de formation et sur la nomination des directeurs d'Instituts ou écoles ;
    • vérification de l'application de la réglementation relative à l'appareil de formation paramédical ;
    • participation aux missions d'inspection et de contrôle des instituts et écoles, mission d'audit ;
    • participation en qualité de président ou de membre aux conseils techniques et pédagogiques, aux jurys de choix des sujets des concours d'entrée, aux concours et/ou d'examen, aux commissions de contrôle des écoles spécialisées en puériculture, aux commissions régionales spécialisées (reconnaissance des diplômes européens et/ou équivalences, et commissions régionales ad hoc selon la réglementation en vigueur)
    • conseil et aide pour la démarche de certification...
  • promotion de la qualité et de l'harmonisation des formations et développement de la circulation de l'information :
    • renfort de l'ingénierie des formations et accompagnement de l'évolution des métiers par l'évaluation de la qualité des formations ;
    • élaboration d'indicateurs pour le suivi de la mise en œuvre des programmes et des projets de formation ;
    • vérification de l'enseignement aux besoins et structures de santé ;
    • promotion et animation de groupes de réflexions et de recherche sur les pratiques pédagogiques et diffusion de travaux régionaux ;
    • appui technique et participation à la mise en œuvre et au suivi des VAE sanitaires et dispositifs particuliers (apprentissage, LMD)...

 

Sur le plan hiérarchique quelle est votre position ?

Comme la fonction l'indique, le/la CPRS assure la fonction de conseiller du DRASS (directeur régional des affaires sanitaires et sociales) et à ce titre est placé directement sous l'autorité hiérarchique du DRASS et travaille en étroite collaboration avec les autres CPRS en région, la CPRS nationale (DHOS) et la DHOS.

Quels sont vos subordonnés ou les personnes avec lesquelles vous entretenez des relations étroites de travail ?

La notion de subordonné est impropre. Cette mission s'exerce seule, sans l'appui technique d'un secrétariat, ce qui signifie que nous assurons l'intégralité de la gestion des dossiers qui nous sont confiés y compris le secrétariat et la gestion de l'agenda.
Cette mission est également en interrelation étroite avec le service des professions sanitaires et sociales de la DRASS PACA qui délivre les diplômes et pour lequel un certain nombre de dossiers en commun nécessitent une collaboration étroite.

Quelles sont les questions qui vous sont le plus fréquemment posées ?

Les questions les plus fréquentes portent sur des questions de réglementation des formations qui nécessitent clarification. Ces questions émanent aussi bien de la part des directeurs d'instituts ou écoles de formation que de la part des étudiants ou élèves (parents y compris).

On lit souvent sur notre forum les déceptions des candidats au concours ou aux épreuves du DEI. Et avant même qu'il y ait un minimum de remise en question personnelle on entend parler de recours. Est-ce que vous êtes saisie de nombreux recours et si oui, ces recours sont-ils profitables aux demandeurs ?

Peu de recours nous arrivent. En tout état de cause, du point de vue juridique le jury qui a délivré les notes est considéré souverain, il ne peut donc être remis en cause. Néanmoins, si un certain nombre de plaintes récurrentes émanent d'un même institut/école alors il peut être conduit une mission d'inspection.

Vous avez commencé votre parcours comme infirmière. Aujourd'hui, en tant que CPRS vous êtes amenée à travailler avec toutes les professions paramédicales et pas seulement la filière infirmière. Est-ce facile, ou difficile, de travailler, sur les problématiques de formation des différentes professions paramédicales ?

Il n'y a aucune difficulté à travailler avec l'ensemble des formations paramédicales. Ma mission porte essentiellement sur l'application de la réglementation de ces formations et sur l'amélioration de la qualité des formations conduites, chacun restant expert dans son domaine. Travailler avec l'ensemble des filières est plutôt enrichissant et fonctionner sur une relation de confiance est néanmoins primordial.

La profession infirmière est actuellement au centre d'un grand nombre de réformes, notamment pour la formation. Comment expliquez-vous cette nécessaire évolution de la formation infirmière ?

Le monde évolue, la formation aussi ! Elle ne peut rester sur le modèle des années 60. La fonction infirmière a grandement évoluée ces dernières années. Il est légitime que la formation évolue également et reconnaisse le niveau d'expertise nécessaire pour répondre aux besoins de santé des personnes soignées d'aujourd'hui. Les formations paramédicales ne peuvent indéfiniment rester cantonnées à des formations de bas niveau, il y a urgence à développer le système LMD, pour maintenir et améliorer la qualité des prestations de soins.


Quels sont les principales difficultés pour mettre en place ces réformes ? Que dire ou répondre aux étudiants ou aux formateurs qui s'inquiètent du calendrier serré annoncé ?

Ces réformes doivent être pensées au sens européen, elles impactent bien évidemment de nouvelles modalités budgétaires, d'où la nécessité de prendre du temps pour bien concevoir les nouvelles orientations et travailler en collaboration (chose nouvelle) inspection générale de la santé et éducation nationale.
Les IFSI ont été tenus informés au fur et à mesure de l'avancement des travaux au cours de l'année 2007/2008, à charge à chacun d'anticiper l'avenir ou d'attendre la parution des textes.
Aujourd'hui, il ne fait plus de doutes que pour se préparer aux réformes annoncées les équipes doivent raisonner en termes de pédagogie de la compétence et non en termes de pédagogie de contenu. La date butoir annoncée pour la réforme des études Infirmier est la rentrée de septembre 2009, les équipes ont donc du temps pour se former (formation continue) à ce changement de paradigme de formation. Par ailleurs, le conseil de l'ordre infirmier national devrait pouvoir se prononcer sur la réforme des études et proposer des amendements si besoin est, avant sa finalisation.

Vous travaillez en étroite collaboration avec le conseiller technique régional en soins, plutôt en lien avec les établissements de soins. Cette collaboration entre formation et terrain vous paraît-elle indispensable ?

Il est apparu essentiel à tous les deux de travailler en étroite collaboration, nos missions étant complémentaires; professionnalisme et formation ne peuvent être dissociés, l'un interagissant sur l'autre et inversement. Nous co-animons des groupes de travail et de réflexion en région, montrant l'importance et la nécessité de cette collaboration étroite entre le terrain des soins et le terrain de la formation. Les journées régionales d'information et d'échange que nous organisons sont l'exemple de cette étroite collaboration spécifique en PACA.

Dans les différents groupes de travail mis en place en région PACA que vous pilotez, vous tenez à ce que chaque intervenant des filières de formation, étudiant compris, participent aux travaux ? Quel est l'avantage de ces travaux collectifs ?

Ces travaux rentrent dans le cadre de nos missions « animation régionale de groupes de réflexion et de recherche » et la parité soignant, enseignant, étudiant est essentielle pour avoir le point de vue de chacun des partenaires impliqués dans l'amélioration de la qualité des soins. La production d'un groupe pluri-appartenant est très productive, puisqu’à partir de sa place, chacun apporte son éclairage et sa contribution, rendant beaucoup plus pertinentes et légitimes les recommandations qui sont alors émises.


Quels sont les conseils que vous donneriez à un candidat à l'entrée dans un institut de formation infirmier aujourd'hui ? Comment voyez-vous l'infirmière de demain ?

Pour un candidat qui s'oriente vers la profession d'infirmier, il est essentiel qu'il se documente bien sur l'exercice infirmier et les responsabilités professionnelles que cela implique. Il doit s'attendre à fournir un travail soutenu et suivi pendant ses études. Ainsi, il doit être en capacité à se positionner en futur professionnel et acquérir les compétences indispensables à un exercice professionnel de qualité. La transition cursus scolaire, cursus professionnel est parfois difficile, c'est avant tout une question de maturité personnelle.
L'infirmier de demain sera un professionnel de la santé incontournable, il présentera un haut niveau de compétences et une ouverture aux problématiques de santé de son pays et/ou de son territoire de santé ainsi qu'une posture professionnelle lui permettant d'apporter sa contribution légitime et reconnue, en équipe pluridisciplinaire à l'amélioration continue de la santé de ses concitoyens.

Un grand merci pour vos réponses et cette présentation exhaustive de votre fonction.

Webographie

  • Décret du 19 avril 2002 portant statut particulier du corps de directeur des soins de la fonction publique hospitalière
Creative Commons License
Rédacteur Infirmiers.com
jerome.clement@infirmiers.com

Publicité

Commentaires (0)