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Entretien avec Michel Nadot : pour une science issue des pratiques

Cet article fait partie du dossier:

Compétences infirmières

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À partir d’une observation rigoureuse des activités des infirmières à l’hôpital et d’une recherche historique fouillée, Michel Nadot a fondé un modèle des soins infirmiers qui ne privilégie pas la relation à la personne malade, mais insiste sur le service rendu à celle-ci, au corps médical et à l’institution. Pour lui, les infirmières sont des médiologues de la santé, expertes de la complexité quotidienne des activités liées au soin. Ses travaux contribuent à fonder une science issue des pratiques.



Michel Nadot, inf. Ph D, est professeur d’histoire et d’épistémologie en sciences infirmières, responsable recherche et développement au sein de la filière infirmière de la Haute école de santé de Fribourg (Suisse), professeur associé à la faculté des sciences infirmières de l’université Laval à Québec (Canada), chargé de cours en philosophie des sciences à la faculté de biologie et de médecine (IUFRS) de l’université de Lausanne (Suisse).


Toutes les théories des soins infirmiers reposent sur la relation entre l’infirmier(e) et la personne soignée, en faisant l’hypothèse qu’elle est particulière. Vous proposez un modèle plus complexe, dans lequel l’activité infirmière se situe dans trois grands champs de pratiques, dont cette relation n’est qu’un aspect.

Michel Nadot : D’une manière générale, les infirmières ont commencé à théoriser leurs pratiques dans les années 50, en partant de la personne malade et des relations qu’elles entretiennent avec celle-ci. Par la suite, toutes les théories infirmières ont été fondées là-dessus. Or il ne s’agit que de l’un des trois grands champs culturels qui organisent leurs pratiques : le service rendu à la personne soignée. Les deux autres champs sont le service rendu à l’institution dans laquelle elles travaillent et le service rendu au corps médical.

Ces deux champs culturels qui, implicitement ou explicitement, délèguent des pratiques « prescriptives » sont la plupart du temps ignorés par les intéressées elles-mêmes. Ainsi, la piqûre que fait une infirmière est un service rendu au médecin qui, en ayant le pouvoir de lui déléguer cette tâche, s’épargne de la faire et gagne du temps ; mais elle est regardée comme un service rendu au malade. Par ailleurs, l’infirmière réalise une foule de tâches quotidiennes qui relèvent de la gestion, du management, de la transmission d’informations, etc, et permettent à l’institution de fonctionner.

Les infirmières passent constamment d’un de ces champs à l’autre. Ce sont des intermédiaires culturelles, des expertes en mobilité et en coordination d’informations multiples. C’est pour cela que je préférerais que le terme infirmière soit remplacé par celui de médiologue de santé.Vos travaux ont ceci de particulier qu’ils sont basés à la fois sur une observation très fine et très minutieuse des activités professionnelles des infirmières et sur une...

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Commentaires (11)

serge cannasse

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77 commentaires

#11

le mythe infirmier

Un point de vue sur le livre de Michel Nadot : le mythe infirmier

https://www.infirmiers.com/ressources-infirmieres/documentation/a-lire-ni-nurse-ni-nonne-le-mythe-infirmier.html

scannasse

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8 commentaires

#10

adresse

si je donne l'adresse du topic, c'est quand même mieux !!! :-)
https://www.infirmiers.com/forum/profession-infirmiere-ide-f3.html

scannasse

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8 commentaires

#9

forum : profession infirmière, un métier de service ?

ça y est ! un forum vient d'être créé par Sophie, la webmaster d'Infirmiers.com : c'est donc là que nous allons discuter à présent, si vous en êtes d'accord !
bien cordialement

navcaz

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3 commentaires

#8

...

Cela serait très interessant en effet... J'aime beaucoup votre idée de la fonction et de ses abus.. Peut être qu'en me concentrant sur les abus, je finis par rejeter la fonction elle même... Cela mérite une réflexion de ma part!!

serge cannasse

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77 commentaires

#7

merci à vous

merci de me donner l'occasion de préciser quelques points qui me semblent importants. en gros, la différence entre une fonction (servir) et un usage abusif de la fonction (par exemple, se faire servir). et si nous ouvrions un forum sur le sujet ?

navcaz

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3 commentaires

#6

Merci!!

Merci d'avoir pris le temps de me lire et de comprendre ce que j'ai voulu dire!

Évidemment, mon intervention avait pour but de faire réagir, et avoir une réaction argumentée comme la votre est très appréciable.

Ce que je voulais souligner, c'est qu'étudier l'histoire de la création des soins infirmiers et des hôpitaux est intéressant, mais nous enferme dans un carcan historique justement où les représentations que nous avons de l'infirmier sont proches de la vision de la bonne sœur...

Ensuite, je comprend votre réaction quand je dis que je ne suis pas au service de. Je ne dégrade pas cette notion, même si elle l'est souvent dans nos représentations, vous avez raison sur ce point. Je peux accepter la notion de rendre service pour les patients, cela mérite une réflexion plus poussée de ma part.

Ce que je voulais relever, c'est que la notion de rendre service a de nombreux tiroirs. Préparer les dossiers du chirurgien qui fait sa visite, c'est rendre service; mettre sur le devant du dossier le bilan si il est perturbé, c'est rendre service; lui servir un café, c'est rendre service?

De même pour l'institution, travailler pour elle c'est lui rendre service; ne pas se faire payer ses heures supplémentaires ou accepter des conditions de travail déplorables c'est rendre service?

Toutes les idées nobles ont leurs limites, et pour moi le service atteint sa limite lorsqu'on parle de personnes qui travaillent les unes avec les autres.Il ne viendrait à l'idée à aucun infirmier (du moins je l'espère) de considérer que les AS sont là pour, entre autre, leur rendre service sous prétexte qu'elles effectuent des soins sous notre responsabilité (cf code de la santé publique).

Voila j'espère avoir précisé ma pensée!
Merci de votre réaction.

scannasse

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8 commentaires

#5

mais oui !

Le travail de Michel Nadot est intéressant notamment parce qu'il ne propose pas une vision normative du travail infirmier (ce qu'il doit ou devrait être), mais descriptive (ce qu'il est effectivement). Il montre ainsi que l'infirmière en fait plus et mieux que ce qu'en pensent non seulement les autres, mais bien souvent elle-même.

Il montre aussi que ce travail est ancien et qu'il est lié à l'histoire de l'hospice, qui, pour faire court, ne devient hôpital que lorsque les médecins s'en emparent. Ce travail est depuis des siècles un travail de garde et de protection des gens "dans le besoin" et des lieux qui les accueillent.

C'est justement la significatoin de la racine "ser" qui a donné "servir", "service" (service hospitalier), serveur de restaurant, mais aussi préserver, entre autres (voir le Robert historique, toujours passionnant). Il n'y a rien de dégradant à "servir". En revanche, les métiers et fonctions de service ont été "dégradés" comme moins honorables que d'autres. La racine ser a aussi donné "serf" : esclave.

Comme disait Boileau : "il n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens". Toute la problématique du "care" développée par Joan Tronto s'articule autour de la reconnaissance de la dignité des métiers "de service", et non autour d'une rhétorique compassionnelle qui appartient à un "sentimentalisme" (pour reprendre votre mot) que je trouve plutôt écoeurant et hors sujet.

Oui, les infirmières sont des professionnelles, qui travaillent avec des médecins (mais elles leur rendent aussi service) dans des institutions (à qui elles rendent service), au service des malades. Servir est une belle idée, ancienne, et noble. Elle n'implique aucune vocation du genre "bonne soeur" !

infirmier66

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14 commentaires

#4

Analyse très fine!

Voilà qui va nous permettre de justifier notre demande d'augmentation!

navcaz

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3 commentaires

#3

oui, mais...

Cet article m'a intéressé, et m'a interpellé. Montrer la complexité du travail infirmier et toutes ses facettes est toujours intéressant. Mais je suis obligé de noter la notion de rendre service... Encore la vision tenace de l'infirmièrE qui materne le patient, qui rend service au médecin (!)et à l'institution!!

Je n'ai pas l'impression de rendre service aux médecins mais de travailler avec eux; je ne rend pas service au patient mais je lui donne les bonnes informations et/ou soins, et enfin je ne rend pas service à une institution : Je travaille pour elle.

Rendre service ( effectuer quelque chose pour être agréable dit un dictionnaire)implique d'étre AU service de.

Etre infirmier est un TRAVAIL, qui donne un SALAIRE, ce qui reste la principale satisfaction de beaucoup de salariés...

Je rêve d'un vision PROFESSIONNELLE de notre métier, qui ne serait pas dictée par un sentimentalisme datant du siècle dernier. Peut être que pour cela, il faut attendre que les recherches théoriques sur les soins infirmiers en Europe ne soient plus l'apanage de nos seuls amis belges et suisses, et que enfin en France, la mise en place du cursus LMD amène de nouvelles réflexions.

Je suis jeune dans ce métier et j'en ai encore l'espoir, mais il faudra attendre avant que la dictature des Hesbeen and co sortent de nos IFSI...

scannasse

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8 commentaires

#2

merci pour votre commentaire

Les travaux de Michel Nadot ne sont pas inconnus en France, puisque je les ai découvert grâce à l'UFRSI (Union française de recherche en soins infirmiers) et que j'ai pu le rencontrer lors d'un colloque annuel de l'ARSI (Association de recherche en soins infirmiers). Par ailleurs ils commencent à être très connus au Canada et aux Etats-Unis. Je pense qu'il y a deux problèmes pour une diffusion plus large : d'abord il est à présent à la retraite ! même s'il reste très actif ; ensuite, ce sont les travaux de recherche infirmière d'une manière générale qui sont peu diffusés dans la profession. et ça, c'est un gros problème !

Serge Cannasse
rédacteur en chef Izeos

axioum

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2 commentaires

#1

Intérressant

Une vision hors des sentiers battus que je trouve très intérressante mais qui est, pourtant peu voir pas du tout reprise ailleurs. Le débat n'existe hélas pas sur une nouvelle théorie.
Merci d'en parler.