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Santé publique – L'alcoolisme chez les femmes

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Les manifestations de l’alcoolisme féminin dépendent des rôles sociaux habituellement attribués aux femmes. Moins bien toléré que l’alcoolisme masculin, il est souvent clandestin et conduit à un grand isolement. La prise en charge thérapeutique doit dépasser les préjugés pour se concentrer sur la personne.

« Lorsque l’homme boit, le toit de la maison brûle, mais lorsque c’est la femme qui boit, la maison entière est la proie des flammes ». Laure Carpentier, « toute honte bue », éd : Denoël/Gonthier, 1981

1 femme sur 4 consulte pour un problème d’alcool (Chiffre donné en 1999 par l’ANPA, Association nationale de prévention de l’alcoolisme)

La consommation d’alcool a toujours été et reste un comportement essentiellement masculin.

Alors que l’alcoolisme de l’homme s’inscrit dans notre culture comme conquérant et jovial, s’extériorisant volontiers dans des conduites de groupe, l’alcoolisme féminin est voué à l’opprobe social.

D’une manière générale, la consommation d’alcool par les femmes reste particulièrement mal considérée : la femme attire davantage la répulsion et il est dégradant pour une femme de boire dans un lieu public.

La réprobation sociale semblerait liée aux rôles d’épouse et de mère.

Représentation sociale

Rôle familial de la femme

Dans l’inconscient collectif, la femme, traditionnellement pilier du foyer, gardienne de la morale, risquerait, en usant de l’alcool, de mettre en péril l’équilibre du groupe familial.

La femme qui boit, et qui de surcroît s’expose à l’ivresse,  est synonyme de femme de mauvaise vie, au point qu’auparavant on associait l’alcoolisme à la prostitution  ; on en concluait même que « l’ébriété est un phénomène universel parmi les prostituées ». C’est dire !

De plus, la société repère moins facilement l’alcoolisme des femmes que celui des hommes car elles occasionnent plus rarement de désordre dans les lieux publics, ne manifestent pas une agressivité incontrôlable et allient moins facilement alcool et conduite automobile.

Rôle maternel

Quel que soit le  sujet abordé à propos des femmes, la question de la fonction maternelle ne peut pas être éludée. Leur fonction traditionnelle de reproduction et de soins aux enfants a de toute évidence une incidence sur les stigmatisations de l’alcoolisme féminin. Une incapacité temporaire est en effet considérée comme plus menaçante chez la femme que chez l’homme.

La dépendance alcoolique nuit à de bonnes relations mère/enfant, alors que celles-ci sont capitales pour le développement des potentialités de l’enfant.

L’alcoolisation de la mère durant la grossesse est préjudiciable à l’embryon comme au fœtus qui ne peut convenablement « cataboliser » l’éthanol. Le risque fœtal croît en fonction de la sévérité et de la chronicité de l’imprégnation alcoolique de la mère. On parle alors de SAF, syndrome d’alcoolisme fœtal.

Ce syndrome se caractérise par la conjonction de trois types d’anomalies, à savoir une hypotrophie, une dysmorphie cranio-faciale ainsi qu’un retard psychomoteur et des troubles du comportement. Des consommations discrètes ou sporadiques chez la femme enceinte peuvent quant à elles, entraîner des perturbations de l’évolution de la grossesse (prématurité, post-maturité) ainsi que différents états morbides fœtaux. De surcroît, le caractère quasi irréversible des séquelles de l’alcoolisme fœtal est à présent fortement présumé. Ainsi l’environnement, quel qu’il puisse être, ne modifierait pas sérieusement l’ensemble des anomalies.

Etiologie de l’alcoolisme féminin

La majorité des auteurs affirme que l’alcoolisme féminin va de pair avec une symptomatologie psychiatrique sous jacente, en particulier un état dépressif.

Les femmes boiraient plus pour des raisons comme se remonter le moral, se sentir bien, bien dormir, combler un vide affectif, surmonter des difficultés. Toutefois, il existerait une similitude de plus en plus grande entre les alcoolisations féminines et masculines.

Caractéristiques de l’alcoolisme féminin

La clandestinité

La clandestinité est « le fait majeur », le point capital qui caractérise l’alcoolisme féminin. En effet, il semble qu’ayant intériorisé cet interdit précédemment évoqué, les femmes ne se résolvent pas à le transgresser autrement que clandestinement. C’est donc envahies d’un sentiment diffus de culpabilité qu’elles vont s’alcooliser en faisant attention à s’isoler et en tâchant d’en camoufler les répercussions.

L’isolement

Ce repli sur soi, parfois expression d’une régression narcissique, montre à quel point elles cherchent à se retrouver. Il leur est impossible socialement parlant de s’alcooliser à l’extérieur ou dans des lieux publics. Elles le font en solitaire, chez elles, véritables repères où elles règnent en maîtresses de maison. Ainsi, alors que l’alcoolisme masculin se joue ouvertement sur la scène publique ou familiale, l’alcoolisation féminine s’apparente à un ghetto enfermant les femmes dans la solitude.

Le camouflage

Devant le poids pesant du paraître social, elles doivent dissimuler non seulement leur alcoolisme à l’entourage, mais aussi cacher les bouteilles. Elles tentent de gommer les conséquences somatiques de leur alcoolisme par le maquillage, en masquant leur haleine par la consommation de chewing-gum, des dentifrices ou bien encore en se parfumant, parfois à outrance, pour étouffer tous indices de trahison de leur consommation et tendre au mieux à ce dit « idéal féminin ».

Accompagnement

Le rôle social attribué à la femme par la société conduit à lui témoigner en matière d’alcoolisme moins de sollicitude qu’à l’homme , ce qui augmente la difficulté de son abord thérapeutique, avec des risques de contre attitudes, de préjugés et autres effets défavorables à sa prise en charge. Le thérapeute doit néanmoins garder à l’esprit qu’elle est avant tout un sujet malade du produit alcool.

Bilbiographie

  • Louise Nadeau, « les femmes et les psychotropes : l’émergence d’un problème social » ; in Perspective – vol III n°3, hiver 1987
  • Michèle Costa-Magna, « les femmes et l’alcool, éd : Denoël/Gonthier, 1981
  • J-P Descombey, Précis d’alcoologie clinique, éd Dunod, Octobre 1994
  • Le Risque Alcool, Haut comité d’étude et d’information sur l’alcoolisme, 1981


Psychologue (GRETA)
rnarfin@yahoo.fr

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