AU COEUR DU METIER

L’infirmière et la recherche en soins : entre culture scientifique et réalisation de travaux

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Recherche en soins infirmiers

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La recherche en soins en tant que domaine d’intérêt et de pratique infirmière fait son chemin. Introduite en France au cours des années 1970, d’abord comme une possibilité pour l’amélioration de la qualité des soins, elle s’impose progressivement comme une pratique indispensable.

On s’entend généralement pour dire que la recherche scientifique est un mode particulier d’acquisition des connaissances utilisant des moyens structurés et systématiques pour recueillir des données, c’est-à-dire des méthodes, en vue de mieux comprendre et expliquer les phénomènes.

Les portes d’entrée dans la recherche sont multiples. Souvent cela commence par l’initiation lors d’une formation professionnelle (Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), cadre de santé) et se poursuit lors de formations universitaires (Master, Doctorat…) ou celles proposées par des organismes de formation. Si pour certains l’apprentissage et l’intérêt pour la recherche restent limités à un exercice scolaire pour d’autres, elle est intégrée dans la pratique quotidienne soit par l’utilisation de connaissances provenant de la littérature soit par la réalisation de travaux.

Le rôle de l’infirmière dans le processus de la recherche peut être variable en fonction des circonstances, de son niveau d’implication et de sa formation. Cependant, il est important de clarifier sa contribution à chaque projet. En allant d’un extrême à l’autre l’infirmière peut être le concepteur et l’investigateur principal de la recherche ou bien un des acteurs du recueil de données.

Les circonstances de pratique et/ou d’utilisation de la recherche sont diverses pour les infirmières. Elles peuvent être déclinées selon trois possibilités qui ne sont pas exclusives : l’acquisition d’une culture scientifique, la réalisation de travaux, la contribution à la recherche d’autres professionnels (médicale …).

L’acquisition d’une culture scientifique concerne chaque professionnel. Elle repose sur la compréhension de l’intérêt de la recherche pour la pratique, l’intégration des méthodes de raisonnement, l’utilisation dans les soins de connaissances issues de la recherche dans différentes disciplines (soins infirmiers, biomédicale, sciences humaines…). Concrètement, cela peut se traduire par la lecture critique d’articles scientifiques, l’adaptation et la transposition des connaissances dans son contexte de travail et l’interrogation de sa pratique. La culture scientifique s’acquiert progressivement par une accumulation de connaissances, de mises en oeuvre régulières et la confrontation théorie – pratique.

La réalisation de travaux est davantage une activité effectuée par des personnes ou des équipes intéressées par ce domaine. Elles se sont formées aux méthodologies et ont cherché les moyens leur permettant de réaliser des études avec des soutiens méthodologiques, organisationnels et financiers.
L’expérience montre que des structures dédiées à la recherche sont prêtes à accueillir et à soutenir des projets de recherche en soins dans la mesure où les investigateurs professionnels sont porteurs de ces projets. A titre d’exemple le Centre d’investigation clinique (CIC) du CHU Henri Mondor s’est positionné dès sa création (2000) comme étant une structure ouverte aux infirmiers souhaitant réaliser des recherches. Par ailleurs, des établissements conduisent des politiques de promotion et de développement de la recherche en soins.

La contribution à la recherche médicale est une pratique très ancienne et peut concerner de nombreuses personnes. Parfois elle passe inaperçue car les actes relatifs aux données de la recherche sont intégrés dans les soins courants. Mais de plus en plus fréquemment les investigateurs informent les professionnels des activités s’inscrivant dans le cadre d’un protocole de recherche et des résultats attendus. Contribuer à la recherche d’autres professionnels peut être considéré comme un travail d’équipe pluri professionnelle permettant des approches interdisciplinaires, d’obtenir des résultats de qualité et, également comme source d’apprentissage des méthodes et des manières de faire (rigueur, modalités de renseignement des supports de recueil de données…).

Aujourd’hui les professionnels ont pris la mesure de l’intérêt de la recherche pour l’amélioration continue de la pratique et l’ont exprimé lors du premier congrès national infirmier qui s’est tenu à Nantes (mars 2006). Ce sujet a été traité dans un atelier thématique consacré aux enjeux et perspectives de la recherche et de façon transversale au cours de différentes interventions. Les participants à l’atelier ont fait apparaître : un désir et le sentiment de la nécessité de faire des travaux tout en soulignant les difficultés liées au manque de méthode et une trop forte implication dans la quotidien, la nécessité d’une dynamique institutionnelle et d’avoir dans les IFSI des enseignants formés à la recherche.
Les intervenants professionnels ou universitaires ont précisé le caractère indispensable et incontournable de la recherche en soins, l’accès à des niveaux de formation supérieurs (masters et doctorats), le lien avec le management et les pratiques avancées, la nécessité de bénéficier du soutien des pouvoirs publics, de disposer d’une structure permettant une émulation et la mutualisation des connaissances et des moyens.

La recherche se professionnalise par la création de nouveaux métiers, réservés et/ou accessibles aux infirmières, des méthodologies et des processus de plus en plus rigoureux et maîtrisés, une réglementation plus prégnante, la conscience plus aigue des acteurs de la recherche de leur rôle dans le processus et des enjeux éthiques, des possibilités de financement des projets.

Tout le monde ne deviendra pas chercheur, mais cette activité est indispensable pour le développement des connaissances et l’amélioration de la qualité des soins aussi est-il important de soutenir les personnes qui s’engagent dans cette voie exigeante. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la recherche se fait également grâce à ceux qui n’en font pas car ils sont plus disponibles pour les activités de soins.

Eléments bibliographiques

  • JOVIC L. La recherche clinique en soins infirmiers : problématique et organisation. Recherche en soins infirmiers, n° 84, mars 2006
  • JOVIC L. L’infirmière et la recherche. Soins, n° 711, décembre 2006
Ljiljana JOVIC
Présidente A.R.S.I (Association de Recherche en Soins Infirmiers)

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Commentaires (1)

dysi

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1 commentaires

#1

slt

moi je crois que toute personne ayant recu une formation infirmiere et dieu sait qu'elle tres valorisant comme metier donc ces personnes dites de soins doivent avoir l'opportunité de consolider leur savoir en recherches scientifiques pour aux mieux assoir nos responsabilités devant nos mdes et autres colloborateurs du corps medical.vive la recherche et le doctorat en soins infirmiers