HUMOUR

Amour, gloire et bétadine - « Le pull-ovaires »

Cet article fait partie du dossier :

Humour

Les inénarrables histoires de notre infirmier « san antoniesque » préféré sont de plus en plus folles ! Ceux qui aiment Boris Vian devraient être ravis et conquis par cette narration absolument surréaliste de Didier Morisot. Ça vous dit quelque chose la trompoglacite chronique ?

Hiver glace neige

Quand l'infirmier Morisot nous explique la trompoglacite chronique

Le Professeur Milou était contrarié… Cindy Merluchon, sa première patiente de la journée, présentait des complications suite à une opération qu’elle avait subie il y a déjà quelques années. Pourtant, à l’époque tout s’était bien passé ! Le problème de la jeune femme - une stérilité induite par un utérus trop ouvert, conjuguée à une ouverture vaginale hors du commun - avait été résolu. Cindy souffrait en effet jusqu’alors d’une trompoglacite chronique, provoquée par les courants d’air inhérents à toute installation ouverte aux quatre vents, et le professeur Milou avait donc recouvert l’endroit avec un pull en laine vierge, minutieusement greffé autour du système génital frissonnant. C’était sa spécialité, pour laquelle on sollicitait son aide au quotidien. Le pull-ovaires du Professeur Milou était connu et reconnu par ses pairs qui lui adressaient nombre de patientes souffrant du tristement célèbre syndrome génito-grippal, une terrible conséquence de la trompoglacite.

Le chirurgien pratiquait son art dans une clinique de Calais, aux confins du monde connu, car le mal se concentrait dans la partie septentrionale du pays, au-dessus d’une ligne reliant la Normandie au Territoire de Belfort. Il était d’ailleurs particulièrement cruel sur les côtes de la Manche, là où régnaient des conditions climatiques extrêmes. Le dérèglement climatique avait en effet des conséquences inattendues, et l’apparition - de plus en plus fréquente - d’ours polaires égarés sur des morceaux de banquise, renforçait cruellement la sensation de froid ressenti par des femmes déjà fragilisées au niveau anatomique.  

Cindy souffrait en effet jusqu’alors d’une trompoglacite chronique, provoquée par les courants d’air inhérents à toute installation ouverte aux quatre vents

Au début, Cindy Merluchon avait pourtant vécu un véritable conte de fées.  Après la greffe de laine vierge, son prince charmant l’avait emmené dans une deuxième lune de miel autour du monde, et leur passion torride - débarrassée de la crainte d’émettre un éternuement sous-nombrilaire inopportun - avait détendu la jeune femme qui, très vite, était tombée enceinte. Une chute toutefois sans dommages car Cindy avait pratiqué le judo pendant huit ans durant sa jeunesse, et elle avait appris à tomber en douceur.

Bref, un bébé était né (splendide) qui allait - cerise sur le gâteau - combler des parents amateurs de randonnées dans le massif du mont Blanc. L’enfant, qui avait débuté son existence en passant le col de l’utérus dans des conditions optimales, avait en effet développé un amour inconditionnel de la montagne, jamais démenti. Hélas, depuis quelques temps Cindy ressentait de terribles démangeaisons abdominales… Quelque chose n’allait pas et elle se doutait que cela venait de son ancienne intervention. Elle avait naturellement décidé de consulter le chirurgien à qui elle devait tant, et qui pour l’heure hochait la tête en plissant le front… Le front déplissé, il releva la tête pour sourire à la jeune femme. Je crois comprendre ce qui se passe, chère madame… je suis désolé mais je dois procéder à une petite intervention afin de corriger le problème. En fait, cela arrive de temps en temps, un effet secondaire… mais rassurez-vous ce n’est pas grand-chose... l’opération sera très rapide et vous serez sur pieds le soir-même.

Cindy Merluchon remercia le médecin, puis elle s’en alla, rassurée, afin de préparer l’ascension du Kilimandjaro avec sa petite famille, son fils - depuis le passage du fameux col - étant un mordu de montagne. De son côté, le professeur ferma la porte en grimaçant. Quel con, se dit-il, j’ai encore fait la même erreur et je me retrouve avec ces putains d’adhérences. Voilà ce que c’est de greffer un pull en oubliant d’enlever la fermeture-éclair. Saleté de rouille…

Infirmier didier.morisot@laposte.net

Ce petit texte, tiré d'un recueil de nouvelles à paraître bientôt, est le fruit impertinent d'une bande de pirates du soin

Retour au sommaire du dossier Humour

Publicité

Commentaires (1)

rabelaisienne

Avatar de l'utilisateur

7 commentaires

#1

Que du talent !

Merci Didier pour ces moments délicieux que vous nous offrez. Il y a longtemps que je n'étais pas venue sur le site et j'ai du rater quelques épisodes de vos articles...
toujours drôles, fins et bien écrits, vos articles mériteraient d'être reliés dans un même livre...à offrir à nos collègues pour Noël...réfléchissez-y ...pourquoi pas ?