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Une aide-soignante aux assises pour 10 décès suspects

Ludivine Chambet, ancienne aide-soignante d'un des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes(Ehpad) du centre hospitalier (CH) de Chambéry, est renvoyée devant la cour d'assises, accusée d'avoir empoisonné 13 patients, dont 10 sont décédés, rapportait le quotidien Le Parisien le 7 décembre dernier de sources judiciaires.

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Le code pénal définit l'empoisonnement comme "le fait d'attenter à la vie d'autrui par l'emploi ou l'administration de substances de nature à entraîner la mort"

Au moment de sa mise en examen, le 12 décembre 2013, elle était soupçonnée d'avoir tué six résidents de l'Ehpad et tenté de le faire pour trois autres. L'établissement concerné est l'Ehpad du Césalet, situé à Jacob-Bellecombette, une commune limitrophe de Chambéry, qui compte 135 places d'hébergement. L'aide-soignante y travaillait depuis l'été 2012. Elle est désormais accusée d'avoir empoisonné 13 résidents, dont 10 sont décédés entre le 23 novembre 2012 et le 29 novembre 2013. Les défunts étaient âgés de 82 à 95 ans, indique Le Parisien, qui précise que le renvoi aux assises a été décidé par le juge d'instruction le 4 novembre 2016. La date du procès n'est pas fixée.

Le code pénal définit l'empoisonnement comme le fait d'attenter à la vie d'autrui par l'emploi ou l'administration de substances de nature à entraîner la mort, rappelle-t-on. En cas de préméditation ou d'empoisonnement sur personne vulnérable, l'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Ludivine Chambet ne conteste que deux des empoisonnements qui lui sont imputés, note Le Parisien, qui ajoute que ses avocats ont fait appel de l'ordonnance de mise en accusation.

En novembre 2013, une résidente était tombée dans le coma. La cause restant inexpliquée, l'hôpital avait fait réaliser des analyses qui ont révélé une très forte dose de psychotropes dans l'organisme de cette personne alors qu'ils ne lui avaient pas été prescrits, avait expliqué la vice-procureure de la République de Chambéry à l'époque. Une enquête judiciaire s'en est suivie et la suspecte, alors âgée de 30 ans, avait reconnu avoir administré des produits psychotropes à neuf personnes âgées dans l'intention de les soulager, mais ils n'étaient pas en fin de vie, avait expliqué la magistrate.

Le Parisien rapporte que Ludivine Chambet a, depuis, fait l'objet de deux expertises psychiatriques qui excluraient toute irresponsabilité pénale, même si son médecin lui prescrivait des antidépresseurs depuis ses 18 ans. Le journal rappelle que l'aide-soignante avait été profondément affectée par le décès de sa mère : une leucémie lui avait été diagnostiquée au printemps 2012 et Ludivine Chambet l'avait accompagnée "tout au long de son éprouvant parcours de soins" jusqu'à sa mort en juin 2013.L'accusée cherche à comprendre son geste et c'est un long travail. Elle a hâte de comparaître, de prendre ses responsabilités et de s'adresser aux familles, déclare Me Ségolène Franc, l'un de ses avocats, au Parisien.

Me Daniel Cataldi, qui représente cinq familles de résidents décédés, déplore dans une interview au quotidien qu'aucune alerte [ne se soit] enclenchée plus tôt au sein de l'Ehpad alors que l'aide-soignante souffrait manifestement de troubles psychologiques ou psychiatriques et que plusieurs de ses collègues s'étaient émues de ses manifestations bizarres, comme des cris poussés sans raison dans les couloirs. La direction de l'hôpital n'a fait l'objet d'aucune poursuite mais ses responsables devront s'expliquer devant la cour. Pourquoi personne n'a pu ou su réagir face à la détresse de l'aide-soignante? Pourquoi a-t-il fallu attendre autant de décès suspects avant que la justice ne soit alertée?, demande-t-il.

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