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Binôme aide-soignant et infirmier : quelle évolution après la réingénierie de la formation ?

Les aides-soignants ont vu le cadre réglementaire de leur exercice évoluer lors de la mise en place, en juillet 2021, de la réingénierie de leur formation. De quoi également modifier leurs rapports avec les infirmiers, avec lesquels ils forment historiquement un binôme étroitement lié. Une question au cœur des débats lors du Salon Infirmier.

Pour établir le nouveau référentiel du métier, il a d'abord fallu prendre en compte ses évolutions à partir du terrain.

Très attendue par les aides-soignants, la réingénierie de la formation, mise en place en juillet 2021, est venue opérer une importante refonte de leur métier, accompagnée d’une valorisation de leurs compétences. Lors du Salon Infirmier*, Marine Lamarche, chargée de mission au ministère de la Santé à la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), et Catherine Naviaux-Bellec, conseillère pédagogique, sont revenues sur l’évolution du métier et la place qu’il occupe désormais dans la prise en charge des patients.

Aide-soignant et infirmier, un binôme historique

Les métiers d’infirmiers et d’aides-soignants sont historiquement étroitement liés. La naissance du métier d’aide-soignant résulte d’une professionnalisation des infirmiers, a ainsi rappelé Marine Lamarche en introduction de la conférence. Et pour cause, en 1946, les infirmiers sont obligés d’être diplômés pour pouvoir exercer ; est créé alors en 1949 le métier d’aide-soignant pour accueillir ceux qui échouent au cours de la formation et souhaitent se réorienter. En 1946, les infirmiers qui ne pouvaient pas obtenir leur diplôme d’État ou faire valoir leur titre d’exercice ont dû se constituer aides-soignants, a-t-elle complété. L’aide-soignant a alors pour rôle d’accompagner les patients dans la prise en compte de leurs besoins fondamentaux, auquel s’ajoute des missions relatives à l’hygiène. Dès lors, l’évolution du métier et de ses modalités d’exercice va s’effectuer dans le cadre de la collaboration avec celui d’infirmier. En 1971, l’exercice aide-soignant est ainsi cadré comme étant placé sous la responsabilité de l’infirmier.

Les grandes dates du métier d’aide-soignant
•    1946 : Création de la profession d’aide-soignant suite au processus de professionnalisation des infirmiers.
•    1949 : Le grade aide-soignant apparaît dans la fonction publique.
•    1956 : Création du certificat d'aptitude aux fonctions d'aide-soignant (Cafas) rendu obligatoire en 1960 pour exercer la formation.
•    1971 : L’exercice de l’aide-soignant est placé sous l'autorité et la responsabilité de l'infirmier.
•    1996 : Publication de la circulaire relative aux rôles et missions des aides-soignants, avec définition officielle de leurs fonctions.
•    2021 : Mise en application de la réingénierie de la formation, qui entraîne une refonte du métier

Pour autant, la réglementation a évolué au fur et à mesure vers une collaboration avec l’infirmier, a poursuivi Marine Lamarche. L’aide-soignant n’est plus un professionnel qui exécute ce qu’on lui demande, mais qui travaille bien plutôt en collaboration avec l’infirmier. Et ce notamment dans les années 1990, avec la publication d’une circulaire en 1996 qui définit précisément les rôles et missions de l’AS, celui-ci assurant alors, toujours sous le contrôle de l’infirmier, la réalisation d’actes qui relèvent du rôle propre de ce dernier : décontamination, surveillance de l’état de santé, prévention des escarres… À noter que cette circulaire encadre également l’exercice des auxiliaires de puériculture.

Une réingénierie qui acte la refonte du métier

L’implication de l’aide-soignant dans la participation aux soins est alors de plus en plus reconnue - ils seraient ainsi 400 000 en France et évoluent dans toutes les types de structures du sanitaire et du médico-social. L’aide-soignant s’inscrit à part entière dans la prise en charge pluridisciplinaire de la personne, a déclaré Catherine Naviaux-Bellec. Un certain nombre de patients reconnaissent ainsi le rôle de l’aide-soignant dans la prise en charge. C’est dans la perspective de reconnaître l’évolution du métier qu’a été entérinée en 2021 la réingénierie de la formation. Le métier passe ainsi d’un décret d’actes à un décret de compétences, à la différence de l’exercice infirmier, et voit son champ de compétences élargi avec, notamment, la définition de ses 3 missions : accompagner les personnes dans les activités de leur vie quotidienne et sociale dans le respect de leur projet de vie ; collaborer aux projets de soins personnalisés dans son champ de compétences ; et contribuer à la prévention des risques et au raisonnement clinique interprofessionnel.

De nouveaux soins sont en outre introduits dans le référentiel (recueil de la saturation en oxygène, participation à l’animation d’un groupe à visée thérapeutique, recueil de la glycémie par captation capillaire ou lecture instantanée transdermique…) et, dans la fonction publique, l’AS passe du grade C au grade B.

La collaboration entre l’aide-soignant et l’infirmier devient un travail d’équipe au bénéfice de la personne soignée.

Et si la réingénierie de la formation AS s’applique aux nouveaux diplômés, Catherine Naviaux-Bellec s’est voulue rassurante : les aides-soignants diplômés avant sa mise en place bénéficieront de formations complémentaires pour leur permettre d’accomplir les nouveaux actes autorisés. Nous allons avoir une période dévolue à l’accompagnement des aides-soignants pour les former sur les nouveaux gestes, a-t-elle assuré, rapportant que les réflexions sur le sujet étaient en cours.

Une collaboration réaffirmée avec l’infirmier

Lors de son annonce, la réingénierie de la formation et les évolutions du métier aide-soignant qu’elle actait n’ont pas manqué de susciter une certaine inquiétude chez les infirmiers, notamment libéraux, qui y ont vu une ouverture à un exercice aide-soignant libéral. Il n’en a toutefois jamais été question, ont insisté les deux intervenantes. L’aide-soignant peut réaliser des actes qui relèvent du rôle propre de l’infirmier, en dehors de la présence de ce dernier, a précisé Marine Lamarche, mais l’évolution du métier ne s’associe pas à une idée d’autonomie de l’aide-soignant. C’est bien toujours l’infirmier qui confie à l’aide-soignant la réalisation de certains actes, toujours sous sa responsabilité. Et uniquement à condition qu’il intervienne dans le cadre de soins courants. À cet égard, le décret du 23 juillet 2021 précise ceux que l’aide-soignant, mais aussi les auxiliaires de puériculture, est autorisé à réaliser sur demande de l’infirmier et éclaire la distinction entre soins courants et aigus. Car, pour ces derniers, la présence de l’infirmier lors de leur réalisation reste obligatoire. Un fonctionnement qui suppose une bonne connaissance et le respect du domaine de chacun, mais aussi de son expertise. L’infirmier doit s’assurer que les actes à réaliser sont bien prévus par la formation et que l’aide-soignant a les compétences pour les faire, a martelé Marine Lamarche. La refonte du décret infirmier, attendue dans les prochains mois, pourrait toutefois encore faire bouger les lignes de l’exercice aide-soignant.

La volonté du ministère de la Santé est de positionner l’AS comme un acteur à part entière du parcours de soin, dans une approche globale de la personne qui prend en compte la dimension relationnelle des soins, la communication avec les autres professionnels et les aidants, a expliqué Catherine Naviaux-Bellec. L’objectif de la réingénierie est également d’assouplir la collaboration entre l’AS et l’infirmier, a ajouté Marine Lamarche. La collaboration entre l’aide-soignant et l’infirmier devient un travail d’équipe au bénéfice de la personne soignée, a-t-elle défendu. Car, de manière plus générale, les échanges entre les professions sont devenus un paramètre important pour les patients.

*qui s’est tenu du 17 au 19 mai Porte de Versailles, à Paris.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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