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"La nuit, je fais 80 % de tâches ménagères !"

A la suite de la publication de l'article Euh... Heureux les soignants ?, Martine, aide-soignante de nuit, a tenu à témoigner de ses conditions de travail...

ASH hôpital ménageAprès la lecture de l'article traitant du bonheur au travail des soignants, j'en ai déduit que le métier de soignant (IDE, AS, agent de soins et agent des services hospitaliers) devait être une vocation pour durer dans le temps au regard des charges d’exécutions, des tâches demandées et des conditions de travail dans lesquelles nous exerçons nos fonctions.

Ce que nous apportons aux autres nous fournit l’espoir de tenir dans notre métier ainsi qu'un sentiment d’utilité à la fois public et privé. Privé dans le sens où l'on se sent satisfait de ce que nous faisons... Satisfait d'apporter et de partager quelque chose. Mais dans quelles conditions ? Pour ma part, je suis aide-soignante de nuit dans une structure qui, à l’origine, accueillait 20 résidents. Nous allons désormais prendre en charge 76 résidents et une Unité de Vie ouvrira ses portes en début d’année 2014. Cette structure est originale puisque les salariés de nuit s’immergent dans le travail des collègues en poste de jour. Comment s’imprégner du travail de nos collègues de jour ? Tout simplement en décalant les horaires de prise de poste. Commencer à 19h45 au lieu de 21h. Nous participons du lundi au vendredi, mon binôme ASH et moi, aux aides à apporter en vue des couchers (déshabillage, BAC à ôter, distribution de médicaments…) sur un secteur : le premier étage. Le week-end, mon binôme prend en charge tout le RDC avec la distribution des traitements et je prends en charge tout le premier étage. Nous rejoignons ensuite notre collègue au deuxième étage.

Immersion en travail de jour ? C’est ainsi que les choses nous ont été présentées. Et ensuite ?

Ensuite, le déroulement de notre nuit s’articule sur… un certain nombre de tâches ménagères : vider les chariots d’entretien (lavettes, franges, poubelles...) avec lavage, nettoyage, pliage et redistribution des lavettes et franges dans les chariots, nettoyage des ascenseurs, bureaux, salons, hall d’accueil, toilettes, couloirs et… plus important encore : nettoyage du mobilier de la salle à manger, nappage, dressage des couverts pour le lendemain 12h. S’ajoute à tout cela, pour mon binôme, le dressage dans les trois salons des étages, des tables petits-déjeuners et pendant ce temps, je prépare les trente-huit plateaux nominatifs des petits-déjeuners (couverts, nombre de beurres, de confitures, nombre de biscottes ou brioches…). Voilà en gros les tâches à exécuter sur une nuit. Et les résidents me direz-vous ? Bien sûr, nous répondons aux sonnettes et j’organise mes trois passages durant tous ce temps.

Mais vous l’avez compris… Notre nuit comporte à 80% des tâches ménagères. Et s’il vient à manquer un bol quelque part… on nous fait la remarque le lendemain. Une nuit, j'ai eu à accompagner un résident vers sa fin de vie… Nous nous sommes relayées ma collègue et moi... Le matin, nous sommes reparties exténuées. Il restait une machine en route de franges et de lavettes. Le soir suivant, nous avons retrouvé celles-ci non pliées et non rangées. Est-ce cela l’immersion du travail de nuit vers le jour ? Les franges et lavettes étaient plus importantes que l’accompagnement de notre résident en fin de vie ?

Au final, les deux équipes de nuit ne sont pas stressées par le travail d’accompagnement et de prise en charge des résidents mais par le fait que si nous oublions quelque chose ou que nous manquons de temps dans l’exécution des tâches ménagères, on nous le fait remarquer soit par des petits mots laissés écrits sur une feuille de papier ou par la voix d’une collègue de jour.

Conclusion : nous sommes éreintées au petit matin. Éreintées moralement et physiquement. L’idée d’immersion n’est valable que dans un sens : celui du travail de nuit vers le jour et le contraire n’est pas valable.

Oui, il faut que j’aime suffisamment les autres et mon métier en termes de savoir-faire et savoir-être pour continuer malgré le sentiment d’éloignement dans l’accompagnement. J’écrivais en 2007 que le soignant devait non pas se résigner mais apprendre à s’indigner… Belle idée que celle-ci dont j'ai eu l’honneur de débattre avec un psychologue, Jérôme Pélissier, notamment sur le concept d’Humanitude envers les personnes aidées mais également entre collègues. Les écrits restent et charge à moi de les défendre à nouveau au risque de me faire « malmener ».

Aide-soignante

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