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Le soignant et la sexualité du patient en Ehpad

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La rédaction a reçu le courrier d'un aide-soignant qui s'interroge sur la sexualité des personnes âgées en Ehpad. Sa question a fait débat sur les réseaux sociaux, et pour cause…

couple séniors

La sexualité des personnes âgées est un sujet encore tabou mais les professionnels de santé sont de plus en plus à l'écoute et formés pour y répondre.

Je travaille en EHPAD, et il a été mis en place des sextoys pour les personnes qui le désirent. Hors, la direction nous demande de les nettoyer sauf qu'une grande partie de l'équipe refuse de pratiquer ce geste. De plus, il ne faut pas que les familles soient au courant. Comment réagir face à cette demande ? C'est la question que se pose un aide-soignant. Les réactions sur les réseaux sociaux, tant sur la page Facebook d'Infirmiers.com que sur celle d'aide-soignant.com, ont été nombreuses et très contrastées. Certains trouvent scandaleux de laisser le nettoyage aux aides-soignants ou pointent du doigt le manque d'hygiène d'une telle pratique, mais la majorité est d'avis que la famille n'a pas à être informée de la sexualité de leurs aînés. Ainsi, pour Anne : un sextoy, c'est personnel non ? Et là on met des sextoys à la disposition des résidents ? Ça veut dire que l'objet va passer d'un patient à l'autre ? Quelle horreur !!! Certes, les personnes âgées ont le droit à la sexualité, même solitaire, même avec sextoy, mais pas un truc commun ! Chacun le sien et pour le nettoyage ils se débrouillent ! Quant aux familles.... Elles n'ont pas besoin de connaître ce genre d'information. Ça ne les regarde tout simplement pas ! Depuis quand on informe ses parents ou ses enfants de ses pratiques sexuelles ?. Zaze considère au contraire que pour le nettoyage du sextoy, quand on a fait la toilette avec tout ce que cela comprend… C'est de la rigolade !. Pour C'est l'infirmière, je crois que tout l'enjeu vient du fait que la toilette genito-anale tient de l'intime et de l'organique alors que le nettoyage de sextoys tient du sexuel dans le sens "plaisir", c'est ce à quoi les soignants n'ont pas envie d'être mêlés... Comme faire la petite toilette d'un homme qui en ressent du plaisir, c'est dérangeant, voire inapproprié c'est normal de le penser… Après, que les personnes âgées aient accès à des sextoys pour se détendre, se faire plaisir seules ou à deux, pourquoi pas. Encore faudrait il leur octroyer le temps et l'intimité pour le faire (serait ce le retour de la chaussette sur la poignée de porte... ? Ou le bas de contention). D'ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi la "sexualité" n'avait pas été enregistré comme le 15ème besoin de Virginia Henderson...

Et l'autonomie de la personne âgée ? Si elle peut s'en servir, alors elle peut le laver !...

Des tabous qui persistent

Selon les résultats d'une étude américaine publiée en 2007 par le New England Journal of Medicine, un quart des 75-85 ans déclarent avoir eu au moins un rapport sexuel dans l'année. De plus, ils révèlent que la moitié des 65-74 ans ont une activité sexuelle. Le chiffre est beaucoup moins élevé en Ehpad puisque seuls 8 % des résidents confient avoir une sexualité au sein de leur maison de retraite. Un chiffre notamment dû aux nombreuses barrières qui existent, tant du côté du personnel, que de celui de la famille ou des résidents eux-mêmes. Dans leur ouvrage « Amours de vieillesse », Marick Fièvre, responsable Promotion de la santé à Radiance Groupe Humanis, et Nicolas Riguidel, responsable de l’activité Promotion de la santé à la Mutualité Française Bretagne, énumèrent les principaux freins auxquels font face les personnes âgées. Ainsi, il est parfois difficile de préserver l'intimité des résidents en Ehpad, le personnel effectuant des passages réguliers dans les chambres. Ensuite, les familles ne voient pas toujours d'un très bon œil les relations intimes de leurs aînés. « Il y a quelque chose d’inadmissible pour les enfants, même âgés, à voir leur père ou leur mère avoir une relation, avec quelqu’un de nouveau notamment », explique Gerard Ribes, psychiatre et sexologue. Rappelons que la Charte des personnes âgées dépendantes stipule que toute personne âgée devenue handicapée ou dépendante est libre d’exercer ses choix dans la vie quotidienne et de déterminer son mode de vie et que Le maintien des relations familiales, des réseaux amicaux et sociaux est indispensable à la personne âgée en situation de handicap ou de dépendance. Aussi, il appartient aux professionnels de protéger leurs patients. Il n'est donc pas question de prévenir la famille en cas de relation. Enfin, une certaine autocensure règne du côté des seniors à cause de leur éducation, mais les choses devraient être amenées à changer dans les années à venir avec l'arrivée des babyboomers.

Selon Marick Fièvre, les professionnels de santé sont de mieux en mieux formés et connaissent bien leurs résidents ce qui permet réagir au mieux aux comportements problématiques et d'éviter les drames. En cas de situation délicate, les soignants doivent en discuter et ne pas rester seuls avec cela, souligne Marick Fièvre. Ils doivent confronter leurs points de vue et décider quelle attitude adopter.

Tant mieux ! Si l'on peut réduire grâce à cela somnifères et antidépresseurs ! Il faut pouvoir penser au dessus des préjugés et ressentis personnels

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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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