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Vieillesse ne rime jamais avec perfection mais parfois avec tendresse

Prendre soin est un documentaire qui plonge littéralement le spectateur dans le quotidien des soignants et des personnes âgées d’une maison de retraite. Touchant témoignage de la relation qui se tisse entre les professionnels de santé et ces seniors dont la santé parfois vacille. Réalisé par le sociologue Bertrand Hagenmüller, ce film a été co-écrit avec Bernard Benattar, philosophe du travail, psychosociologue, et également expert des questions du "prendre soin".

Un film réaliste mais pas acerbe, touchant sans être larmoyant, qui montre juste le quotidien des personnes âgées en résidence et des soignants qui les prennent en charge.

80 minutes pour parler des octogénaires et plus, un sujet qui demeure peu abordé. 80 minutes pour évoquer le métier de soignant et surtout d’aide-soignant, un travail trop rarement mis en avant. C’est le défi qu’ont décidé de relever les sociologues Bertrand Hagenmüller et Bernard Benattar à travers le documentaire Prendre soin, sortie en salle le 13 novembre dernier. Celui-ci retrace le quotidien des résidents de quatre unités Alzheimer de maisons de retraite et plus particulièrement de quatre soignants qui gravitent autour de ces personnes âgées pour leur procurer des soins bien sûr, mais aussi dialoguer avec eux, les soutenir, et les aider à vivre au mieux jusqu’au bout.

Depuis quatre ans nous intervenons auprès des soignants d’Ehpad pour questionner avec eux la philosophie de la bientraitance. Ces nombreuses rencontres nous ont donné à voir un métier d’une incroyable humanité, expliquent les deux co-auteurs. C’est ainsi que l’on fait la connaissance de Lika et Antoinette les deux aides-soignantes dynamiques aux sourires vrais, de Luca l’ergothérapeute à la patience inébranlable et la créative Claire qui s’occupe des animations.

Vieillesse tendresse

Une relation de confiance mise en exergue

Prendre soin, c’est surtout l’histoire de la relation soignant/soigné et surtout de la complicité qui peut se nouer, petit à petit, entre une dame âgée dont la mémoire parfois chancèle et une aide-soignante qui rit à ses blagues même si elle les entend pour la centième fois. L’important : c’est ces moments -là. Peut-être que le lendemain ils ne s’en souviennent pas, mais là, à cet instant, on les a raccrochés à la réalité. Pas facile, en théorie, et pourtant en pratique c’est possible. Le spectateur peut être surpris par la teneur des échanges entre les professionnels de santé et les résidents : des moments de connivence où ils parlent de leur passé, de la vie, des voyages, de la famille qui n’est plus ou de celle qui reste encore.  On s’étonne des moments d’entraide entre les résidents eux-mêmes : une dame aide une autre à manger, une autre masse la nuque douloureuse d’un vieil homme. Un univers, au fond, qui demeure bien méconnu du grand public.

Nous avons voulu retranscrire un quotidien parfois douloureux, souvent lumineux

Déstigmatiser le grand âge et valoriser les personnels du soin

Au fur et à mesure du film, on s’attache à certains personnages volontairement ou non mis en avant via leur forte personnalité ou leur fragilité. La manière de filmer aide beaucoup avec ses gros plans sur les regards qui se croisent, sur les gestes qui se perdent et surtout sur les mains des soignants qui soutiennent ou apaisent. Ces scènes, à première vue banales, sont ponctuées par les témoignages des professionnels. L’ensemble met en lumière, en toute simplicité, la vie courante dans ce type d’environnement particulier. Une invitation adressée au spectateur pour comprendre mieux aussi en quoi cela consiste d’être un professionnel de santé auprès de personnes âgées : cela repose bien évidemment sur des soins techniques mais aussi sur de la patience, de la psychologie, de l’écoute, ou de la ruse aussi quelquefois…

Je souhaitais faire un film qui raconte l’histoire de ces soignants, héros ordinaires. Filmer au plus près de leur quotidien pour se rendre compte de l’incroyable complexité de leur métier, approcher par la caméra ces corps qui s’apprivoisent, ces visages qui s’appellent, précise Bertrand Hagenmüller. Pari réussi. D’autant plus réussi que le spectateur note bien, notamment au début du film, l’opposition entre les résidents et le rythme soutenu des professionnels face aux tâches à accomplir. Puis le moment où l’aide-soignante entre dans la chambre, espace privé par excellence, cela pourrait être le choc entre les deux, mais non, c’est une connexion qui se fait, une adaptation de part et d’autre pour créer ce lien invisible.

Un film qui s’adresse à tous

A la question à qui s’adresse le film, les deux co-auteurs sont clairs : A tout le monde évidement ! même s’ils ont bien conscience que parler de la vieillesse est complexe : ce genre de documentaire peut effrayer car nous sommes tous plus ou moins concernés par le sujet et on comprend aisément qu’il puisse susciter des réticences. Pourtant, si les personnages sont touchants, si on n’échappe pas à des scènes parfois dérangeantes, le message général demeure positif ! Si on observe à travers l’œil de la caméra de la tristesse, de l’angoisse, de la colère, voire de l’incompréhension, on participe également à des moments de joie et de rires.

Si une maison de retraite est un espace assez fermé, la vie y a toujours sa place telle qu’elle est partout ailleurs :  imparfaite, surprenante, sans certitude. Bien sûr, ce documentaire reflète une vérité mais pas toutes les vérités. C’est celle qui met en lumière le parler vrai et l’envie de rester vivant, pleinement vivant jusqu’au bout. Pour cette raison il est urgent que le grand public ait accès à ce métier de soignant, pour mieux comprendre, pour mieux interroger aussi ; il est urgent d’apporter un éclairage différent dans le débat public sur les maisons de retraite et en particulier les unités Alzheimer, concluent les deux co-auteurs.

Vieillesse tendresse

Note

PRENDRE SOIN
Date de sortie 13 novembre 2019
Durée : 80 min
De Bertrand Hagenmüller
Distributeur : ZELIG film

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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