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Nouvelle campagne sur le port du préservatif : bonne idée, mauvais message

Les 15-24 ans sont une population particulièrement touchée par les infections sexuellement transmissibles (IST), c’est un fait ! Il paraît donc nécessaire de communiquer et d’informer davantage ces tranches d’âges sur les risques de rapports non protégés. Cependant, si Santé publique France a tenté de mieux faire passer le message auprès des jeunes générations, la tentative de l'agence ne fait pas l’unanimité. Jugée culpabilisante et moralisatrice, sa campagne de sensibilisation pour le port du préservatif enflamme la toile.

Nouvelle campagne sur le port du préservatif

Préservatif : les 7 bonnes raisons de « toujours en avoir un sur soi » ont vite suscité la polémique sur les réseaux sociaux.

Un préservatif ça peut te sauver la vie. Gardes-en toujours sur toi. Voici le message que Santé publique France a tenté de faire passer avec sa nouvelle campagne digitale lancée le 18 juillet via onsexprime.fr, site conçu pour aborder les sujets de la sexualité et de la prévention des IST chez les jeunes. Relayées notamment par le Ministère des Solidarités et de la Santé, les 7 affiches listant les 7 bonnes raisons de toujours en avoir un sur soi ont vite suscité la polémique sur les réseaux sociaux. Et pour cause, si l’intention était louable, les raisons listées sont jugées tendancieuses et moralisatrices.

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Si, pour l’agence, ces lifes cards sont des posts créatifs relayant en mode survie des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles et s’avèrent en phase avec les codes des jeunes, les messages que l’on peut y lire sur fond flashy en ont choqué plus d’un. Parce que ça t’évitera de dire à tes parents qu’ils vont être grands-parents très jeunes, parce que ça t’évitera une rupture pour des motifs franchement gênants ou parce que ça t’évitera de faire la queue à la pharmacie pour acheter un test de grossesse…, ces pseudo-arguments ne parlent absolument pas des vrais risques encourus après un rapport non protégé.

Une campagne stigmatisante

Pire encore, les raisons invoquées paraissent particulièrement culpabilisantes. En effet, un préservatif peut craquer, être mal mis. Or avoir des rapports non protégés ne devrait pas être honteux, il ne devrait pas être gênant d’en parler surtout à des professionnels de santé. Si les jeunes décident de se taire à cause d’une défiance vis-à-vis des soignants, cela peut aller jusqu’à retarder le dépistage d’une potentielle IST. Ou comment culpabiliser et dissuader les jeunes de se confier à des professionnels de santé, s’énerve une internaute sur twitter.

Life CardsAurélien Beaucamp, actuel président de AIDES, s’est exprimé sur le sujet dans le magazine Têtu : C’est aberrant, qu’en 2018, on considère toujours le préservatif comme seul moyen de prévention et que l’on stigmatise à ce point les jeunes. C’est quoi le message qu’on envoie ? Ne parle pas de tes relations non protégées à ton médecin. De nombreux professionnels de santé ont également réagi face à ces messages dont le SNIES, le syndicat des infirmières scolaires. A titre informatif. Je suis infirmier. Si un jour je m'occupe de vous, sachez que vous pouvez, à mes collègues et moi, nous dire ce genre de choses on est là aussi pour ça. On a probablement fait la connerie avant vous. On est soignants. Pas juges, souligne @Salejul sur twitter.

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Face à ces critiques, Santé publique France s’est justifiée sur FranceInfo. Il s’agit d'une campagne de promotion du préservatif qui utilise l'humour et les codes des réseaux sociaux des adolescents. Il est difficile pour les adolescents de parler de sexualité avec des adultes en général, y compris les professionnels de santé aussi bienveillants et accueillants soient-ils. C'est ce point de vue des adolescents que la campagne adopte à travers 7 messages différents, explique Nathalie Lydié, responsable de l’unité Santé sexuelle de l'agence. Si apparemment, les affiches diffusées depuis 3 semaines sur Snapchat et Instagram n’ont pas suscité de réactions négatives de la part de son public cible, les 12-18 ans, Santé publique France s’est dit sensible à la question de la représentation des rôles de genre. L’agence va donc revoir la formulation de la fameuse raison n°3 qui a aussi été blâmée pour avoir évoqué l’infirmière au féminin et le médecin au masculin. Les infirmiers et les praticiennes les remercieront...

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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