AU COEUR DU METIER

9% des professionnels de santé seulement ont déjà utilisé la télémédecine

Une enquête ODOXA réalisée auprès de la population et des professionnels de santé fait le point sur l’utilisation de la télémédecine (téléconsultation…) et sur les perspectives pour l’avenir de cet outil. Si celle-ci jouit d’une bonne opinion globale, elle est encore assez peu utilisée dans les faits.

9% des professionnels de santé seulement ont déjà utilisé la télémédecine

Si la télémédecine jouit d’une image très positive, elle est pourtant encore assez peu utilisée. Pour développer son usage, l’enquête ODOXA avance l’amélioration de la technique et l’information.

Les notions nouvelles de télémédecine, téléconsultation, télé-expertise et télésurveillance médicale sont toutes largement connues des soignants (plus de 84% les connaissent toutes), mais aussi des Français (8 personnes sur 10 connaissent la télémédecine et la téléconsultation et 6 personnes sur 10 la télé-expertise et la télésurveillance médicale), nous apprend une enquête ODOXA sortie fin janvier. Celle-ci s’appuie sur un sondage réalisé auprès d’un échantillon de 3 000 personnes de 18 ans et plus et auprès de 522 professionnels de santé (254 médecins et 268 infirmiers).

Si la télémédecine et ses avatars jouissent d’une image très positive (70% des professionnels de santé dont 68% d’infirmiers ont plutôt une bonne opinion de la télémédecine à travers toutes ses dimensions), on apprend dans cette enquête qu’elles sont malgré tout encore assez peu utilisées. Dans les faits, 6% seulement des Français ont déjà expérimenté la téléconsultation et 14% d’entre eux y ont été exposés, soit en s’en voyant proposer une, soit parce qu’un de leur proche l’a expérimentée. Quant aux professionnels de santé, ils sont seulement 9% à avoir déjà fait au moins une téléconsultation avec l’un de leur patient. Ce chiffre monte à 13% parmi les médecins, alors qu’un médecin sur deux (51% vs 47%) estime que « la téléconsultation est désormais inscrite » dans les pratiques. Le plus souvent cette téléconsultation s’est effectuée au domicile du patient pour les personnes qui habitent loin ou ne peuvent guère se déplacer (57%), dans les établissements de santé (27%) et dans les maisons de retraite (22%). Et le bilan est bon. La téléconsultation satisfait les patients (71%) et plus encore les professionnels de santé (86%) qui l’ont expérimentée. D’ailleurs patients comme soignants sont persuadés que celle-ci va être amenée à se développer à l’avenir et 64% des médecins qui n’y ont encore jamais eu recours sont persuadés qu’ils y viendront.

On apprend également que les personnels soignants (92% des infirmières et 82% des médecins) sont convaincus de l’intérêt qu’il y aurait à ce qu’un professionnel accompagne le patient pendant une TLC. Ils pensent que cela rassurerait ou aiderait le patient, mais surtout, ils sont convaincus que cela pourrait bien les aider eux-mêmes en leur permettant de compléter les actes de soins.

70% des professionnels de santé, dont 68% d’infirmiers, ont plutôt une bonne opinion de la télémédecine à travers toutes ses dimensions.

Télémédecine, téléconsultation… Comment développer leur usage ?

Pour développer l’usage de la télémédecine, deux leviers sont envisagés par les personnes interrogées : l’amélioration de la technique d’une part et de l’information d’autre part.

Principal vecteur de la satisfaction/de l’insatisfaction des patients et des soignants à l’égard de la télémédecine, téléconsultation, télé-expertise et télésurveillance médicale et principale raison de leur non-usage par les professionnels qui n’y ont jamais eu recours : la maîtrise de la technique qu’exige ces outils. Car si les professionnels de santé sont majoritairement satisfaits des aspects techniques de la télémédecine (63%), ils reconnaissent tout de même des problèmes techniques liées au son (25%), à l’image (33%) et à la connexion (33%). Le fait qu’ils ne disposent pas des outils nécessaires est même la première raison invoquée par les professionnels (50%) qui n’y ont pas eu recours. 57% disent ne pas avoir réalisé de téléconsultation car ils ne disposaient pas des outils nécessaires.

D’autre part, le développement de la télémédecine dépendra de la bonne diffusion de l’information sur ces pratiques en s’appuyant sur les soignants et notamment sur les médecins, révèle l’enquête ODOXA, s’appuyant sur les réponses obtenues parmi les Français et leurs soignants. Pour les sondés, le médecin aura un rôle décisif dans le développement futur de la téléconsultation, 62% des Français affirmant qu’ils suivraient son avis s’il leur proposait d’y recourir. Inversement, c’est le côté trop impersonnel, le fait de déshumaniser la relation qui inciterait le plus les patients à refuser de suivre une recommandation de téléconsultation par leurs médecins. Autre réticence évoquée : le risque d’erreurs médicales, jugé plus important. Ainsi, 61% des Français considèrent qu’une téléconsultation n’est pas aussi efficace qu’une consultation physique.

Les soignants considèrent que de nombreux types de patients particuliers devraient être « exclus » de la téléconsultation : nourrissons et enfants, femmes enceintes, patients déments ou traumatisés.

Un gain de temps évident mais des patients à cibler

60% des soignants envisagent bien de recourir à la téléconsultation à l’avenir, notamment pour le gain de temps qu’elle représente. Ils envisagent d’ailleurs d’en faire usage de manière assez large au niveau de la patientèle : personnes âgées, personnes qui ont des difficultés à se déplacer… D’autre part, de nombreux cas concrets sont envisagés, pour lesquels la téléconsultation serait bien adaptée : pour renouveler une ordonnance (79% des Français et 70% des soignants y sont favorables), obtenir d’autres papiers administratifs (81% des Français), obtenir des informations ou poser des questions à son médecin (population et soignants y sont favorables à hauteur de 80%) et échanger des résultats d’examens (74% des Français y sont favorables et 84% de leurs soignants). Enfin, la téléconsultation est aussi perçue par les Français et leurs soignants comme étant bien adaptée à un patient présentant des symptômes légers.

Inversement, les soignants considèrent que de nombreux types de patients particuliers devraient être exclus de la téléconsultation : nourrissons et enfants, femmes enceintes, patients déments ou traumatisés, pour qui une consultation physique s’impose. La télémédecine a donc un bel avenir devant elle, si des ajustements lui sont apportés afin de favoriser et d’optimiser son utilisation. Elle est en tout cas une réponse très efficace dans certains types de situation et peut être l’une des solutions à apporter pour remédier au problème épineux des déserts médicaux.

Retrouvez l’intégralité de l’étude ODOXA

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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