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Ailleurs, comme ici, la profession infirmière veut "des soins infirmiers forts !"

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Exercice international

Voici des informations "réjouissantes" qui nous viennent d'au-delà de nos frontières et qui pourraient donner des idées et dessiner des perspectives positives pour la profession infirmière, ici, en France... Les infirmiers espagnols peuvent dorénavant "prescrire tous les médicaments qui ne nécessitent pas de diagnostic ou de prescription individualisée". De leur côté, les infirmiers suisses mène une initiative visant à revaloriser leur activité. En gagnant davantage d’autonomie, ils espèrent ainsi lutter contre la pénurie qui frappe la profession.

Les infirmiers espagnols vont pouvoir "prescrire"

coopération force infrmières

Ici comme ailleurs, des soins infirmiers "forts" dispensés par une profession infirmière également "forte", est-ce trop  demander alors que les questions de santé publique sont au coeur de la politique de santé des Gouvernements ?

En Espagne, tout d'abord, alors que les représentants des infirmiers réclamaient de très longue date le droit de prescrire certains médicaments comme les vaccins ou les antibiotiques en prévention d’une opération chirurgicale ou de l’insuline pour les diabétiques, un accord très important vient d’être signé le 24 octobre dernier au ministère de la Santé, à Madrid. Les différentes instances concernées sont les Conseils de l’Ordre des infirmières et des médecins, ainsi que le Syndicat des infirmiers (SATSE) et la Confédération nationale des syndicats médicaux (CESM). Un nouveau décret "royal" va donc autoriser les infirmiers à prescrire tous les médicaments qui ne nécessitent pas de diagnostic ou de prescription individualisée.

Selon le Consejo General de Enfermeria (équivalent de l'Ordre national des infirmiers français), cet accord constitue une première étape très importante pour mettre fin à l'insécurité juridique qui relevait du Décret Royal de prescription approuvé il y a deux ans, qui a empêché la profession infirmière de prendre des décisions sur les médicaments et les produits de santé qu'elle manipule dans sa vie de tous les jours et qui suppose un préjudice pour les patients et le système sanitaire. Précision importante, et conformément à ce qui est établi dans cet accord, pour que les infirmiers soient reconnus comme prescripteurs, aucune formation supplémentaire ne sera nécessaire puisque le diplôme en sciences infirmières comporte déjà un contenu spécifique à cet égard. Une circonstance qui est également applicable aux professionnels titulaires du diplôme précédent.

Florentino Perez Raya, président del Consejo Genela de Enfermeria, l'affirme, nous avons connu des mois de travail intense, mais avec ce nouveau projet, nous nous sentons tous à l'aise et les infirmiers seront en mesure de travailler avec un soutien juridique complet.

Pour le ministre de la santé espagnol, c'est un jour historique pour le système de santé, puisque deux professions qui vont de pair et grandissent ensemble ont trouvé un accord avec le ministère, les communautés autonomes, les professionnels et les patients.

La bonne volonté et le climat de collaboration qui prévalent entre les deux professions ont suscité un consensus nécessaire et positif sur les conditions de prescription par les infirmières.

En Suisse, les infirmiers veulent plus d’égalité avec les médecins

Le 7 novembre dernier, selon nos confrères du journal en ligne Le Temps.fr, les infirmiers suisses étaient réunis en "habit de travail" sur la place Fédérale bernoise pour déposer leur initiative « Pour des soins infirmiers forts ». L’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) parle du plus grand projet de politique professionnelle de son histoire, signée cette année par 120 000 personnes en 8 mois seulement. Il s’agit de revaloriser la profession en définissant certaines prestations qui seront effectuées par les infirmiers de manière autonome, sans ordre médical. La présidente de l’ASI, Helena Zaugg, explique que la population adhère entièrement à nos revendications. Nombreux sont ceux qui ont dû constater que les soignants travaillent sous pression et sont souvent stressés. En outre, les professionnels eux-mêmes se sont engagés à fond dans la récolte des signatures, car ils savent exactement pourquoi l’initiative sur les soins infirmiers est indispensable. En effet, ici comme ailleurs, les soins infirmiers constituent un pilier essentiel du système de soins,  une affirmation que la population plébiscite sans la moindre hésitation. L’initiative sur les soins infirmiers veut que la Confédération et les cantons reconnaissent cette réalité. Ceux-ci doivent être tenus de veiller à ce que chacune et chacun ait accès à des soins infirmiers suffisants et de qualité. Car la sécurité des patientes et des patients dépend de la qualité des soins infirmiers, poursuit l'ASI. Nous demandons que les prestations qui relèvent de l’évaluation, du conseil, de la coordination, de l’enseignement et des soins de base ne soient plus soumises à prescription médicale, explique Christelle Haussener, secrétaire générale de l’ASI Neuchâtel-Jura. Les actes médico-délégués, tels que les pansements par exemple, resteront prescrits par le médecin, mais ce sera à nous de gérer leur fréquence.

En clair, l'initiative "Pour des soins plus forts" repose sur les revendications suivantes :

  • du personnel infirmier bien formé, en nombre suffisant et qui a du temps pour les patients ;
  • une augmentation du salaire des étudiants durant leurs stages afin que davantage de personnes puissent accéder aux études en soins infirmiers au niveau tertiaire ;
  • des mesures permettant de mieux concilier vie professionnelle et vie privée avec le travail par roulement ;
  • davantage d’autonomie pour les infirmiers. Des coûts et du travail inutiles peuvent être supprimés si les prestations typiquement infirmières peuvent être facturées directement aux caisses-maladie, sans nécessiter la signature d’un médecin.

En Suisse, tout le monde veut des "soins infirmiers forts" ! Le slogan de l'opération menée par l'ASI

On le voit, les problématiques qui touchent la profession infirmière, ici et ailleurs, se ressemblent étrangement. Les revendications pour une meilleure valorisation de ses compétences et pour une autonomie accrue trouvent parfois, comme en Espagne, des issues positives. Tout n'est donc pas perdu... Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et l'ensemble de son cabinet devraient y prêter attention. Des soins infirmiers "forts" dispensés par une profession infirmière également "forte", est-ce trop leur demander alors que les questions de santé publique sont au coeur de la politique de santé du Gouvernement ? Rappelons-leur que, selon la formule consacrée, "l'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne" !

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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