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Anticiper l’obtention des diplômes infirmiers en Italie "est inutile" au vue de l’épidémie !

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Epidémiologie

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En Italie, bien plus encore qu'en France, l'épidémie de Coronavirus pointe les limites d'un système de santé qui peine à gérer une grave situation sanitaire. Ferdinando Iacuaniello, rédacteur en chef du site nurse24.it, site dédié à la profession infirmière tout comme infirmiers.com, l'écrit dans son édito. Pour lui, le seul mérite du coronavirus "est de nous ouvrir les yeux sur un monde en urgence depuis trop longtemps, un monde sur lequel nous devons tous investir pour le bien de tous. Et nous devrions le faire maintenant".

Le coronavirus a fortement touché l'Italie ces dernières semaines mais il a surtout mis en exergue les faiblesses du système de santé italien.

L'émergence du SARS-Cov-2 présente un seul aspect positif : il permet de faire comprendre à tous, que depuis trop d'années, les soins de santé sont laissés en arrière-plan en termes d'investissements. Si, grâce avant tout à l'abnégation des professionnels qui y travaillent, notre système de santé reste l'un des meilleurs au monde, aujourd'hui, il est devenu essentiel - et, encore une fois, évident pour tous - de revoir notre approche. Les soins de santé doivent être repensés et cela devrait être fait maintenant, pas (ou du moins pas seulement) avec un appel aux passages à l’action, mais avec prévoyance. Parce que le système de santé italien est en état d’urgence depuis longtemps, et ce, bien avant l'arrivée du nouveau coronavirus. Les infirmiers pour qui les remplacements en fin de service ne sont pas assurés depuis des jours, ou ceux qui sautent leur énième jour de repos, ou encore ceux qui pourront avec un peu de chance finir par poser leurs vacances l'année prochaine, le savent bien.

Urgence liée au coronavirus, les soins de santé doivent être repensés

Les dernières semaines ont été intenses et on continue de voir se succéder des mesures venant de toutes parts. Le gouvernement, les régions et les communes mettent à jour /publient presque quotidiennement des décrets et des recommandations pour tenter d'endiguer la propagation du virus. Parmi ceux-ci, on notera l'annonce du conseiller Lombard pour le bien-être, Giulio Gallera sur les premiers diplômes délivrées par anticipation pour intégrer immédiatement dans le système de santé plus de 100 infirmiers supplémentaires afin de renflouer les effectifs. Ces nouvelles forces de travail devraient être disponibles à partir du 10 mars.

Disponible, peut-être. Parce qu'il n'est pas évident que tous les intéressés acceptent un contrat de collaboration post-diplôme dans ces conditions (le risque est d'assister à un autre lot de travailleurs précaires). En tout cas, il est vraiment ambitieux de penser qu'une telle mesure puisse en quelque sorte donner du souffle à l'urgence dans l'urgence.

Persévérer dans l'extraordinaire plutôt qu'intervenir pour améliorer l'ordinaire ne fait que prolonger l'agonie qui précède l'effondrement

Rien qu’en Lombardie, la pénurie des infirmiers est de l’ordre de 4 724 professionnels manquants, au niveau de l’Italie, elle atteint environ 50 000 personnes. Par conséquent, une centaine de diplômés représenterait un peu plus de 2% des besoins réels, il resterait encore 4 624 postes à combler. Dans la même veine, l'idée de faire reprendre du service des médecins et infirmiers à la retraite semble à courte vue, alors que des chômeurs précaires et qualifiés attendent depuis longtemps que les établissements puissent à nouveau embaucher.

Ce type de recommandations spéciales, dans des moments comme celui que nous vivons, - comme celles avancées par l'ASST de Lodi et Crémone- sont discutables, mais compréhensibles. Mais persévérer dans l'extraordinaire, au lieu d'intervenir pour améliorer l'ordinaire, ne fait que prolonger l'agonie qui précède l'effondrement.

Et l'effondrement est tel que les infirmiers qui exercent dans la zone rouge de Codogno ont couru le risque de travailler pendant des jours sans que des collègues viennent pour assurer la relève (mais avec une attention médiatique jamais vue auparavant. Oui, le pays semble avoir remarqué que les infirmiers existent).

On les appelle des héros. Pourtant ce sont des professionnels qui se sentent seuls, abandonnés par le système. Un sentiment accru par cette urgence dans l'urgence, mais ce n'est pas nouveau.

Voici le seul mérite du coronavirus : nous ouvrir les yeux sur un monde en urgence depuis trop longtemps, un monde sur lequel nous devons tous investir pour le bien de tous. Et nous devrions le faire maintenant.

Cet article a été publié sur le site Nurse24.it le 02 mars 2020, nous les remercions pour ce partage. Article traduit par Roxane Curtet, journaliste Infirmiers.com

Directeur de publication Nurse24.it  

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