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A la rencontre des infirmières indiennes de Kolkata

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Exercice international

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Marie-Josèphe est allée à la rencontre des infirmières indiennes de Kolkata pour découvrir leur quotidien, leurs conditions de travail et perspectives professionnelles. Elle nous décrit la fonction de « sister in charge » en Inde. Témoignage.

infirmières indiennes kolkata

En Inde, les infirmières, ou plutôt « sisters in charge », ont douze patients en charge, un seul repos par semaine et vingt un jours de vacances par an, pour un salaire mensuel de 214,53 €.

Aller à la rencontre de nos consœurs dans les services des hôpitaux publics indiens est un véritable casse tête kafkaïen. Les démarches administratives, très stratifiées, m'ont menée auprès de la direction générale de la santé de Kolkata, département « nursing ». Son directeur, M. Vasjawj m'a reçue cinq minutes dans son imposant bureau de Salt Lake, quartier administratif, paisible et ombragé de Kolkata à une heure en taxi de l'effervescence indienne de cette ville de 4 399 819 habitants et de 16 millions, en comptant son agglomération. Après la lecture de ma demande écrite par la directrice des soins infirmiers, il a statué par un « yes » tandis que son secrétaire lui tournait les pages à signer.

Par courtoisie très British, il m'a fait appeler un taxi. J'ai pu débouler devant l'hôpital où les deux « super intendent » nurses m'attendaient, laisser passer dûment signé et tamponné en main ! Ces deux femmes, surveillantes parlant parfaitement l'anglais, m'attendaient pour me présenter le service de neurologie d'un des plus grands hôpitaux de la ville : le SSKM Hospital West Bengal à Calcutta. Une énorme enclave ceinturée d'une barrière métallique à deux pas du Victoria Mémorial et de la fameuse Église anglicane Saint Paul.

Bâtiments, allées, travaux, des femmes, des enfants, des familles vacant à travers le dédale des panneaux qui dirigent vers les lieux et bureaux de consultations spécialisées. Direction le Banguir institute of neurology.

  • infirmières indiennes à Kolkata
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Aller à la rencontre de nos consœurs dans les services des hôpitaux publics indiens est un véritable casse tête kafkaïen.

Banguir institute of neurology

L'école en soins infirmiers est au de rez-de-chaussée du bâtiment. La formation des « sisters in charge » est très comparable a la notre : 3 ans et demi pour être infirmière générale (nursing base), puis deux ans de spécialisation. Ça peut être en obstétrique, cardiologie, neurologie, bloc opératoire ou psychiatrie. Cependant, cette encolle-là ne forme qu'à la première étape, c'est-à-dire le diplôme d'infirmière générale. Mme Shikha Lahiri, superintendent, (surveillante cheffe) et Mme Neera, superintendent (sous les ordres de Mme Lahiri), prévenues par la direction, m'attendaient au 1er étage pour m'accompagner vers le département d'hospitalisation.

La neurologie se concentre dans un bâtiment proche de l'institut. Un gros cube de ciment de deux étages flanqué d'arbres feuillus contre lesquels les familles se reposent à l'ombre. Sur le coté du bâtiment, une cantine et au fond cachées par des arbustes, des latrines. Au 1er, les femmes, au second, les hommes. L'escalier d'accès aux étages est propre, mais la poussière orange de la ville réussit à s'introduire partout, accrochée aux chaussures et sandales.

Le service des femmes contient une cinquantaine de lits en fer organisés « plus ou moins en vrac » dans deux salles communes. Des tissus de couleurs servent de draps, de pyjamas. Idem pour les hommes à l'étage, allongés, torses nus. Les infirmières, nommées « sisters in charge », sont installées sur une grande table où elles trient les médicaments, inscrivent les transmissions, préparent leur travail de soins.

Ici, 4 « sisters in charge » pour 48 patients sur la journée par étage. Les horaires sont 8 h/15 h, 14 h/20 h, 20h/8h du matin. Un jour de repos par semaine, 21 jours de vacances par an. Salaire : 16 200 roupies par mois soit 214,53 euros.

  • infirmières indiennes à Kolkata
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Les infirmières, nommées « sisters in charge », sont installées sur une grande table où elles trient les médicaments, inscrivent les transmissions, préparent leur travail de soins.

Saraswati Das ou l'histoire d'un parcours courageux

Saraswati Das, « sister in charge » du matin que je rencontre vers 14 heures, semble fatiguée et sourit gentiment aux questions. Elle est pourtant fraîche dans sa tenue blanche, pantalon et blouse à manches courtes, la coiffe rigide fixée sur la tête, son écusson sur l'épaule. Ses épaulettes informent qu'elle est dans le service «  West Bengale Neuro Sciences » (WBNS). Elle porte deux barrettes : formation post basic nurse (une barrette : general nurse, deux barrettes : post basic nurse, trois barrettes : super intendent, quatre barrettes : chef super intendent).

Étant infirmière spécialisée dans l'éducation thérapeutique des patients (SEP), je me suis donc intéressée à ce domaine. Nous recevons des AVC, des hémiplégies, des démences, des scléroses en plaques, des CIDP (Chronic Inflammatory Demyelinating Polyneuropathy (CIDP)). Les Scléroses en plaques ne sont pas fréquentes mais nous en avons quelques unes. Les poussées se manifestent par des problèmes ophtalmologiques, des paralysies motrices. Le traitement immédiat proposé ? 1 g de stéroïdes IV en diminuant progressivement sur 15 jours. Et beaucoup de « nursing management ». Nous les nourrissons, nous les rééduquons à la marche, nous les accompagnons.

Pas de Kinésithérapeute ici. La question du traitement de fond est abordée. Les traitements fournis gratuitement par l’État indien sont l'interféron en injection une fois par semaine (Avonex chez Biogen) ou le methotrexate en comprimé.

Après une sélection en culture générale, en nursing base et en anglais, et trois ans d'études pour le diplôme d'infirmière générale, Saraswati a été formée en neurochirurgie loin de son mari et de sa famille deux années durant. J'ai fait ma formation à 17 ans et demi. Diplômée et mariée à 21 ans, j ai repris un Post Basic à 25 ans pendant 2 ans. J 'ai obtenu une bourse d'études pour cela. Je suis maintenant en famille à Kolkata et depuis 5 ans dans le service neurologie section des hommes, j'ai 45 ans et deux enfants : un garçon et une fille. Je suis fière de mon travail et j'essaierai peut-être de bénéficier d'un master promotion afin de devenir super intendent.

Les deux « super intendent » semblent approuver en hochant la tête. Elles gagnent autour de 30 0000 roupies, soit le double d'une « post basic », avec un travail administratif plus calme que celui de Saraswati dans l'agitation de ses 45 lits. Même si, pendant l'entretien, nous avons été interrompues par des coups de téléphone et des interventions de personnel pour régler des admissions ou des sorties toutes gérées par écrit : pas de « computer » dans leur salle. Il est interdit de photographier les patients dans les salles. Aussi, je mitraille mes collègues bienveillantes et curieuses de la situation des infirmières en France : les 35 heures, les roulements, les RTT, les vacances, la formation, le salaire, la spécialisation... Tout est abordé. Et malgré ces différences entre nous, elles s'estiment privilégiées dans un pays immense et surpeuplé dans lequel elles ont un rôle humain essentiel.

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Infirmière diplômée d'Etat

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