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Reportage au coeur d'un hôpital italien...

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Exercice international

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Grâce à nos collègues italiens de Nurse24.it, nous avons rencontré les infirmières et infirmiers de l'hôpital de Rimini, situé dans la région Émilie-Romagne. Ces échanges nous ont permis de mieux comprendre l'organisation des services hospitaliers italiens ; une organisation finalement très proche de celle que nous connaissons ici en France.

au coeur d'un hôpital italien

Dans l'unité intensive cardiologique et hémodynamique de l'hôpital, Sabrina Bonvicini, une IDE spécialisée en hémodynamique, assure le bon déroulement des examens.

Accueillis par Francesco Pagnini, attaché de presse de l'hôpital, Vianella Agostinelli, directrice des soins infirmiers de l’Unité Sanitaire locale de Rimini et Romina Giannini, responsable des soins infirmiers du département, nous avons pu visiter trois services - urgences, soins post-aigus, soins intensifs de cardiologie - et rencontrer les différents personnels soignants et d'encadrement. Soulignons que dans la province de Rimini, en plus de l'hôpital local, il y a d'autres établissements de santé dans les villes voisines de Riccione, Cattolica, Santarcangelo di Romagna et Novafeltria, pour un total de 867 lits. Autre détail d'importance, le « bassin d'usagers » atteint près d'un million de personnes en été et pendant les fêtes et ce, en raison de l'arrivée de nombreux touristes (surtout Russes, Allemands, Français, Anglais...).

Les trois fleurons du service d'Urgence de l'hôpital de Rimini

  • L'adhésion au projet de l'Organisation mondiale de la santé sur l'hygiène des mains (l’hôpital de Rimini a obtenu en 2015 à Genève le trophée « European Hand Hygiene Excellence and Innovation Award»).
  • La diminution de 54% par rapport à l'année précédente du positionnement du cathéter vésical en première intention, avec comme conséquence une réduction des infections connexes.
  • Le triage de type avancé, c’est-à-dire le fait qu’à Rimini ce soit l'infirmier qui  prenne en charge le patient de manière autonome.

Cap sur le département des Urgences

La coordonnatrice des soins infirmiers des Urgences, Anna Maria Carlini, nous a présenté le travail des infirmiers et des professionnels de santé de ce service. Ce département ouvert 24h/24 accueille en moyenne entre 150 et 400 utilisateurs par jour. En termes d'équipement, le service dispose d'une radiologie d’urgence avec une tomographie axiale informatisée, un échographe et des systèmes radiographiques traditionnels. Le service dispose de 4 salles d'attente, d'une zone avec 5 lits pour l'observation intensive mais brève des patients, d'une zone « de choc » appelée « chambre rouge » dédiée au traitement des patients particulièrement critiques (3 patients peuvent y être traité en simultané), d'une zone de chirurgie avec deux box d'observation. Enfin, le service dispose d'un espace dédié à l'information et au soutien des patients et de leurs accompagnants. Le département des urgences est surveillé par un agent de la police de l'État et par un vigile privé qui, cependant, ne peuvent pas intervenir en cas d'agression. Le cas échéant, il faut alors appeler le service d'urgence au 113 (Police d'Etat) ou au 112 (Gendarmes). En cas de violence ou d'agression contre les professionnels de santé, un « rapport d’incident » spécifique doit être établi sur mandat de la Région.  

Les ressources humaines...

Ce département des urgences compte un grand nombre d'agents : 75 infirmières, 52 professionnels socio-sanitaires, 2 coordonnateurs des soins infirmiers (un dans le service d'urgence et un dans le service de médecine d'urgence) qui peuvent intervenir si nécessaire sur le patient. L'organisation du travail dans le service d'urgence fonctionne par micro-équipe : médecin, IDE et AS. Les horaires des IDE s'étalent sur 3 plages horaires : 7h/13h ; 13h/20h et 20h/7h. Les horaires des AS sont en revanche légèrement décalés : 7h/14h ; 14h/21h ; 21h/7h. Les IDE et AS ont la possibilité de prendre un brunch en milieu de matinée et ont à leur disposition une cantine, à laquelle elles contribuent à hauteur d’un petit co-financement, le reste étant payé par l’unité sanitaire locale et par la région Emilie Romagne.

Les infirmiers (et aides-soignants) peuvent également effectuer des gardes supplémentaires, conformément aux réglementations italiennes et européennes sur les temps de travail. Ils sont alors dédommagés en heures supplémentaires ou en récupération des heures effectuées. Les IDE et les AS nouvellement embauchés deviennent autonomes dans le mois qui suit, en ambulatoire et en service d'urgence, tutorés respectivement par un infirmier et un AS expérimentés. Les étudiants AS et IDE restent dans le service pendant environ 1 mois ou 1 mois et demi, encadrés à tour de rôle par différents professionnels expérimentés. A la fin de la période de stage ils doivent être en capacité de prendre en soin un patient en service ambulatoire (étudiant IDE) et à réaliser les soins de base (étudiant AS).

au coeur d'un hôpital italien

Quid du « triage »…

Nous avons ensuite visité le service de « triage », entièrement géré par des infirmiers (ils sont trois à effectuer les premiers examens relevant de leurs compétences) en présence d'un médecin et d'un interprète (pour les touristes étrangers). Le nombre d’accès au service d'urgence est d'environ 70 000 patients par an, dont environ 4 000 placés en observation intensive. Environ 13% de ces accès a entraîné une hospitalisation. « Le service d'urgence est géré avec le système "Fast Track" nous explique Anna Maria Carlin. Cela allège le travail des infirmiers du triage en répartissant les patients vers les services ambulatoires généraux ou spécialisés (gynécologie, ORL, ophtalmologie, pédiatrie et orthopédie) et en utilisant les codes couleur blanc (légère) , vert (modéré), jaune (sévère) et rouge (très grave). Les temps d'attente pour la gestion des codes jaunes sont l'un des points critiques des urgences, tout comme la trop petite quantité de lits disponibles précise Anna Maria Carlini. Le pourcentage d'accès par code couleur est de 2 % (rouge), 18 % (jaune), 64 % (vert) et 16 % (blanc). Quant à la gestion de l'orthopédie d'urgence, elle se compose de deux box médicaux, d'une salle de plâtre et d'un box chirurgical. Le service est actif uniquement pendant les 12 heures de jour, avec des astreintes de nuit.

Le département est également organisé pour les « urgences maximales » en cas d'afflux massif d'entrants à cause de catastrophes naturelles ou, comme cela est arrivé récemment, en cas d'accidents en chaîne sur l'autoroute.

Pour les italophones… quelques explications sur l'infirmière de « triage »…

Cap sur le département post-aigu

Nous avons été accueilli par la directrice des soins infirmiers Vianella Agostinelli, un médecin et d'autres collègues (deux infirmières gestionnaire de lits) qui nous ont expliqué le travail des infirmiers et des professionnels de santé dans ce service ; un service entièrement géré par des infirmiers, le seul en Italie à avoir son propre directeur des soins infirmiers. En termes de ressources humaines, le service compte 16 infirmiers (7h/13h ; 13h/20h ; 20h/7h), 6 aides-soignants (7h/14h ; 14h/21h), 1 directeur des soins infirmiers et 2 infirmières gestionnaires de lit (case manager). Ces trois derniers travaillent du lundi au vendredi de 8h30 à 14h30 (mais ils restent en général plus longtemps dans le département).

Le médecin n'est pas attaché à ce service et n’est pas présent 24 h sur 24. Le cœur du service est représenté par l'équipe multidisciplinaire (infirmiers, physiothérapeutes, travailleurs sociaux). Il y a une intégration mutuelle totale entre les différents professionnels, y compris entre médecins et infirmiers.

Dans ce département, l'infirmier peut exprimer pleinement son autonomie professionnelle et ses compétences. Les patients qui sont hospitalisés dans ce service sont ceux qui ont atteint une stabilité clinique et pour lesquels un projet a déjà été défini, avec des objectifs spécifiques. Il y a une longue liste d'attente, gérée au niveau de l’Unité sanitaire locale et régionale. Dans la planification des soins, une présence active de la famille est prévue. Elle y reçoit des instructions concernant la prise en charge du patient pour la gestion à domicile. Les horaires d’ouverture sont de 7h à 22h. Grâce au projet inter-universitaire Erasmus, il existe un réseau dense de collaboration et d'échange avec des universités européennes (françaises et espagnoles en particulier). Comme dans le service précédent, les nouveaux IDE et AS bénéficient d'un tutorat un mois durant et les étudiants IDE et AS y effectuent leurs stages dans les mêmes conditions.

Rôle et missions de la directrice des soins infirmiers de l’U.O. post-aiguë, Vianella Agostinelli, Hôpital Infermi de Rimini

En Italie, la direction des soins infirmiers s'articule différemment en fonction des paramètres et contextes régionaux. Ici, les vingt quatre professions paramédicales (notamment le métier d'infirmier) sont régies par le Directeur sanitaire. Nous nous référons donc à une hiérarchie de plus grande envergure. En qualité de directeur, notre mission est de contribuer à la prise en charge des patients en prenant soin des soignants. Améliorer leurs conditions de travail optimise la qualité des soins. Nous décidons aussi des objectifs à atteindre par le personnel soignant et des moyens d'y parvenir. Je pense que presque tous les dirigeants sont des « problem solver », des personnes capables de résoudre des difficultés multiples et variés qui remontent à nous selon un modèle pyramidal. Dans les unités de soins, ce sont les infirmières qui règlent les problèmes. Quand elles n’y parviennent pas, elles s'adressent aux coordinateurs qui eux se tournent vers les infirmiers responsables de département (RID). Donc, plus les problèmes sont significatifs et complexes, plus les dirigeants sont sollicités. Par définition, les infirmiers sont avant tout des personnes capables de résoudre des problèmes de façon pragmatique. Avoir exercé le métier auparavant est donc un atout pour les dirigeants. S'ils ont été capables de résoudre des soucis liés aux soins, ils seront en mesure de le faire dans un contexte managérial et organisationnel.

Cap vers l'unité de thérapie intensive cardiologique et hémodynamique

Visite guidée en compagnie de Paola Chapel, coordinatrice de l'unité. Elle nous a rappelé que les études de ces dernières années montrent que l’intervention la plus pratiquée dans le département est l’angioplastie coronarienne avec introduction de stents.  En outre, les admissions pour des pathologies liées à des arythmies cardiaques, et à la conduction électrique du cœur, sont très nombreuses. Les médecins et les infirmiers du service jouent un rôle de consultants auprès d'autres unités opérationnelles et structures hospitalières. Ils effectuent également des activités ambulatoires. Dans la zone d’hospitalisation, il y a 20 lits (9 chambres doubles et 2 chambres simples). En soins intensifs cardiologiques, les lits sont au nombre de 8 : 4 dans un espace ouvert, 4 dans un espace clos, divisé à son tour en 1 chambre double et 2 simples, dont une pour les patients infectés. Les ressources humaines sont importantes : 75 infirmiers (7h/13h ; 13h/20h ; 20h/7h), 8 aides-soignants (7h/14h ; 14h/21h), 3 coordonnateurs de soins infirmiers, 1 infirmière gestionnaire de lits, 1 Infirmière spécialisée et 2 opérateurs administratifs. Comme dans les autres services, les nouveaux IDE et AS bénéficient d'un tutorat un mois durant et d'évaluations répétées et les étudiants IDE et AS y effectuent leurs stages dans les mêmes conditions. Giulia, étudiante infirmière de 3e année souligne tout l'intérêt de finir sa formation dans ce type de service. Ce stage m'apporte beaucoup. Cela tombe bien car je serai diplômée en novembre prochain. Dans ce service, j'apprends énormément car les compétences infirmières s'y expriment de mille et une façons. Le personnel est super et je suis particulièrement bien encadrée, ce qui est très rassurant. Pour moi, ici, c'est un peu comme une famille. Comme j'avais déjà fait un stage en cardiologie, je connaissais bien le personnel. C'est moins dépaysant ! Bien sûr, dans ce service, nous sommes pas mal confrontés à la mort, une expérience à laquelle on ne s’habitue jamais. Cependant, il faut trouver la force de l’affronter. Cette force, à l'intérieur de nous, il faut la donner aux familles aussi. En cela l’école et les tuteurs ont su m’aider beaucoup. Les enseignements de ce stage soulignent qu'on ne cesse d'apprendre et que chaque jour il y a quelque chose à découvrir et à approfondir ; le côté passionnant ce métier qui va être le mien.

au coeur d'un hôpital italien

Giulia, étudiante en soins infirmiers, en stage à l'UTIC, interviewée par l'équipe de nurse24.it

Le service dispose, sur le même étage, d'un laboratoire d'hémodynamique doté d'un équipement instrumental et technologique unique. Il repose sur un modèle d'organisation visant au diagnostic et au traitement des maladies coronariennes, avec la possibilité d'effectuer des examens spécifiques et des interventions, même en cas d'urgence. Dans ce cas, des médecins et des infirmiers experts interviennent en salle d'opération (parmi ceux qui ont suivi un parcours de formation spécial d'au moins 6 mois). Le département est doté d’équipements de dernière génération qui voient à l’œuvre une infirmière spécialisée en hémodynamique (c'est unique en Italie) Sabrina Bonvicini, formée au suivi des cas spécifiques.

Tatiana, infirmière en unité de thérapie intensive cardiologique.

au coeur d'un hôpital italienJe suis infirmière à Rimini depuis 9 ans. Dans ce service, nous sommes environ trois infirmières pour trois patients. Le matin, une infirmière suppléante nous rejoint. Un aide-soignant est également présent dans le service six heures par jour. Nous tournons dans toutes les unités. Nous ne faisons pas d'heures supplémentaires. Nos responsables hiérarchiques respectent nos 11 heures de repos entre deux prises de poste. L'ambiance de travail est plutôt bonne. Si nos rapports avec les médecins restent strictement professionnels, nous nous entendons bien et interagissons beaucoup avec eux lors de la visite. En cas de problème avec un patient, bien sûr nous nous référons à eux, mais le reste du temps nous sommes très autonomes. Les nouvelles recrues sont secondés par un infirmier référent durant une longue période. Puis ils sont évalués 30 jours, 3 mois et 6 mois après leur prise de poste. Les aides-soignants ont eux aussi une période d'intégration. Nous avons également plusieurs étudiants. En général, ils effectuent des stages d'un mois, un mois et demi. Depuis que nous travaillons dans ce département, mes collègues et moi sommes vraiment satisfaites. Tous les équipements sont de dernière génération, le service semi-intensif est beaucoup plus grand, l'unité de soins intensifs est très bien construite. En termes de logistique, nous avons tout sur place. Je ne connais que très peu les conditions d'exercice en France. J'imagine les hôpitaux plus imposants que le nôtre. Je n'aurais peut-être jamais l'occasion d'y travailler mais si l'opportunité se présente, je chercherai à identifier et comprendre les principales problématiques de la profession infirmière en France. J'estime que les expériences à l'étranger sont toujours très intéressantes, tant d'un point de vue personnel que professionnel. Je n'ai pas encore d'enfant mais si ce jour arrivait et qu'il me demandait de lui raconter mon métier je lui dirais ceci : qu’il doit prendre soin des gens qui sont malades et avoir beaucoup de patience. Avec les patients, avec les médecins, avec les collègues, avec tout le monde, parce que oui, infirmière est vraiment un travail de patience.

Bien des similitudes avec nos organisations françaises...

A l'issue de cette visite, nous avons pu constater, avec surprise, une très forte similitude avec la France dans l'organisation des soins et des équipes soignantes. Les conditions d'exercice des infirmiers italiens ne surprendraient en rien un infirmier français qui voudrait travailler dans un hôpital italien : même rythme très soutenu, mêmes horaires, même constitution d'équipes, des relations avec les médecins assez positives, des matériels et équipements très performants, des étudiants en formation… Evidemment, la langue est différente, mais là, rien de plus normal, nous sommes en Italie !  

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nurse24.it et d'infirmiers.com    bernadette.fabregas@infirmiers.com angelo Riky Del Vecchio direttore@nurse24.it Sara Di Santo, sara.disanto@nurse24.it rédactrice en chef nurse24.it

Merci à Sarah ROBERT pour la traduction de cet article.

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