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Sage-femme en France, infirmière au Canada

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Sage-femme en France, Anne-Hélène vient d’être diplômée infirmière au Canada. Elle découvre un nouveau métier et se construit une nouvelle identité professionnelle. Récit d’un parcours de vie professionnelle… 

sage-femme accouchement

De sage-femme en France à infirmière au Québec, Anne-Hélène a traversé de nombreuses épreuves...

Sage-femme en France

Anne-Hélène a travaillé en France pendant six ans en tant que sage-femme dans un service de « salles de naissances et urgences gynéco/obstétricales » mais aussi dans un service de « grossesses pathologiques, post-partum et chirurgie gynécologique ». Elle a toujours aimé le secteur médical, et ce qu’elle apprécie particulièrement dans le métier de sage-femme est de pouvoir accompagner des femmes dans ce moment particulier et intense de la vie, et d'avoir toujours à s'occuper de deux patients en même temps : la mère et le fœtus ou le nouveau-né, donc de toujours travailler avec deux points de vue et deux savoirs différents... Dans sa maternité, les sages-femmes devaient gérer beaucoup de situations par elles-mêmes (car peu de médecins disponibles), ce qui lui a vite donné une certaine indépendance professionnelle. Anne-Hélène a quitté sa maternité pour rejoindre son mari au Québec il y a quelques années …  ne sachant pas encore qu’elle allait devenir infirmière. 

Arrivée au Canada

L'Ordre des sages-femmes du Québec (OSFQ) et l'Ordre national des sages-femmes de France (ONSF) ont conclu des accords (27 novembre 2009) de « reconnaissance mutuelle des  qualifications professionnelles » « Cet ARM [arrangement de reconnaissance mutuelle] vise à simplifier l'échange de documents entre les ordres, l'étude du dossier, l'accès à une formation d'appoint adaptée à la réalité des champs de pratique respectifs et à déterminer les contenus de cette formation d'appoint » 2. En arrivant au Canada, Anne-Hélène a donc contacté l’ordre des sages-femmes au Québec et entreprit des démarches au niveau du service de l’immigration pour avoir droit à un permis de travail ouvert donnant le droit de travailler avec des enfants (car les permis de travail classiques ne permettent pas cela).

C’est à peu près à ce moment-là, qu’Anne-Hélène a commencé à comprendre les difficultés qu’elle allait devoir affronter pour exercer en tant que sage-femme au Canada.  
Le nombre de sages-femmes est plutôt faible au Québec (148 en 2011, il y en aurait 160 en 2013 notamment parce que les sages-femmes travaillent pour l’essentiel en maison de naissance et non en milieu hospitalier comme en France. Il y a donc peu de postes.

Les accords entre la France et le Québec ne semblent pas encore vraiment mis en pratique dans cette profession (contrairement à la profession d'infirmière) : une fois installée au Canada, l'OSFQ n’a rien pu proposer à Anne-Hélène. Les dossiers d'équivalence étaient complètement bloqués à chaque fois que je les appelais, ils me disaient "qu'il fallait attendre, pour l'instant ils ne pouvaient rien faire pour les sages-femmes étrangères"... De plus, ces accords permettent d'obtenir un permis de travail en tant que sage-femme sans donner droit d’accès à un « véritable » diplôme (après avoir suivi 15 semaines de cours en université et 15 semaines de stage en maison de naissances) !.

Anne-Hélène a commencé à comprendre les difficultés qu’elle allait devoir affronter pour exercer en tant que sage-femme au Canada

Construire un nouveau projet professionnel : devenir infirmière

Il a donc fallu repenser sa situation professionnelle et envisager d’autres solutions. Et pourquoi pas infirmière ? C’est l’Ordre des sages-femmes lui-même qui m’en a parlé !. Certaines sages-femmes étrangères peuvent effectivement obtenir un diplôme infirmier après avoir suivi une solide formation. Elle a donc déposé un dossier auprès de l'OIIQ (Ordre des infirmiers et infirmières du Québec). Après un an de démarches administratives coûteuses et une attente insoutenable, leur réponse est enfin arrivée dans une grande enveloppe blanche : ils valident la possibilité d'équivalence !

Après neuf mois de formation intitulée « Intégration à la profession d'infirmières » (suivi de cours et réalisation de stages pratiques en chirurgie cardiaque, en chirurgie gynécologique et digestive, en psychiatrie et en gériatrie), Anne-Hélène est devenue « CÉPI » : Candidate à l'Exercice de la Profession d'Infirmière, statut qui lui permet de travailler dans un hôpital mais avec moins de responsabilité qu'une infirmière… et avec un salaire inférieur, bien entendu ! Elle a ensuite passé l'examen de l'OIIQ qui lui permet d’obtenir maintenant le diplôme d'infirmière.

Alors qu’elle était en plein milieu de sa formation infirmière, elle a reçu une lettre de l'OSFQ lui disant qu'ils allaient commencer une cohorte de cours, mais qu'il y avait un problème de place pour les stages (parce qu'il y a peu de maisons de naissances), et qu'il faudrait donc attendre plusieurs mois, voire sans doute plusieurs années, entre les cours et les stages...

Même si elle n'a pas complètement fermé la porte au métier de sage-femme, Anne-Hélène a décidé de prioriser sa formation d'infirmière : d’abord parce que les possibilités de poste sont plus favorables, ensuite et surtout parce qu’elle a découvert une profession dans laquelle elle trouve progressivement sa place. 

Même si elle n'a pas complètement fermé la porte au métier de sage-femme, Anne-Hélène a décidé de prioriser sa formation d'infirmière...

Intégration

Après avoir travaillé en France en tant que sage-femme, la situation dans laquelle Anne-Hélène s’est retrouvée (ancienne professionnelle et nouvelle stagiaire en même temps) n’était pas toujours évidente à gérer : ce n'est pas facile de retourner à un statut d'étudiante et surtout de stagiaire à l'hôpital, alors qu’on a travaillé pendant 6 ans.... Finalement, sa formation s’est très bien passée, encadrée par des enseignants très compréhensifs par rapport à son statut délicat (ils ont toujours été très motivants et cette formation m'a beaucoup intéressée), lui donnant l’occasion de découvrir en douceur le milieu hospitalier québécois. 

L’intégration d’Anne-Hélène lors de ses stages s’est déroulée sans trop de difficulté. Elle a su s'adapter d'une profession à une autre, ce qui au départ ne lui semblait pas évident... Mais sa situation a toujours été bien perçue, aussi bien par les équipes que par les patients. Les patients que j'avais en charge étaient étonnés quand, une fois le lien de confiance établi et qu'on parlait bien ensemble, je leur disais que j'étais anciennement sage-femme... ça les faisait plutôt rigoler de voir que ce que je faisais maintenant n'avait rien à voir avec mon ancienne profession, surtout les hommes !

Elle a su trouver sa place en tant qu’infirmière auprès des patients mêmes anglophones ! en général ils se moquent gentiment de mon "strong French accent" mais tant qu'ils me comprennent c'est l'essentiel !.

Anne-Hélène a encore du mal à se définir comme infirmière... je crois qu'au fond de moi je resterai toujours une sage-femme... mais le fait de faire ces études au Canada, d’obtenir son diplôme, et finalement de devenir infirmière, lui a ouvert de nouveaux horizons, de nouveaux champs d’actions. Même si son projet reste de travailler dans le secteur de l'obstétrique, ce parcours lui a permis d’avoir un nouveau regard sur le milieu médical et son propre travail. Elle s'intéresse d’avantage à cette profession, devenue la sienne maintenant je lis des articles d'infirmiers par exemple, alors qu'avant seuls ceux liés à la profession de sage-femme m'intéressaient et s’investit pleinement dans son travail d’infirmière. 

Heureuse de pouvoir retourner à ses premiers amours, Anne-Hélène travaille aujourd’hui comme infirmière en salle d’accouchement au sein d’un grand hôpital de niveau 3

Premier poste au Canada

Anne-Hélène vient de trouver son premier poste au Canada. Heureuse de pouvoir retourner à ses premiers amours, elle travaille aujourd’hui comme infirmière en salle d’accouchement au sein d’un grand hôpital de niveau 3 avec un peu plus de 4 000 accouchements par an. Après une période d’encadrement de 9 semaines (6 semaines au bloc obstétrical et 3 semaines sur l'unité anténatale - équivalent du service de grossesses pathologiques en France), Anne-Hélène entre dans le vif du sujet. Infirmière aujourd’hui, elle retrouve des regards, des paroles et des gestes qu’elle connaît bien du fait de son expérience de sage-femme tant dans sa relation avec les patients qu’au niveau de sa pratique (surveillance du travail, pose des monitorings, pose d'IV, prises de sang, médication, enseignement, surveillance de la mère et du nouveau-né, soutien à l'allaitement...). Plus encore, elle a même été surprise de voir à quel point ce qu’elle fait au Québec en tant qu’infirmière en salle d’accouchement ressemble beaucoup en termes de pratiques à ce qu’elle faisait en France en tant que sage-femme avec la différence qu' il faut attendre le "feu vert" des médecins pour initier quoi que ce soit, alors qu'en France les sages-femmes agissent d’avantage sous leur propre responsabilité. Evidemment, la différence la plus importante est surtout qu’aujourd’hui ce n’est plus elle qui fait les accouchements !

Ses compétences et sa pratique acquises en France lui permettent maintenant de s’intégrer plus facilement au métier d’infirmière et d’y trouver sa place. Toutefois, l’expérience d’Anne-Hélène pose un certain nombre de questions, notamment celles de la reconnaissance des sages-femmes bien d’actualité au Québec comme en France. 

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psychologue/consultante en recrutement eve.rigoulot@gmail.com

Remerciements à Mille mercis à Anne-Hélène pour le temps précieux qu’elle m’a accordé et le témoignage apporté. 

Webographie

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