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18 recommandations pour développer l’activité transfusionnelle en HAD

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Possible depuis de nombreuses années dans le cadre d’une hospitalisation à domicile, la transfusion sanguine à domicile représente pourtant en 2017 moins de 0,1% de l’activité d’HAD, soit environ 1500 patients dans l’année. La Société Française de Transfusion Sanguine (SFTS)1 et la Société Française de Vigilance et de Thérapeutique Transfusionnelle (SFVTT)2, en lien avec la Conférence nationale des Coordonnateurs Régionaux d’Hémovigilance (CNCRH)3, émettent 18 recommandations professionnelles pour permettre à un plus grand nombre de malades de bénéficier de transfusion à leur domicile.

Poche de sang

Fruit de plus d’un an de travail, 18 recommandations ont été émises par un groupe de travail pluridisciplinaire spécifiant ainsi les conditions de qualité et de sécurité requises pour mettre en œuvre une transfusion à domicile.

Rappelons que l’hospitalisation à domicile (HAD) permet aux patients nécessitant des transfusions régulières d’éviter de nombreuses heures de transport, de bénéficier du confort de leur domicile tout en étant soignés dans les mêmes conditions de sécurité et de qualité des soins que dans les établissements de santé conventionnels. Pour la Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD)4, les freins au développement de cette activité sont connus : une activité sous-financée et le besoin de recommandations professionnelles précisant le cadre d’intervention à domicile. Lors des Universités d'Hiver de la Fédération en décembre 2017, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avait annoncé une revalorisation des tarifs de la transfusion sanguin, revalorisation désormais effective depuis le 1er mars dernier. Pour accompagner cette valorisation d'activité, des recommandations étaient indispensables afin de garantir la qualité des soins. Fruit de plus d’un an de travail, elles ont été émises par un groupe de travail pluridisciplinaire (1, 2, 3), spécifiant ainsi les conditions de qualité et de sécurité requises pour mettre en œuvre une transfusion à domicile. Une évaluation à un an de ces recommandations et de leur appropriation par les acteurs est également prévue.

Qualité et sécurité : 18 recommandations pour  développer la transfusion en HAD

  • Recommandation 1 - Les critères d’inclusion et d’exclusion doivent être formalisés dans un document établi par l’établissement d’HAD et mis à disposition de tout médecin susceptible de prescrire (médecin traitant, médecin coordonnateur de l’HAD, médecin hospitalier référent) une transfusion pour un patient en HAD.
  • Recommandation 2 - Les professionnels médicaux et paramédicaux susceptibles d’être impliqués dans la thérapeutique transfusionnelle sont formés et habilités. L’habilitation répond à un processus de formation comprenant une succession d’actions à réaliser par un professionnel pour lui permettre d’acquérir des compétences. L’habilitation permet au responsable d’activité de s’assurer de la capacité d’une personne à réaliser une ou des taches précises. Les critères doivent être documentés avec des éléments de preuves à apporter. Ce processus et le suivi de leurs compétences sont assurés par l’établissement d’HAD.
  • Recommandation 3 - Les médecins qui vont inclure le patient dans un programme de transfusion en HAD doivent disposer de toutes les informations nécessaires : dossier médical complet avec le dossier transfusionnel et les résultats pré-transfusionnels obligatoires (2 déterminations de groupage sanguin et RAI valides) ainsi que les éventuelles consignes transfusionnelles.
  • Recommandation 4 - Le médecin prescripteur (le médecin traitant par exemple), ou le cas échéant le médecin coordonnateur, s’engage par écrit à être joignable à tout moment pendant la transfusion et dans les deux heures qui suivent la fin de la transfusion.
  • Recommandation 5 - Un document d’information pré et post-transfusionnel doit être remis à tout patient transfusé et/ou au proche du patient, précisant le type de surveillance clinique rapprochée pendant les 2 heures qui suivent la transfusion. Ce document indique également le numéro de téléphone de la personne à contacter en cas de besoin.
  • Recommandation 6 - Le prescripteur s’engage à respecter les bonnes pratiques transfusionnelles qui lui incombent. Il est recommandé de ne prescrire qu’un seul CGR (concentrés de globules rouges) . Un contrôle biologique du taux d’hémoglobine sera réalisé dès le lendemain de la transfusion. En fonction de l’évaluation clinique du patient, un deuxième CGR pourra être prescrit, en veillant à la validité de la RAI.
  • Recommandation 7 - Le patient doit disposer d’une information médicale éclairée sur l’acte réalisé et avoir donné son consentement. Les proches s’engagent à rester auprès du patient pendant et au minimum deux heures après la fin de la transfusion.
  • Recommandation 8 - L’HAD met en place une organisation en respectant les conditions prévues pour la transfusion et son suivi :
    • L’acte transfusionnel est réalisé par un médecin ou sur prescription médicale, par un infirmier à condition qu’un médecin puisse intervenir à tout moment. L’infirmier s’assure que le patient est en état de recevoir le soin par la prise des paramètres vitaux de référence.
    • Un CGR doit être transfusé dans les 6 heures suivant la réception réalisée conforme au domicile du patient.
    • Obligation de la réalisation des contrôles ultimes pré-transfusionnels : contrôle des concordances et contrôle ultime de compatibilité ABO du sang du patient et du CGR à transfuser.
    • Surveillance de la transfusion pendant et 2 heures après son arrêt.
    • Retour de traçabilité du produit transfusé vers la structure de délivrance.
    • Prise en charge du patient en cas de survenue d’un EIR.
    • Mise à disposition d’une trousse d’urgence dont le contenu est détaillé dans la procédure annexe.
  • Recommandation 9 - L’établissement d’HAD non rattaché à un établissement de santé doit avoir identifié un correspondant d’hémovigilance et de sécurité transfusionnelle pour son activité transfusionnelle. Une convention de partenariat est établie entre la structure d’HAD indépendante et l’établissement de santé de référence.
  • Recommandation 10 - La structure de délivrance s’engage à respecter les bonnes pratiques qui lui incombent.
  • Recommandation 11 - Le transport du PSL (produit sanguin labile) est assuré dans le respect des bonnes pratiques par un professionnel formé à cette activité dans le respect des termes définis dans le contrat de prestation. Dans certains cas particuliers, le personnel infirmier en charge du patient peut lui-même assurer le transport à condition de disposer du matériel validé conjointement avec la structure de délivrance.
  • Recommandation 12 - Les exigences de sécurité transfusionnelle imposent que l’infirmier devant réaliser l’acte transfusionnel puisse disposer de tous les éléments du dossier transfusionnel lui permettant d’effectuer les vérifications ultimes pré-transfusionnelles. Une procédure doit expliciter les vérifications à effectuer à réception du produit sanguin labile au domicile du patient par l’infirmier (check list : vérification de la conformité du transport, présence et vérification des concordances des documents de groupage sanguin et de RAI, de l’identité du patient, conformité du PSL...).
  • Recommandation 13 - Avant de débuter la transfusion, l’infirmier doit s’assurer que le médecin responsable est joignable afin de pouvoir intervenir à tout moment de l’acte transfusionnel dans les meilleurs délais.
  • Recommandation 14 - L’infirmier qui a posé et mis en route la transfusion doit assurer une présence et une surveillance conforme aux consignes transmises par le médecin prescripteur durant toute la transfusion.
  • Recommandation 15 - La surveillance doit être particulièrement attentive et continue au moins les 15 premières minutes puis régulière par la suite. Elle impose la traçabilité des paramètres vitaux (pouls, pression artérielle, température et fréquence respiratoire) avant le début, pendant et à la fin de la transfusion ainsi qu’avant le départ de l’infirmier (par exemple après avoir rangé le matériel). L’infirmier remet au patient et au proche un document précisant les conditions de la surveillance dans les deux heures qui suivent la fin de la transfusion, les signes d’alerte d’EIR et les personnes à contacter. Le proche s’engage à rester auprès du patient durant au moins les deux heures qui suivent la fin de la transfusion. L’emploi de technologies modernes de surveillance (vidéotransmission, objets connectés…) sera introduit dans la mesure des moyens disponibles.
  • Recommandation 16 - Une procédure de conduite à tenir en cas de survenue d’un EIR (Effets Indésirables Receveurs) au cours ou au décours de la transfusion doit être à disposition de l’infirmier et du médecin responsable. Tout dysfonctionnement de la chaîne transfusionnelle doit également être signalé au correspondant d’hémovigilance de l’HAD dans les meilleurs délais afin d’être déclaré au réseau national d’hémovigilance et analysé.
  • Recommandation 17 - Une procédure doit expliciter le devenir, après transfusion, de la poche transfusée, du dispositif de contrôle pré transfusionnel et du matériel nécessaire à la réalisation de l’acte transfusionnel.
  • Recommandation 18 - Une procédure doit expliciter le devenir de la fiche de délivrance et des documents liés à la réalisation et à la surveillance de la transfusion (documents à placer dans le dossier transfusionnel du patient et document à adresser au correspondant d’hémovigilance concerné ou directement à la structure de délivrance selon les accords établis). Le médecin informe le patient sur la transfusion réalisée et organise le suivi immuno-hématologique (RAI 1 à 3 mois après la transfusion).

• Accéder au document cadre « Hospitalisation a domicile et transfusion » dans son intégralité.

Notes

  1. Société Française de Transfusion Sanguine (SFTS)
  2. Société Française de Vigilance et de Thérapeutique Transfusionnelle (SFVTT)
  3. Conférence nationale des Coordonnateurs Régionaux d’Hémovigilance (CNCRH)
  4. Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD)
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