IBODE

Ibode : des avancées, mais des attentes demeurent

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Du 20 au 23 mai 2015 se déroulaient les 32èmes Journées Nationales d’Etudes et de Perfectionnement de l’Union Nationale des Associations d’Infirmiers de Bloc Opératoire Diplômés d’État (Unaibode), à Lyon. L’occasion de revenir sur les nouveaux actes exclusifs que les Ibode sont habilités à pratiquer et d’aborder l’avenir de la profession.

bloc opératoire ibode

L'Ibode apporte une réelle plus-value au sein du bloc opératoire.

Depuis le 30 janvier 2015, les Infirmiers de Bloc Opératoire Diplômés d’État se sont vus confier quatre nouveaux actes exclusifs. Lors des Journées Nationales d’Études et de Perfectionnement de l’Unaibode, où se sont réunis environ 1 000 participants, Brigitte Ludwig, présidente de l’Unaibode, est revenue sur la parution du décret n° 2015-74 du 27 janvier 2015 qui concrétise un travail de longue haleine.  Les Ibode ont enfin obtenu une reconnaissance de leur plus-value, souligne-t-elle Nous nous sommes battus, pendant plus de dix ans, pour obtenir enfin gain de cause en janvier dernier. Oui ! Le texte réglementaire relatif aux actes infirmiers relevant de la compétence exclusive des infirmiers de bloc opératoire a enfin été signé par le Premier Ministre. C’est pour nous un pas en avant d’avoir obtenu ce décret. Nous avons réussi à combler un vide juridique, car auparavant, aucun acte ne pouvait être prescrit par le médecin aux aides opératoires ». Elle tient également à préciser que « nous n’avons rien enlevé aux infirmiers en exercice au bloc, on a donné davantage aux Ibode.

Brigitte Ludwig a par ailleurs précisé que 9 245 Ibode (6 200 travaillant pour la Fédération Hospitalière de France, 2 320 exerçant au sein de la Fédération de l'Hospitalisation Privée et 725 au sein de la Fédération des établissements hospitaliers & d'aide à la personne privés non lucratifs) devront suivre la formation de 49 heures avant le 31 décembre 2020 au sein d'une école d'Ibode afin de pouvoir accomplir les différents actes exclusifs. S'agissant des EIBO, la formation à ces actes sera intégrée à leur cursus dès octobre 2015. Certains jeunes Ibode (environ 80 issus de quatre écoles), sortis de formation en avril 2015, ont d'ores et déjà pu bénéficier de cette formation.

Plusieurs Ibode ont fait remarquer que ces actes exclusifs sont toujours, malgré la parution de ce décret, exercé par des IDE au sein de certains établissements. Maître Boyer, avocat de l'Unaibode, s'est montré très clair à ce sujet. Avant janvier 2015, les Ibode se trouvaient dans un flou juridique. Il n’y avait pas d’acte mais la fonction d’aide opératoire était reconnue. En cas d’accident, il était difficilement démontrable qu’il y avait une intention frauduleuse de faire quelque chose d’interdit. Aujourd’hui, la sortie du texte change tout. Ces actes sont réservés à des infirmiers spécialisés. En cas d’accident, il est démontrable que les établissements qui font faire ces actes à des IDE avaient une intention frauduleuse. Cela va se traduire, notamment, par la non prise en charge de ces établissements par les assureurs ». Et d'ajouter « il faut aussi lire dans ce texte que l’Ibode apporte une plus-value à l’établissement.

Oui, il existe une place pour l’exercice des Ibode en pratique avancée !

Zoom sur les nouveaux actes

Le décret du 27 janvier 2015 relatif aux actes infirmiers relevant de la compétence exclusive des infirmiers de bloc opératoire définit "les actes et activités que les infirmières et infirmiers de bloc opératoire sont seuls habilités à réaliser à condition d'avoir suivi une formation". Les Ibode peuvent, seuls, sur protocole écrit, daté et signé par le ou les chirurgiens, à condition qu'ils puissent intervenir à tout moment, ainsi procéder à :

  • l'installation chirurgicale du patient ;
  • la mise en place et la fixation des drains sus-aponévrotique ;
  • la fermeture sous-cutanée et cutanée. À noter que cet acte peut être effectué n'importe où dans l'établissement, et pas uniquement dans le cadre d'une opération chirurgicale.

Ils peuvent en outre apporter une aide à l'exposition, à l'hémostase et à l'aspiration au cours d'une intervention chirurgicale, en présence du chirurgien. Enfin, il permet à l'Ibode, au cours d'une intervention chirurgicale, en présence et sur demande expresse du chirurgien, d'avoir une fonction d'assistance pour des actes d'une particulière technicité qui seront déterminés par arrêté du ministre chargé de la santé.

C’est pour nous un pas en avant d’avoir obtenu ce décret. Nous avons réussi à combler un vide juridique, car auparavant, aucun acte ne pouvait être prescrit par le médecin aux aides opératoires

La réingénierie au point mort

Brigitte Ludwig a relevé que les travaux sur la réingénierie de la formation étaient bloqués depuis plusieurs années. Les infirmiers sont en attente d'un arbitrage du gouvernement sur l'universitarisation des formations paramédicales depuis la parution du rapport, en février 2014, des Inspections générales des affaires sociales (Igas) et des affaires de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR). Cette attente a un impact sur la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) puisque le nouveau référentiel de formation n'est pas paru. En effet, si les candidats n'ont validé qu'une partie des compétences, ils ne pourront pas valider les autres compétences d'Ibode en école, déplore Brigitte Ludwig, car la VAE fonctionne selon une logique de compétences, contrairement à la formation Ibode où l'on valide des modules. Et d'ajouter qu' obtenir son diplôme via la VAE n'est pas si facile. Ce n'est pas parce que vous avez trois ans d'expérience que vous aurez votre diplôme, précise Aline Dequit, présidente de l'Association des Enseignants des Écoles d'Infirmiers de Bloc Opératoire (A.E.E.I.B.O). Les premiers jurys d'évaluation doivent se réunir en septembre 2015 pour examiner les dossiers des candidats.

Autre combat mené par l'Unaibode : l'annulation de l'expérience professionnelle de deux ans obligatoire pour pouvoir intégrer une école d'Ibode. Là encore, Brigitte Ludwig regrette que le sujet n'ait connu aucune avancée.

Si nous n'avons pas reçu de réponse d'ici la fin de l'année, nous devrons passer à la vitesse supérieure pour nous faire entendre

Enfin, sur la pratique avancée, la présidente de l'Unaibode a souligné, dans son discours d'ouverture, que nous nous accrochons, avec le tout nouveau Collège Infirmier Français, à ce que soit voté l’article 30 du projet de loi de santé qui propose la création d’un « titre d’exercice en pratique avancée ». Ce projet permettrait à des professionnels de santé d’accomplir ou de réaliser de façon autonome, des missions d’éducation, de prévention en santé, de dépistage, d’évaluation clinique, de recherche, qui feront évoluer nos métiers pour de meilleurs soins ! Il est grand temps d’entreprendre sur ce sujet une réflexion collective. Oui, il existe une place pour l’exercice des Ibode en pratique avancée !

Les Ibode resteront attentifs sur l'avancée des travaux de ces différentes questions. Si nous n'avons pas reçu de réponse d'ici la fin de l'année, nous devrons passer à la vitesse supérieure pour nous faire entendre, prévient Brigitte Ludwig.

lauréats prix Soferibo 2015

Jordane Delrieu, Annie Miserole et Aurélie Passebocs, les trois lauréates du prix Soferibo 2015, entourées par Dany Gaudelet, présidente de la Soferibo, et Brigitte Ludwig, présidente de l'Unaibode.

Trois Ibode récompensées pour leurs travaux d'intérêt professionnel

Pour la troisième année consécutive, le prix Soferibo (Société Française d'Évaluation et de Recherche Infirmière en Bloc Opératoire) a récompensé les meilleurs articles issus des travaux d'intérêt professionnel de trois Ibode. L'occasion de favoriser la recherche infirmière en bloc opératoire et la diffusion des travaux. Les trois lauréats sont :

  1. Jordane Delrieu : L’Ibode et l’utilisation efficiente du matériel à usage unique
  2. Annie Miserole : Le téléphone portable, il n’est pas trop tard pour raccrocher
  3. Aurélie Passebocs : Le développement durable au coeur du bloc opératoire
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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Commentaires (10)

loulic

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#10

tant pis ...

… ainsi soit il puisque c'est foutu et qu'il n'y a rien à faire.

Originale

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#9

IDE et rien d'autre

Il y a des IDE suffisamment!!Loulic sauf qu'au bloc, on n'improvise pas....On en revient donc à la formation....Les IDE sont à même de travailler au bloc.La circulaire de 1998 disait cela,se former dans les 3 ans.... mais il y a eu un grand vide...et pas assez de formation, et peu de soutien, de ceux même avec qui on travaille tous les jours....Les écoles ont fermées....L’exclusivité de fonction vient un peu tard et pourquoi que pour les aides opératoires,qui souvent sont fait par des internes en programmé, alors on se situe où?On fait des aides op que pendant les astreintes?en heure sup?On nous prend pour des ...Je redis que ceux qui décident ne travaille pas dans un bloc périphérique, ne voient pas la réalité, les problèmes insolubles que ça génèrent pour les cadres, pour les équipes....
J’attends que vous me racontiez comment cela se passe dans vos blocs....

loulic

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#8

balle dans le pied

Et avec ce genre d'argument on va vous dire "oui, mais vous n'êtes pas assez d'IDE alors on va autoriser les AS et les secrétaires à circuler et instrumenter".

Originale

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#7

Aide opératoire et instrumentation

Dans les hôpitaux, lors d'une intervention, on s'habille à trois suivant les interventions(voir plus dans les CHU...):le chirurgien, l'aide op et l’instrumentiste.Dans le privé(j'y ai travaillé), on est deux:le chirurgien et l'aide opératoire/instrumentiste...donc c'est sur que vu le nombre d'IBODE par rapport au IDE....Il va bien falloir continuer à opérer les patients qui déjà attendent longtemps leur plage opératoire.
Et quand on est service publique et que la population attend de nous d'être opérée rapidement en cas d'urgence: on ne va pas pouvoir mettre en avant que parce qu'on est IDE et pas IBODE, on ne va pas s'occuper d'eux la nuit , en weekend,parce que les astreintes ne peuvent pas être assurées par des IDE et que les IBODE ne sont pas assez nombreuses pour les prendre, en plus de leur temps de travail....On est loin des 35heures....Et heureusement qu'il y a les RT car sinon on est tous, toutes en burn out.
Je me demande si les personnes qui prennent des décisions sont vraiment au fait de ce qui se passe dans les cliniques et les hôpitaux....Je me répète mais je pense que nos conditions de travail ne font que ce dégrader, avec du personnel de bloc formé vieillissant....Alors comment peux-t-on se reconvertir quand on est IBODE????Et le problème c'est que ça donne pas envie de se former, surtout au vue de la grille salariale IBODE par rapport à celle des IDE....Je crois que TOUT est dit!

doowy

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#6

.

dopamine tu dis: Pour le moment la porte est entrouverte avec ces nouveaux actes exclusifs (ça n'empêche pas des IDE d'instrumenter).
Or le décret dit que les IBODE sont les seuls a pouvoir
" en outre apporter une aide à l'exposition, à l'hémostase et à l'aspiration au cours d'une intervention chirurgicale, en présence du chirurgien."
Pourtant c'est ce que je fais tous les jours quand j’instrumente. je vais pas servir a grand chose pendant l'intervention si je ne peux pas faire ça.

Originale

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#5

acte exclusif IBODE

Le problème c'est les astreintes....ce sont des aides opératoires, si les IDE disent qu'elles ne veulent plus en faire....et bien on est dans la m....dans tous les blocs de France

Dop@mine

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#4

C'est une avancée

Regardez les actes, les IDE ne sont pas prêts de disparaître des blocs. Mais c'est une avancée ! Comment justifier d'une formation si on peut faire la même chose sans se former ?

Pour le moment la porte est entrouverte avec ces nouveaux actes exclusifs (ça n'empêche pas des IDE d'instrumenter).

Il faut que les gens soient plus formés et donc cela laisse le temps aux établissements de faire le nécessaire pour les envoyer en formation. Et puis on ne peut pas revendiquer certains niveaux universitaires sans avoir la formation qui va avec...

Originale

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#3

formation

La formation IBODE a un coup certains, et les établissements n'ont pas des moyens suffisants pour former 25 personnes d'ici 2020(IDE et IBODE)....et faire tourner les blocs déjà en pénurie de personnel...alors si en plus on fait fuir le personnel( formé sur le tas, par nous les IBODE...),qui ne veulent pas partir 18mois , en laissant leurs jeunes enfants, leurs maris, ou leur projets autres....
Si il y a plus que les "vieilles IBODE" qui n'ont pas envie de changer de lieu de vie, de travail(elles ont déjà donné...), alors qui va rester pour faire tourner les blocs....
Surtout que dans la réalité de nos blocs, ces jeunes femmes non formées IBODE, sont bien appréciées par les chirurgiens.
18 mois c'est trop long.
12 mois aurait été suffisant et le personnel n'aurait pas rechigner à se former.
Ibode fier de l'être mais vu les conditions de travail, très pessimiste pour l'avenir...

doowy

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#2

c'est bien sur le principe, mais en pratique...

C'est bien sur le principe mais comment vont tourné les bloc qui aujourd'hui fonctionne avec principalement des IDE. là ou je travaille il y a 3 IBODE et 70 IDE de bloc plus 3 AS ayant eu le statut d'aide opératoire pour 24 salles d’opération. Si les IBODE sont les seule a avoir le droit de toucher aux instruments ça va être dure de faire tourné tout les blocs

Originale

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#1

Et les astreintes....

Alors ma question est la suivante:comment faire tourner un bloc qui fonctionne avec des astreintes(aide opératoire) et dont le personnel est des IDE....les 6 malheureuses IBODE doivent elles prendre toutes les astreintes?
Tous les blocs de France sont loin d'avoir un bloc d'urgence, alors qu'elle solution envisager?
Les astreintes se font sur le volontariat en priorité, alors on fait quoi maintenant?Le personnel n'a pas forcément envie et les capacités physique pour travailler autant....
Rien n'est jamais résolu, encore un autre problème pour nous les IBODE, dans un métier qui est particulièrement fatigant, avec des IBODE ancienne qui fatiguent....