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Allergies aux antiseptiques

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Les antiseptiques, comme tous les médicaments, peuvent provoquer une allergie, c’est-à-dire une réaction trop violente du système immunitaire face à un élément étranger. Est-ce fréquent ? Est-ce grave ? Quelle est la conduite à tenir ?

Les hypersensibilités

En fait, ce qu'on appelle communément « allergie » regroupe plusieurs phénomènes différents : ce sont les « hypersensibilités ». Selon la classification de Gell et Coombs révisée1, on distingue 4 types d'hypersensibilité :

MécanismeManifestations cliniques
Type I :
hypersensibilité immédiate
Production d'IgE
Dégranulation mastocytaire
• Rhinite allergique
• Asthme,
Anaphylaxie
Type II :
hypersensibilité par anticorps cytotoxiques
Fixation d'anticorps (IgG) sur des récepteurs cellulaire/activation du système du complément •Anémies hémolytiques
•Cytopénies médicamenteuses
...
Type III :
hypersensibilité par immuns complexes
Lié aux IgG
Dépôt de complexes antigène-anticorps
• Maladie sérique
• Vascularites
...
Type IV :
hypersensibilité retardée
Réaction d'infiltration lymphocytaire ; production de cytokines Eczéma de contact
(dermatite allergique de contact)
• Réaction tuberculinique
• Exanthèmes bulleux
...

(Tableau adapté de Werner J.Pichler1 )

A part, la dermite irritative : une réaction non allergique

La dermite (ou dermatite) irritative est une réaction inflammatoire cutanée non liée à une hypersensibilité2 : la peau réagit à une agression chimique (ou mécanique) par une réaction inflammatoire avec production de cytokines3.

Quels antiseptiques peuvent être en cause ?

Tous les antiseptiques, mais parmi les antiseptiques les plus utilisés, on peut citer :

La chlorhexidine

démangeaisons allergies

Face à un eczéma de contact, il faut rincer l'antiseptique ; contacter le médecin traitant. Ne plus utiliser l'antiseptique en cause chez ce patient en attente d'un diagnostic.

Utilisée sous forme de sels (digluconate,  diacétate, dihydrochloride), tous ont un pouvoir allergénique2, 4, 5, 6. Des chocs anaphylactiques parfois sévères ont été décrits après applications sur muqueuses génitales2,5, après utilisations de dispositifs médicaux imprégnés2, ou après application sur la peau saine2,5. Sont plus souvent décrits des eczémas de contact (ou dermite allergique de contact) : le taux de sensibilisation à la Chlorhexidine, estimée autour de 1%8 à 2%2, 8, semble en augmentation5, 6, possiblement par exposition croissante via la multitude de produits (pharmaceutiques ou non5, 6, 7) en contenant.

La povidone iodée

L'allergène en cause n'est jamais l'iode, mais la povidone9 ou un excipient tel que le nonoxynol910.) Exceptionnellement des réactions d'hypersensibilité: urticaire, œdème de Quincke, choc anaphylactique, réaction anaphylactoïde ont été décrites10. Une dizaine de cas ont été rapportés depuis des décennies d'utilisation dans le monde entier9, 11. Des réactions cutanées locales peuvent se produire: dermites caustiques à type de brûlures en cas de macération et eczéma de contact10.

En pratique, les réactions allergiques aux antiseptiques sont rares, et on sera plus souvent confronté à des dermites irritatives3, surtout en cas d'utilisation sur une peau lésée, sous occlusion ou macération2.

Quels symptômes ?

Une réaction de type I (anaphylaxie) se manifeste par des symptômes généraux d'apparition rapide12 : cutanés (érythème prurigineux, urticaire généralisé), respiratoires (rhinite, dyspnée, bronchospasme, œdème de Quincke), digestifs, cardiovasculaires (hypotension artérielle, tachycardie ou bradycardie), choc anaphylactique. Ces manifestations se reproduisent à chaque application. Un bilan allergologique est nécessaire12.

Une réaction de type IV (dermatite ou eczéma allergique de contact) se manifeste plusieurs heures après l'application (généralement 24 à 48 heures) chez un sujet déjà sensibilisé13. Typiquement, les premiers signes sont un placard érythémateux à contours émiettés, prurigineux13, initialement localisé à la zone de contact avec l’allergène, pouvant ensuite diffuser à distance13. L'évolution passe par une phase vésiculeuse, suintante, enfin une phase croûteuse ou desquamative suivie d’une guérison sans cicatrice13.En l'absence d'éviction de l'allergène, la dermatite devient chronique. Des tests allergologiques sont nécessaires pour établir un diagnostic de certitude13.

Une dermatite irritative de contact peut ressembler à l'eczéma allergique de contact3 , mais les lésions sont généralement limitées au site d'application3 ; les symptômes rapportés sont classiquement des sensations de picotements et de brûlure3. Ces dermatites aux antiseptiques sont majorés par une utilisation incorrecte, par exemple antiseptique à trop forte concentration, sur une peau fragilisée, notion de macération (pansement sous occlusion)2.

Que faire en pratique ?

Face à une anaphylaxie, il faut contacter de toute urgence un médecin, ou le SAMU en cas de signes de choc. Allonger et rassurer le patient, prendre les constantes. Arrêter toute médication en cours12.

Face à un eczéma de contact, il faut rincer l'antiseptique (éviction de l'agent causal) 13 ; contacter le médecin traitant. Ne plus utiliser l'antiseptique en cause chez ce patient en attente d'un diagnostic.

A distance de l'épisode, si le diagnostic de dermatite allergique est confirmé, l'utilisation de cet antiseptique sera contre-indiquée.

Pour conclure

Des réactions allergiques ou d'irritation peuvent survenir après l'application d'antiseptiques, mais ceux-ci restent des produits incontournables dans la prévention des infections pour tout geste infirmier. Connaître les causes et manifestations de ces réactions est essentiel pour réagir de manière adaptée. Les dermatites d'irritation (non allergiques), les plus fréquentes3, peuvent être prévenues en respectant le bon usage des produits.

Références

  1. Pichler W.J. Drug Hypersensitivity Reactions: Classification and Relationship to T-Cell Activation. Drug Hypersensitivity. Basel, Karger, 2007, pp 168–189.
  2. Lachapelle J.M. A comparison of the irritant and allergenic properties of antiseptics. Eur J Dermatol 2014; 24(1): 3-9
  3. Nosbaum A., Nicolas J.-F., Vocanson M., Rozieres A., Berard F. Dermatite de contact allergique et irritative. Physiopathologie et diagnostic immunologique. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2010;71:394-397
  4. Opstrup M. S., Johansen J. D., Zachariae C. and Garvey L. H. Contact allergy to chlorhexidine in a tertiary dermatology clinic in Denmark. Contact Dermatitis (2016) 74: 29–36
  5. Calogiuri G.F., Di Leo E., Trautmann A., Nettis E., Ferrannini A., & al. Chlorhexidine Hypersensitivity: A Critical and Updated Review. J Allergy Ther (2013) 4: 141
  6. Krzysztof Rutkowski , Annette Wagner . Chlorhexidine: A New Latex? European Urology, Volume 68 Issue 3, October 2015, Pages 345-347
  7. Opstrup M. S., Johansen J. D., Bossi R., Lundov M. D. and Garvey L. H. Chlorhexidine in cosmetic products – a market survey. Contact Dermatitis (2015), 72: 55–58.
  8. Ryan Toholka and Rosemary Nixon. Allergic contact dermatitis to chlorhexidine. Australasian Journal of Dermatology (2013) 54, 303–306
  9. Crépy M.N. , dermatologie professionnelle. , Hôpital Hôtel-Dieu, Paris – INRS - TA 99. Dermatites de contact professionnelles aux désinfectants et antiseptiques. Références en santé au travail. N°145 ; Mars 2016, pp. 143-166.
  10. Résumé des caractéristiques du produit http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/
  11. Caballero M.R., Lukawska J., Dugué P.. A Hidden Cause of Perioperative Anaphylaxis. J Investig Allergol Clin Immunol 2010; Vol. 20(4): 353-354
  12. Séverine Fernandez, Dr Pauline Pralong, Pr Jean-François Nicolas. Oedème de Quincke et anaphylaxie. LA Revue du praticien Vol. 62 (Juin 2012); p 829-835
  13. CEDEF. Allergies cutanéo-muqueuses chez l’enfant et l’adulte : eczéma de contact. Annales de dermatologie et de vénéréologie (2008) 135S, F88—F94
    BET1640SIV - Mars 2017 - Visa n°17/01/68523847/PM/003

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