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Déployer la consultation infirmière en libéral

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Compétences infirmières

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La consultation infirmière couvre un large champ d’actions et de compétences. Son déploiement par les infirmières libérales permettrait aussi de répondre aux enjeux de notre système de santé.

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L'infirmière libérale pourrait notamment proposer une consultation à une patiente asthmatique qui aurait besoin de conseils et d'éducation afin de mieux gérer sa pathologie.

La consultation infirmière n’est pas un acte nouveau : en France, elle date du début du XXe siècle avec les infirmières visiteuses. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les infirmières en santé mentale et psychiatrie pratiquaient aussi cet acte. La fonction d'infirmière stomathérapeute est ensuite apparue dans les années soixante-dix. La consultation infirmière s’est en effet d’abord développée au sein des établissements de santé avec, par exemple, la consultation infirmière d’annonce en cancérologie ou la consultation douleur. Aujourd’hui, les infirmières libérales proposent des consultations infirmières même si cette notion, en tant que telle, n’est pas encore reconnue par les différents textes réglementaires.

Méthodologie et qualités relationnelles

La consultation infirmière s’adresse à toute personne qui souhaite être informée, conseillée, accompagnée ou éduquée. Elle n’est pas seulement réservée aux personnes atteintes d’une pathologie. Elle est différente de la consultation médicale. Elle est complémentaire de celle-ci. Ainsi l’acte technique n’est pas au centre de ce temps de soin, explique d’emblée Béatrice Martin, infirmière libérale à Aubusson (Creuse) et formatrice à l’Afcopil (Agence pour la formation continue des professionnels infirmiers libéraux). Concrètement, l’infirmière peut proposer une consultation à une jeune maman souhaitant des conseils pour les soins à donner à son bébé, à un patient diabétique insulinodépendant qui aurait besoin de conseils et d’éducation, à un proche aidant afin de l’aider à gérer la maladie de son proche ou bien encore à une jeune femme lors du renouvellement de la prescription de sa contraception pour aborder des questions liées à la sexualité et à la prévention.

Elle est différente de la consultation médicale. Elle est complémentaire de celle-ci. Ainsi l’acte technique n’est pas au centre de ce temps de soin

Consultation infirmière : l’Afcopil lance une formation

En 2017, l’Afcopil proposera une formation à la consultation infirmière de quatre jours en présentiel. La première session de deux jours traitera de la définition de la consultation, de ses enjeux, des compétences et qualités attendues ainsi que de son processus. La deuxième session abordera la méthodologie : déroulement concret d’une consultation infirmière et outils pratiques. L’idée est de leur apporter les bases essentielles pour commencer à pratiquer après cette formation, de donner l’opportunité à tous les IDEL de découvrir les "indispensablesˮ pour pouvoir développer la démarche éducative, explique Béatrice Martin qui a conçu la maquette de la formation. Les dates et les lieux seront diffusés via le catalogue envoyé à tous les infirmiers libéraux début 2017.

L’éventail du champ d’action de l’infirmière est donc large. Une infirmière peut aussi cibler ses consultations sur des thématiques comme la douleur ou les conseils hygiéno-diététiques en fonction de son expérience et de ses compétences et/ou de sa formation, précise Béatrice Martin. Pour autant, mener une consultation infirmière ne s’improvise pas. Elle doit répondre à une méthodologie et à des qualités relationnelles qui sont les conditions essentielles pour la pratiquer, souligne Béatrice Martin. Il s’agit en effet de bien identifier la demande et les besoins de la personne afin de lui apporter les réponses et les conseils correspondant. L’échange entre l’infirmière et la personne permet d’analyser la situation, de déterminer les priorités et les actions, détaille la formatrice à l’Afcopil. Cela signifie que la demande du patient, selon sa complexité, peut faire l’objet de plusieurs consultations. La durée d’une consultation est variable en fonction du sujet mais il faut compter en moyenne une demi-heure. Elle peut se dérouler au domicile de la personne ou au cabinet. Il n’y a pas de règles, cela dépend de la situation du patient qui, par exemple, a des difficultés à se déplacer, remarque Béatrice Martin. Et de préciser : Dans certains cas, l’infirmière aura à préparer sa consultation en amont. Formaliser ce temps de soins est indispensable. Quant à la rémunération, la consultation infirmière ne figure pas dans la Nomenclature des actes infirmiers mais certaines cotations permettent une prise en charge par l’Assurance maladie.  

Une infirmière peut aussi cibler ses consultations sur des thématiques comme la douleur ou les conseils hygiéno-diététiques en fonction de son expérience et de ses compétences et/ou de sa formation

Une meilleure prise en charge en soins des patients

Pour Béatrice Martin, l’enjeu est désormais de promouvoir cet acte auprès de la patientèle, des autres professionnels de santé mais aussi auprès des pouvoirs publics : Les infirmières libérales sont légitimes pour effectuer des consultations infirmières. Notre diplôme nous apporte le savoir nécessaire en matière de clinique biomédicale et de sciences humaines. Nous sommes un trait d'union entre le système de santé et le patient. Notre proximité et notre disponibilité sont des atouts pour répondre aux besoins et aux attentes en matière de santé : maladies chroniques, problèmes de population vieillissante, raréfaction des professionnels de santé. Le développement de ces consultations permettrait une meilleure prise en soins du patient et contribuerait ainsi à la régulation des dépenses de santé en évitant des hospitalisations et/ou une non observance des traitements.

Une consultation douleur expérimentée

Suite à un appel à projet de l’URPS Languedoc-Roussillon (Occitanie), l’Association catalane d’infirmières cliniciennes et de consultation (Acicc) expérimente, depuis janvier 2015, une consultation infirmière pour la prise en charge des patients douloureux chroniques. Ce projet est né de l’initiative de deux IDEL, Yseult Arlen et Virginie Joué, à l’occasion de leur certification à la démarche clinique infirmière (CADCI). Désireuses de se rapprocher davantage des recommandations douleurs, elles complètent leur formation (DU Douleur, Hypnose, Plaies et cicatrisation…), adhèrent au réseau Interclud LR et mettent sur pied un projet de collaboration pluridisciplinaire coordonné par les IDEL autour des patients douloureux chroniques dans le but de leur apporter une réponse rapide, accessible et proche de leur domicile capable de pallier au manque de structures spécialisées en algologie sur leur territoire. Lorsque le patient répond aux critères de prise en charge (adulte, douleur chronique présente depuis plus de 3 à 6 mois), critères validés par le médecin, il peut bénéficier de 10 séances d’une heure. Le dispositif est financé par l’URPS à hauteur de 40€ l’heure. Les premières évaluations montrent que la consultation infirmière permet aux patients de bénéficier d’une meilleure qualité de vie (sommeil moins perturbé, reprise d’activité physique, consommation d’anxiolytiques réduite).

Cet article a été publié dans la revue de la FNI « Avenir et Santé » n°450 - janvier 2017, pp. 34/35, que nous remercions de cet échange.

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Commentaires (1)

Claire Baudin

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4 commentaires

#1

Consultation infirmière

Oui, excellente idée, la consultation infirmière pour la prévention, l'information, le dépistage et le lien entre les différents professionnels de santé.

C'est un peu ce que l'on fait en médecine du travail : écoute, prévention, information, dépistage, orientation, apprentissage de techniques de relaxation, respiration, pour "gérer" le stress, les émotions...
A suivre !...