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L'évolution du système de santé doit se faire avec les infirmiers libéraux

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Présidentielles

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Alors que se tiendront, en 2017, les prochaines élections présidentielles, la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) a rassemblé, durant son 63ème congrès national qui s'est tenu du 6 au 8 décembre 2016 à Paris, quatre représentants nationaux de différents partis politiques. L'occasion pour les infirmiers libéraux d'aborder des problématiques qui leur sont chères telles que l'accès aux soins, la prévention et le développement des maisons de santé pluridisciplinaires, et de revendiquer leur importance au sein du système de santé.

mains maison protection

Prendre soin du système de santé passera forcément par des réformes impactant les infirmiers libéraux. Les représentants politiques ont émis leurs propositions en la matière durant le 63ème congrès de la FNI

À l'occasion de son 63ème congrès national, la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) a choisi d'axer les débats autour de la thématique "Présidentielles 2017 : faut-il en attendre un grand chamboule-tout pour la santé ?". Comme l'a précisé Philippe Tisserand, président de la FNI dans son discours d'ouverture, nous avons décidé de nous inviter dans le débat présidentiel. Le système de santé ne repose pas que sur des prescripteurs. Nous devons revendiquer notre place. Afin de se faire entendre des politiques, la FNI a réuni quatre représentants nationaux de différents partis : Claude Greff, députée d'Indre-et-Loire (LR) et ancienne infirmière, déléguée aux affaires sociales, Jean Léonetti, député des Alpes-Maritimes (LR), représentant de François Fillon, Vincent Deplaigne, co-responsable de la Commission santé d'Europe Écologie Les Verts et Fabien Verdier, directeur d'hôpital, conseiller régional, membre du parti socialiste, candidat aux primaires de la gauche. Les intervenants s'accordent à dire que la santé devrait avoir une place prédominante durant les élections présidentielles et ont fait part de leurs propositions en la matière.

Le système de santé doit évoluer

Chronicisation des maladies, vieillissement de la population, désertification médicale, patients mieux informés… Pour répondre aux enjeux de demain, le système de santé doit évoluer, et les politiques en sont bien conscients. Comme le rappelle Claude Greff, l'IDE est le trait d'union entre la famille et le corps médical. Les pathologies chroniques engendrent de nouveaux défis. Faisons en sorte de continuer à assurer une bonne offre de soins. On est dans une nouvelle donne en matière de santé, souligne Jean Léonetti. Les techniques évoluent (ambulatoire, chimiothérapie orale), ainsi que la démographie. Il est temps de faire une loi pour les malades. De plus, il considère qu'il faut éviter les hospitalisations à domicile inutiles et les hospitalisations systématiques. Il est nécessaire d'adapter les réponses aux patients. De son côté, Fabien Verdier considère que la santé est un sujet politique et déplore le fait que le système de gouvernance soit trop technique. Trop de techniciens et de chefs de bureau ne connaissent pas le terrain et l'approche des ARS est trop distante , constate-t-il. Vincent Deplaigne, quant à lui, fait état d'une véritable crise sanitaire. Il note que les lois qui se sont succédées ont permis de connaître les coûts de la santé et estime que nous devons désormais dialoguer avec l'ensemble des acteurs et réfléchir aux organisations de demain.

Pour chaque intervenant, les infirmiers libéraux ont un rôle important à jouer en matière de prévention. Il y a une éducation à la santé à faire de plus en plus importante, indique Jean Léonetti. Pour Fabien Verdier, il faut développer un vrai service public de santé et axer de plus en plus les politiques de santé vers le préventif au lieu du curatif. Les représentants des différents partis politiques sont également unanimes sur l'intérêt que pourraient avoir une infirmière de famille ainsi que la mise en place d'une consultation infirmière notamment dans la prise en soins des malades chroniques. Ainsi, l'accès direct des patients aux paramédicaux est une mesure qu'envisagent sérieusement les politiques. Par ailleurs, supprimer le terme d'auxiliaire médical, comme l'a suggéré Philippe Tisserand, pour le remplacer par praticien de santé serait une initiative tout à faite pertinente pour l'ensemble de l'assemblée.

Les modes de rémunération doivent eux aussi évoluer pour répondre aux modifications que connaît le système de santé. Pour les représentants présents, une partie de la rémunération des infirmiers libéraux devrait ainsi se faire sur le suivi des patients atteints de maladies chroniques (écoute, conseil, éducation thérapeutique) et pas uniquement sur les actes techniques. Vincent Deplaigne précise qu'une base forfaitaire, voire un contrat de mission, pourrait être mis en place en fonction des pathologies. Les politiques semblent avoir conscience que la nomenclature est loin d'être adaptée aux problématiques rencontrées sur le terrain, mais la mise en œuvre de nouveaux modes de rémunération s'avère encore très abstraite.

Maisons de santé pluridisciplinaires : stop ou encore ?

Les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) continuent de faire débat au sein de la profession. Les représentants des différents partis ont donc été interrogés, et comme on peut l'imaginer chahutés sur leur positionnement. Claude Greff a dénoncé les effets pervers des MSP, estimant qu'elles coûtent cher et ne sont pas toutes remplies. Un avis partagé par les infirmiers libéraux présents qui comparent les MSP à de grandes surfaces médicales. Les autres représentants se sont montrés moins frileux vis-à-vis des maisons de santé pluridisciplinaires. Ainsi, Jean Léonetti estime qu'elles peuvent être utiles pour désengorger les urgences si elles sont mises en place à proximité de ces services. Il prévient toutefois qu'elles ne doivent pas vider un territoire, d'où la nécessité de veiller à leur lieu d'installation. Vincent Deplaigne a remarqué, en étudiant la MSP de Bletterans en 2009 où les professionnels de santé ont fait le choix du salariat, que le travail en commun et le partage sont bénéfiques pour le patient. Il juge ainsi que les MSP peuvent engendrer des démarches plutôt positives mais il milite pour que les libéraux soient libres de proposer leurs propres modes d'organisation pour identifier ce qui fonctionne. Fabien Verdier est quant à lui d'avis que les MSP sont une réponse partielle à un problème réel.

Les infirmiers libéraux ont tout intérêt à prendre part au débat s'ils ne veulent pas que les évolutions évoquées se fassent à leur détriment. La FNI a diffusé en ce sens un programme présidentiel des infirmières libérales dans lequel elle émet plusieurs propositions pour améliorer le système de soins -nous y reviendrons dans un prochain article. Gageons que les futurs candidats à l'élection présidentielle y seront sensibles…

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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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