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Des IDE salariées et libérales collaborent en centre de dialyse

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Coopérations interprofessionnelles

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Nadia Levilain, IDEL, raconte son expérience au sein d'un centre de dialyse où cohabitent infirmières salariées et libérales pour le plus grand bien des patients...

collaboration infirmières salariées et libérales

Infirmières libérales et salariées travaillent main dans la main dans un centre de dialyse

Infirmière libérale depuis 1999, je me suis installée dans un cabinet où une infirmière exerçait seule depuis des années. Début 2000, nous nous sommes toutes deux formées à l’autodialyse grâce à l’association ECHO basée à Nantes qui gère toutes les structures de dialyse non hospitalières des Pays de la Loire. Nous avons commencé par des remplacements en unité d’autodialyse : la Roche Sur Yon, Sainte Hermine, Les Sables d’Olonne, Saint Jean de Monts. Nous dialysions au maximum six patients et dans chaque unité, nous n’étions qu’une infirmière par séance.

En 2001, nous avons pris en charge une série de soir aux Sables d’Olonne avec une troisième collègue, ainsi qu’une série de matin à Saint Jean de Monts avec deux autres collègues. La structure de Notre Dame de Monts fermant peu de temps après, les dialyses à Saint Jean de Monts eurent lieu toute la journée. D’avril à octobre, nous proposions des séances tous les jours, d’où la nécessité de gérer l’unité avec quatre infirmières libérales pour fonctionner. Les locaux de Saint Jean se trouvaient dans les sous-sols de la maison de retraite. Tous les patients du nord du département de la Vendée, y compris les patients les plus âgés, fatigués ou malades devaient se rendre à La Roche sur Yon ou Nantes soit plus d’une heure de route. Un projet sur Challans commençait à germer au sein de l’ECHO...

Entre temps, la série du soir des Sables d’Olonne disparut : ce genre d’horaire ne convenait qu’à des patients ayant une activité professionnelle ; la population vieillissant, cela concernait de moins en moins de personnes.

Chacune apporte son expérience et ses connaissances ; pour les infirmières libérales ce fut un retour au travail en équipe, avec ses joies et ses contraintes

En septembre 2009, adieu les Sables, notre activité de dialyse se tourne alors vers La Roche sur des séances de jour avec une collègue qui officiait autrefois à Fontenay Le Comte. La situation critique du manque de postes de dialyse face à un taux croissant d’insuffisants rénaux et une population vieillissant, la Direction de l’ ECHO et les médecins praticiens hospitaliers du CHD de La Roche sur Yon ont pris la décision de créer une structure hybride UAD-UDM à Challans. Il s’agissait de créer une structure capable d’accueillir des patients plus lourds en structure d’unité de dialyse médicalisée (UDM), ainsi que des patients d’autodialyse (UAD). Des patients de plus en plus âgés ou fatigués sont pris en charge en dialyse et sont de moins en moins motivés pour l’autodialyse, où il faut monter son générateur, « se gérer », nettoyer la machine en fin de séance. La gestion est différente, une infirmière pour quatre personnes en UDM et une pour six en UAD. La structure devait se prêter pour recevoir ces différentes unités. La Direction de l’ECHO nous donc associées à cette réflexion. Le choix de configuration s’est porté sur une grande salle de 12 postes permettant de moduler entre l’UAD (deux fois six lits) et l’UDM (trois fois quatre lits). Il a ensuite fallu déterminer l’utilisation par qui, quand et comment.

Saint Jean de Monts devait disparaître, laissant derrière lui cinq infirmières libérales qui avaient œuvré des années en mettant les bouchées doubles l’été pour recevoir les estivants ; donc pas question pour l’ECHO de nous abandonner. Nous accueillions à l’époque en saison creuse, cinq patients permanents le matin et deux l’après-midi.

Il s’agissait de faire cohabiter dans une même structure des infirmières aux statuts différents (libérales et salariées), être équitable quant aux jours de travail...

Plusieurs réunions ont eu lieu, avec de longs débats, chacun défendant son point de vue, la direction, les infirmières libérales, les cadres, les médecins. La nouvelle structure de Challans promettait une forte activité d’UDM.

chambre  patient infirmières

L’ECHO, reconnaissante de notre disponibilité et souplesse de fonctionnement des années durant, nous a proposé une participation à l’activité d’ UDM, réservée jusqu’ici aux infirmières salariées. Il s’agissait de faire cohabiter dans une même structure des infirmières aux statuts différents (libérales et salariées), être équitable quant aux jours de travail : matin, après-midi, samedi, saison pleine et creuse… L’idée a germé dans l’esprit de tous : pourquoi ne pas travailler ensemble, libérales et salariées, main dans la main ! Cette idée fit grincer quelques dents et naître de nombreuses craintes, mais elle a fait son chemin ; et début avril 2012, nous ouvrions l’unité de Challans de la façon suivante : lundi mercredi vendredi matin UAD avec une infirmière libérale et une infirmière salariée. L’après midi, l’ouverture de l’UDM s’est faite avec la même infirmière libérale et deux infirmières salariées. Les mardi jeudi samedi matin travaillent une infirmière libérale et deux infirmières salariées. Quatre infirmières salariées cohabitent donc avec cinq infirmières libérales qui se sont formées au soin sur cathéter pour pouvoir exercer en UDM. Les mardi jeudi samedi après-midi sont réservés pour l’instant aux vacanciers, et/ou selon les besoins.

  Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi
  UAD UDM UDM UDM UAD UDM
Matin 1IS
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6P
1IL
=
6P
1IS
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4P
1IL
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4P
1IS
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4P
1IS
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6P
1IL
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6P
1IS
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1IL
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4P
1IS
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4P
1IS
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6P
1IL
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6P
1IS
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4P
1IL
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1IS
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4P
  UDM UDM UDM UDM UDM UDM
Après-midi

1IS
=
4P

1IL
=
4P

1IS
=
4P
     

1IS
=
4P

1lL
=
4P

1lS
=
4P
     

1IS
=
4P

1IL
=
4P

1IS
=
4P
     
  • Infirmière salariée = IS
  • Infirmière libérale = IL
  • Patient = P

Chacune apporte son expérience et ses connaissances ; pour les infirmières libérales ce fut un retour au travail en équipe, avec ses joies et ses contraintes. Des différences existent dans l’amplitude horaire, la rémunération, mais auprès des patients et concernant les tâches générales, nous sommes toutes avant tout des infirmières. Cette mixité permet de gérer une structure où l’accueil des patients est irrégulier car saisonnier, à certaines périodes les infirmières libérales peuvent pallier certaines difficultés de planning ; nous pouvons également nous remplacer en respectant les contraintes du salariat.

Challans va fêter ses un an et patients comme personnel semblent ravis de ce fonctionnement et ce malgré de nombreuses réticences. On peut parler d’un franc succès, grâce auquel de nombreux patients se sont vus proposer un lieu de dialyse plus proche de leur domicile, limitant ainsi la fatigue, le temps de trajet, les frais d’ambulance… Nous disposons également de la télémédecine, ce qui permet un suivi médical hebdomadaire des personnes dialysées.

A ce jour, nous dialysons en permanence en moyenne dix patients en UAD et vingt en UDM dont neuf patients porteurs de cathéter.

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Infirmière libérale et de dialyse Challans

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